Variations sur une chute et un ange

Publié le par Christine Spadaccini

 

France - 2009 - court-métrage - Genre : sitcom
Accord Parental indispensable - Ce film peut heurter la sensibilité des fans d'Amélie Nothomb

Date de sortie : 12/08/2009
Un film de : la petite boutique des jolies rencontres, Inc.

D'après le livre de Stéphane Koechlin, "Michael Jackson, la chute de l'ange".

Avec : Stéphane Koechlin, Hervé Crespi, Christine Spadaccini, Julie C., Israël X. et l'aimable (sic!) participation d'Amélie Nothomb.

Produit par les éditions de l'Archipel.

 

 

INTERIEUR JOUR - GRANDE LIBRAIRIE

 

Christine S. est venue rendre visite à sa copine libraire, Julie C. Elles sont au rayon "Musique", à l'entrée du magasin, à droite, et Julie montre le présentoir dédié aux ouvrages consacrés à Michael Jackson. "La chute de l'ange", l'ouvrage auquel Christine a participé, est particulièrement bien mis en valeur, place centrale sous les sunlights des tropiques auvergnats, faudrait être...aveugle pour pas le voir! Un homme s'approche et meurt fusillé par les yeux des deux filles: ni bonjour ni merde et en plus il repart avec un autre livre sur Michael! Puis c'est un petit Black d'une dizaine d'années qui se pointe, Niké des semelles à la casquette, T-shirt et sourire XXL, une bouille à fondre.

 

- JULIE: bonjour! Tu peux t'approcher et regarder les livres si tu veux...

- LE MIOCHE: bonjour! Oui, merci... Mais y'en a beaucoup! C'est lequel le plus bien?

- JULIE: celui-là, tiens! (Elle lui tend "La chute de l'ange") Et en plus tu peux même parler à l'auteur, elle est là avec moi!

- LE MIOCHE (regards dubitatifs dans la direction de CHRISTINE): tu t'appelles Stéphane, toi?!

- CHRISTINE (regards AR-15 en direction de JULIE): non, je m'appelle Christine. On a écrit le livre à plusieurs, avec Stéphane Koechlin et Hervé Crespi.

- LE MIOCHE: ben pourquoi que t'es pas dessus alors?

- CHRISTINE: parce que c'était Stéphane le chef et c'est lui qui en a écrit le plus! Mais regarde, je suis là! (Elle lui montre la page intérieure où son nom apparaît.)

- LE MIOCHE: ah ouais... Christine Sssssa...pa...speu...d...ssap...spassda...oh ben je comprends pourquoi ils ont pas mis ton nom dessus, on peut même pas le dire!

- CHRISTINE (pensant "petit con"): ça tombe bien que la rentrée arrive, dis donc, tu vas pouvoir demander à la maîtresse de te réapprendre à lire!

- LE MIOCHE: je peux t'appeler juste Christine alors?

- CHRISTINE: Oui. Et toi, c'est quoi ton prénom?

- LE MIOCHE: Israël!

- CHRISTINE: Alors Israël, t'aimais bien Michael Jackson?

- ISRAEL: bof...mais je voudrais bien faire comme lui!

- JULIE: chanteur?

- ISRAEL: non, connu!

- CHRISTINE: mais pour être connu, il faut faire quelque chose qui te fasse connaître!

- ISRAEL: ben, je danse aussi bien que lui, regarde...

(L'enfant commence un Moonwalk déglingué et, en reculant, heurte un autre présentoir où il y a 308 000 exemplaires (pas moins) du dernier opus d'Amélie qui (No)thombent lourdement par terre! Christine se marre. Julie est en pétard.)

- JULIE: vite, aidez-moi à ramasser, je vais me faire engueuler!

(Les trois remettent les livres en place)

- ISRAEL (un exemplaire du dernier Nothomb encore entre les mains): c'est qui, elle, sur la photo?

- CHRISTINE: ben c'est Amélie Nothomb!

