Nous n'irons plus à Maïtagarria...

Publié le par Marie Rennard

Louise de Vilmorin. Peut-on rêver plus attachante héroïne d’un roman que cette femme d’esprit, elle-même écrivain, et coqueluche du Tout-Paris des années les plus fertiles du vingtième siècle ? Fiancée un temps à Saint Exupéry, muse de Malraux et de bien d’autres, dit on, c’est elle que Jacques Rouvière a choisi de mettre en scène dans son dernier roman Nous n’irons plus à Maïtagarria. Maïtagarria, c’est le nom de l’hôtel de Saint Jean de Luz où la jeune Louise s’en va, l’année de ses 17 ans, se refaire une santé. Elle souffre d’une arthrite tuberculeuse qui la contraint à rester allongée, le plus souvent dans une chaise roulante que par dérision elle baptise Rossinante. La jeune femme rassemble autour d’elle une véritable cour d’admirateurs qu’elle manipule, déjà toute jeune, avec un art qui jamais ne se démentira au cours de son existence. A ses heures de solitudes, elle partage avec Victor, l’homme à tout faire de l’hôtel, sa passion de la littérature. C’est que Victor, lui aussi, se rêve écrivain. C’est lui qui nous conte la chronique des trois années que Louise passera à Maïtagarria, et poursuit avec le récit de la relation épistolaire qu’il conservera avec sa muse jusqu’à la mort de celle-ci en 1969.

Jacques Rouvière, dont on n’a pu oublier les Dix siècles d’humour dans la littérature française, nous conte d’une plume légère la relation de ces deux personnages, faisant revivre pour nous tout l’entourage brillant autant qu’insouciant de la jeune femme. Daudet, Claudel, Gide, Cocteau, Gallimard, vont fréquenter Maïtagarria dans le sillage de Louise, régulièrement durant les trois années de séjour continu qu’elle y fera dans sa jeunesse, puis ponctuellement, lorsque désireuse de revoir le Pays Basque elle reviendra sur les lieux pour quelques jours ou quelques semaines, notamment durant la période agitée de la guerre civile espagnole. Elle si inconstante en amour – ne disait-elle pas je meurs d’amour sans savoir pour qui, fera preuve d’une indéfectible amitié pour le jeune Victor.

Les pages de ce court roman – on aurait aimé en lire bien plus, portent en filigrane la marque de l’amour que son auteur porte à la littérature et à l’exercice de l’esprit, et laissent au lecteur, la dernière page tournée, l’envie d’aller en lire plus sur la Dame Vilmorin et ses secrètes amours.  

Marie RENNARD

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marie 30/11/2008 13:19

raconte moi si t'as aimé quand t'auras lu !

Kiki 30/11/2008 12:40

Oui, cela donne envie, de ce roman-là et des écrits de la dame Louise... J'adore son "je meurs d'amour sans savoir pour qui"! Merci, Marie!

marie 29/11/2008 14:07

mais de rien m'dame.

Odette Laplaze-Estorgues 29/11/2008 13:05

Belle analyse, Princesse Marie, et l'envie de se procurer ce récit. Merci.
O L-E