Pourquoi ce titre ?

MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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C'est vous qui l'dites

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Samedi 19 juillet 2008

Ce logo est la propriété exclusive de l'Association "Lab-elle" je l'emprunte à titre d'illustration de mon propos.
Ne l'utilisez pas à d'autres fins que de leur faire de la publicité.


Ce matin j'explore, je suis des pistes, truffe au sol. Je traque !
Bon, ok, en clair je glande dans mon canapé, le portable sur les genoux et le chien sous la paluche gauche...
Ce badinage lecteur me conduit, au détour de liens amis, de sauts curieux de site en site, d'abord chez Florinette la lectrice passionnée, de là chez Antigone, enfin sur le site dont je veux, je dois, aujourd'hui vous entretenir.

Vous me connaissez très - très très ? - attentive aux manifestations du machisme ordinaire dans la vie quotidienne (voir les archives de ce blog) et quelque peu électrique lorsque les stéréotypes courants distillés à longueur d'antennes et de conversations banales viennent tenter de se coller à la peau toute douce de mes deux précieuses prunelles en devenir. C'est une lutte acharnée, quotidienne, sans cesse reprise. Dans les séries télévisées, dans les bouquins pour enfants, dans l'imagerie collective et populaire, les stéréotypes qui viennent modeler leur esprit en construction je les combats pied à pied et la tâche est éminemment ardue tant l'adversité est nombreuse, polymorphe, toujours semblable et toujours renouvelée.

Aujourd'hui, je me sens un peu moins seule : certaines et certains, également exaspérés par cette mainmise universelle de la pensée masculine dominante, ont pris le taureau - et la vache ... - par les cornes pour créer un Label intelligent qui récompense les ouvrages "attentifs aux potentiels féminins". L'idée est excellente, et la mise en oeuvre offensive et partisane me séduit !

Ceux parmi vous qui ont comme moi des petites et des petits en âge d'écouter et pas encore de lire passent sans doute un temps considérable à écumer les rayons des grands magasins, des librairies, réelles et virtuelles, en quête de lectures intelligentes à leur faire - ce que je vous souhaite et à eux aussi. Harrassés après ces pérégrinations, vous avez sûrement pu constater si vous êtes un peu attentif à la place des femmes dans l'imagerie populaire, que :

"(...) Les albums illustrés pour enfants publiés récemment montre(nt) des héroïnes et des personnages féminins :
– présents dans un intérieur et/ou dans des lieux privés
– avec de jeunes soeurs et frères
– dans des rôles domestiques ou maternants
– dans des rôles passifs ou d’observation
– illustrés avec une surabondance d’accessoires typiquement féminins"


et plus loin qu'on y trouve :
" – 2 x plus de héros que d’héroïnes
– 10 x plus de héros-animaux que d’héroïnes-animale"


LAB-ELLE conclut et je les rejoins :
"Les conséquences pour les filles des asymétries [en nombre | en qualité | en choix] entre héroïnes et héros dans les livres pour enfants sont
– un manque de modèles féminins valorisés
– des choix professionnels stéréotypés et limités
– une ouverture restreinte sur la sphère publique
– une confiance en soi réduite"


Reposez-vous amis lecteurs à voix haute ! Voici de l'aide ! Pour contrebalancer un peu l'omniprésence des stéréotypes sexuels qui insidieusement façonnent le cerveau de nos petites filles, l'association LAB-ELLE décortique les livres pour enfants et labellise ceux qui - ça devrait aller de soi bon sang ! - mettent en valeur les filles au même titre que les garçons, font la part belle aux mamans et femmes dans des activités autres que celles qui sont traditionnellement associées à la féminité (enseignement, aide aux personnes, maternage, soins, cuisine, etc.), tout simplement proposent des héroïnes aussi courageuses et actives que les héros proposés à foison aux jeunes lecteurs.

Cette démarche me semble intelligente, pertinente, salutaire, et finalement indispensable.

Voici leur site, que je vous invite à faire largement connaître autour de vous :
http://www.lab-elle.org/
par Marie-Laetitia publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Samedi 7 juin 2008



Je découvre chez Hachette cette collection : On n'est pas des gourdes !

