Société protectrice

Publié le par Filleke

Il vient de se créer une société pour la protection des reptiles. On attend toujours la société pour la protection des êtres humains.

"Un ver rampait sur le cadavre d’un soldat
Il rampa, rampa, longtemps comme cela.
A la fin, il n’eut plus rien à manger.
Il était bien à plaindre, ce petit ver !

Mais quand il fut sur le point de mourir,
survinrent deux dames au large sourire.
Pauvre petit ver, nous créons, vois-tu,
une association pour assurer ton salut.

Chacune pleura comme une Madeleine
mais le ver, lui, était tout guilleret.
Pour un ver, c’est une véritable aubaine
Qu’il y ait des gens si bien intentionnés.

Le soldat gisait là, pendant ce temps,
Plongé dans ses pensées, en putréfaction.
Pourtant il était fort reconnaissant
D’avoir déjà payé sa cotisation."

13 septembre 1944.

Stig Dagerman, Le petit ver in Billets quotidiens, Editions cent pages, p.9. Traduit du suédois par Philippe Bouquet.

Ces poèmes satiriques ont paru entre 1944 et 1954 dans le journal anarcho-syndicaliste suédois. Dagerman, écrivain et journaliste y traite de l’actualité avce un cynisme hors du commun. Cet écrivain génial s’attaque une fois de plus à la bêtise humaine, et le sujet est, on peut le dire, contemporain.

Irène GRÄTZ

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Marie-Laetitia 12/12/2008 13:26

Intemporel même