- ISRAEL: et pourquoi qu’à elle y mettent son nom et aussi sa photo sur la couverture et pas à toi?

- CHRISTINE: je t'ai déjà expliqué!

- ISRAEL: ben, en tout cas, ils auraient mieux fait de mettre ta photo que la sienne!

- CHRISTINE (pensant "adorable chérubin"): mais moi je ne suis pas connue!

- ISRAEL: ben, faut faire quelque chose pour te faire connaître!

- CHRISTINE (bien mouchée et pensant "j'irai cracher sur Nothomb"): un point pour toi, saleté de môme!

- ISRAEL: alors tu vas faire quoi?

- CHRISTINE: et si j'écrivais l'histoire d'un petit garçon qui s'appelait Israël et qui voulait faire "connu" comme métier? T'en dis quoi? Comme ça on deviendrait connus tous les deux en même temps!

- ISRAEL: ouais!!!

- JULIE (une pointe de sarcasme dans la bouche): et peut-être même que vous dégommeriez Amélie Nothomb, c'est ton éditeur qui va être content!!!

- CHRISTINE (indifférente au sarcasme): mektoub!

 

Le film ne raconte pas combien d'exemplaires de "La chute de l'ange" Julie a vendus (ce n'était pas son rayon de toute façon et son CDD s'est terminé samedi dernier car la librairie en question appartient au groupe Chapitre qui est en train d'en écrire un nouveau, mochement intitulé "Plan social") mais la rencontre d'Israël valait le détour.

Le truc chouette, je trouve, avec les livres, c'est qu'il y a non seulement une histoire dedans mais aussi toutes les histoires que chaque exemplaire va générer, une fois plongé dans le grand bain bouillant du commerce: des rencontres, des coups de foudre, des regards tièdes, des plongeons, de belles indifférences, des taches de café, de grandes incompréhensions, des pages cornées, de long stand-by dans les chiottes ou sur des étagères poussiéreuses, des mains douces, des dos brisés... Moi, si j'étais un livre, je serais livre de bibli. Bon, le truc pas cool, c'est qu'on me collera un numéro sur le dos et que je vais être pas mal secoué. Mais je rencontrerai plein de gens qui m'offriront une petite villégiature sympa d'une quinzaine sur leur chevet, je serai toujours en balade, même pas le temps de raconter à mes voisins de papier mon dernier périple que, zou, j'aurai déjà changé de main, ma fiche remplie à bloc, même plus de place pour le tampon des dates, le pied!

Oh, et puis non, je serais un des exemplaires de "La chute de l'ange", perché tout en haut du présentoir, tout beau sous ma couverture azur avec Jackson s'offrant une pose christique, "Michaelangelo" on stage. Je vais attendre une heure, un jour, une semaine et puis, enfin, je verrai cette main se tendre dans ma direction, mon cœur de vélin se mettra à battre un peu plus vite: je vais être acheté! Mon acquéreur me prendra et me feuillettera un peu brutalement, je remarquerai sa mine un peu renfrognée, dubitative: c'est un grand fan de Michael Jackson, va falloir que j'assure un max... Je sais que certains m'ont traité de "quick book", écrit trop vite, d'oppor-thune-iste cherchant à banquer sur la mort du chanteur... Ben, un peu que j'ai envie que mes jumeaux et moi, on trouve plein de lecteurs! Mais je ne suis pas bâclé! D'ailleurs mon fan pointilleux a même dit qu'il y avait de jolis passages, il a découvert, par exemple, l'histoire de "l'arbre généreux" du ranch de Neverland qu'il ne connaissait pas. Il a même dit qu'on me lisait comme un roman! Cela tombe plutôt pas mal, quand on y pense, la vie de Michael Jackson n'en est-elle pas un? Le roman incroyable d'un gamin talentueux catapulté sous les projecteurs à l'heure où les autres sucent encore leur pouce! Le roman triste d'un môme privé d'enfance, devant faire face à la violence de son père et de cette destinée hors normes! Le roman de la réussite exceptionnelle d'un artiste inspiré aux multiples talents. Le roman équivoque, enfin, du pauvre petit poussin noir qui aurait bien voulu être de la même couleur que le reste de la couvée, en butte à de toutes les injustices, sauf que ce Calimero-là avait parfois des airs de Cruella: la même maigreur, la même pâleur, les mêmes cheveux longs, les mêmes sourcils redessinés, les mêmes yeux noirs, la même fossette au menton, le même nez absent et toujours cette quête des petits... Mais peut-être Michael, lui, ne cherchait-il qu'à s'envelopper du manteau de l'insouciance enfantine qui lui avait tant fait défaut? Mes auteurs ont parlé de tout ça, de la grâce, de la disgrâce, du brillant et des doutes, de la musique et des silences, des moments de magie et du noir. "C'est cette trajectoire splendide et tragique que retrace Stéphane Koechlin: le long voyage d'un gamin noir de l'Indiana jusqu'au ranch irréel de Neverland, au sommet de l'art, de l'artifice, du génie et de l'illusion", comme dit ma quatrième de couverture. Voilà, vous savez tout, je vous attends sur mon présentoir...

 

 

EXTERIEUR JOUR - JARDIN JOUXTANT UNE ECOLE PRIMAIRE

 

Christine S. lézarde dans son jardin pendant que son chien chasse les lézards. L'école d'à côté prépare la rentrée toute proche. Des gens passent. Soudain la voix claire d'un élève qui s'élève dans l'air. Le chien hurle. Derrière la grille, y'a un petit Black d'une dizaine d'années, Niké des semelles à la casquette, T-shirt et sourire XXL, une bouille à fondre.

 

- ISRAEL: qu'est-ce que tu fais là?

- CHRISTINE: ben, c'est ma maison! Et toi?

- ISRAEL: ben, c'est mon école!

- CHRISTINE: on va se revoir souvent alors!

- ISRAEL: t'as commencé à écrire notre histoire?

- CHRISTINE: euh...non...tu sais... j'ai pas eu...(il lui coupe la parole joyeusement)

- ISRAEL: ah, tant mieux, j'avais peur que tu travailles pour rien!

- CHRISTINE: pourquoi?

- ISRAEL: parce que j'ai décidé que je veux plus faire connu comme métier...

- CHRISTINE: ah bon? Et tu as décidé ce que tu allais faire d'autre?

- ISRAEL: je ne sais pas trop encore... Et toi?

- CHRISTINE: quoi, moi?

- ISRAEL: tu vas faire quoi comme métier du coup?

- CHRISTINE: ben je sais pas trop non plus...

- ISRAEL: bon faut que j'y aille, on se verra pendant les récrés alors. Je viendrai te voir à la grille, d'ac?

- CHRISTINE: d'ac! (Il part en courant, elle reprend sa lecture : « Psychotic Reactions and Carburetor Dung » du critique rock américain Lester Bangs et tombe sur ce passage écrit quelques jours après l’assassinat de John Lennon : I can't mourn John Lennon. I didn't know the guy. But I do know that when all is said and done, that's all he was -- a guy. The refusal of his fans to ever let him just be that was finally almost as lethal as his "assassin"/ Je ne peux pas pleurer la mort de John Lennon. Je ne connaissais pas le type. Mais je sais qu’une fois que tout aura été dit et fait, ce qu’il en restera, c’est qu’il n’était rien d’autre que cela, un type. Le refus de ses fans de le laisser être juste ça aura finalement été aussi mortel pour lui que son « assassin ». )

 

FONDU AU NOIR sur la page du livre. Trente ans plus tard, on peut intervertir les noms sans problème. Exit Lennon, enter Jackson, direction la même sortie : l’analyse de Bangs vaut toujours…

 

De Michael à Israël via Lennon, Lester et la vie qui passe, a picture with a smile and - perhaps, a tear: un petit film avec un sourire et, peut-être, une larme...


Et maintenant, please, regardez ça... 



 

Publié dans Rencontres

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Florian 17/12/2009 19:00


Pourtant pas difficile d'avoir un K dans son nom...


Christine Spadaccini 18/12/2009 08:23


@Florian: surtout quand on est un K...non! ;)


orlando 30/09/2009 09:19


Voui mais les princesses sont de grosses feignasses! On vient ici, on est avide de les lire et puis y a rien de nouveau, snif! Ces méchantes nous privent d'un peu de bonheur en écrivant trop
rarement!Au boulot, nom de d'là!


Christine Spadaccini 07/10/2009 13:53


@Orlando: ben c'est bien ça la définition de "princesse", "grosse feignasse", non? En tout cas c'est ce qu'ils arrêtent pas de montrer dans Point de Vue-Images du monde (sic!) et c'est donc pour
cela que j'ai signé ici... ;) Bon, c'est vrai, on pousse la culture de la flemme à un niveau exceptionnel, scusi, signore, & 5ks de vos passages réitérés!


Moonage 08/09/2009 09:30

Parfois on part d'un blog, puis on prend une correspondance pour un autre, on s'y ennuie, alors on saute vite dans le suivant, et on tombe par hasard sur un blog inconnu qui vous fait passer un super bon inattendu moment . C'est le cas de celui-ci... que je découvre donc.
Je reviendrai si je retrouve le chemin... puis-je vous ajouter à mes liens, comme on dit fort poétiquement?

Christine Spadaccini 09/09/2009 06:55



Bonjour, Moonage, ravie que cette petite séquence mettant en scène Israël, roi des lollipops et Michael J., late king of pop, vous ait fait passer un bon moment, ça tombe bien vu que c'est dans
cet espoir-là, récolter du "smile", que je l'ai écrite! Merci de votre passage ici et, bien sûr, les Princesses seront ravies de faire partie de vos liens, une maille à l'envers, une maille à
l'endroit, la toile se tisse au point...noos! ;) A bientôt, ici ou là!



Seb 07/09/2009 21:12

Salut Kiki. Heureux de voir que l'inspiration est au beau fixe chez toi. Je ne peux juger que ce texte bloguesque, une fois encore réussi, mais ça me fait plaisir de voir qu'il y a aussi un nouveau bouquin avec ton nom (même s'il n'est pas en grandes lettres flashy sur la couverture)
Au fait, si tu ne sais vraiment pas trop quoi faire comme métier, une petite idée, comme ça, en passant : continue à écrire.
PS : j'aime bien la citation de Lester Bangs. Effectivement transposable à plus d'un de ces "guys"-là.

Christine Spadaccini 08/09/2009 06:24



@Sophie K.: toi, au moins, tu me comprends: ton K nom j'ai remarqué que les gens buttent souvent dessus aussi! Courage, ils ont bien fini par réussir à prononcer Schwarzenegger! ;)


@Sophie: t'inquiète, cette story-là fait son chemin! Elle ressortira un jour ou l'autre, ici ou là... Et puis Israël va peut-être rechanger d'avis!


@Seb: ce livre sur Michael était une expérience inattendue et très particulière au niveau de l'écriture (temps compté, plusieurs plumes, angle inhabituel pour moi) mais très intéressante, ça fait
du bien de frotter ses mots à des situations nouvelles, de les sortir du fourreau tranquille des petites phrases maison et de voir comment ils se débrouillent ailleurs! Quant à ton idée de
métier, oui, oui, elle me plaît bien. Quand je serai grande, je ferai écrivain! ;)



Sophie 04/09/2009 12:52

MERCI ! Quel petit bonheur, ce film ! Embrasse bien Israel de ma part, je regrette qu'il ait changé d'avis, parce que j'aurais aimé que l'histoire se poursuive.