 

Design flashy, petits cœurs partout, c'est évidemment du Hachette pratique, mais destiné aux nanas. Le sous-titre de la collection : une collection futile mais fondamentale ! (Heink ?)

 

Bon, je passe sur le fait que la collection, logiquement, devrait s'appeler "On n'est plus des gourdes !", puisque, si vous sentez le besoin d'acheter ces petits livres colorés, c'est que vous n'avez pas beaucoup de connaissances sur les sujets évoqués, tout de même…

Effectivement, les bouquins en question ne sont pas écrits par des spécialistes, mais se veulent rédigés par le tout-venant (vous et moi, par exemple) sur les sujets qui concernent les femmes et qui les attirent.

Et là, ça ne rate pas. Je vous le donne en mille.

Quoi, vous n'avez pas d'idées ?

Voyons :  

Comprendre son homme, évidemment. Pas besoin de souffrir pour être belle. Trouver (enfin!) l'homme de sa vie (mais si), et bien entendu : Comment être une bonne mère indigne ? et Plus jamais au régime.

Ben si. Et non, je n'exagère pas.

 

Dans les bouquins en question (pas besoin de les acheter, hein, trois minutes à lire en diagonale suffisent), un tas de banalités, faux bon-sens et vraies conneries. Prenons par exemple Plus jamais au régime, un slogan que – comme vous le savez – je ne suis pas loin de prôner (Juste après Vive la lasagne! ), on nous dit que même les minces se trouvent grosses (et je m'en fous) et que qui dit minceur ne dit pas bonheur. (Noooon ?!)

 

Bref, une petite collection On n'est pas des gourdes qu'on dirait taillée pour les courges.

 

par Irène Grätz publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Jeudi 29 mai 2008


Hier ... hier ... il y a un "avant" et un "après" .... Hier mes amis, lecteurs innombrables (1), j'ai basculé dans le monde des propriétaires immobiliers ! Gloria ! Gloria ! Gloria ! (2)  A moi l'impôt foncier ! à moi les crédits d'impôts (3) ! à moi les travaux de peinture, de menuiserie, les montages démontages de meubles, les encartonnages, les choix de couleurs hasardeux et repentants (4) ! Je ne me sens plus de joie et je roule un peu des épaules dans la rue, he he, tremblez misérables vers de terre, je suis propriétaire !  Bon... pour être tout à fait honnête, il serait plus réaliste de dire que je me suis pris un bail de trente ans au Crédit Léonin ... mais c'est pas grave ! Enfin ! Enfin, je vivrai entre des murs dont je serai libre de disposer à ma guise, j'aurai sous les pieds un morceau de terre dont je pourrai transmettre la jouissance à mes filles et sur la tête un toit sûr (euh chéri on a vérifié la date de réfection du toit ?) et pour ça je suis bien prête à m'engager sur trente ans. Au taux imbattable de 5% hors assurance. Certains diront sans doute, dédaigneux et hautains, que je me crée là une attache matérielle bien futile, et que je manifeste une étroitesse d'esprit toute prolétarienne en me réjouissant de m'enchaîner ainsi à de l'inerte .. Ouais... Ceux-là je parie qu'ils sont pétés de thunes, y'a que les rupins pour dire que l'argent ne fait pas le bonheur, alors je les emmerde bien haut et bien fort, j'ai suffisamment d'emmerdes par ailleurs pour avoir je crois le droit de goûter un peu cette sensation de sécurité et cette douce impression d'être arrivée en un "quelque part" où il fait bon poser ses valises un temps. Fin de la parenthèse que j'avais pas ouverte (6).

Or donc, pouf pouf ...
Hier j'ai basculé dans le monde des propriétaires, disais-je, et CA s'est fait en l'office de Maîtres S., V., R., P. et A, en la ville de P (7). Une signature notaire comme une autre pour Chériamoi, qui en fait douze par mois (raaah si seulement ! (8)), mais une nouveauté pour moi ! On avait avec nous nos deux mignonnettes toutes enrobées et pomponnées de frais, et si moi je me suis un peu ennuyée elles je vous laisse imaginer à quel point ça les a passionnées ... J'avions prévu le coup : coloriage, feutres, autocollants ... Mais bien sûr le collage des stickers s'est fini en baston larvée, tirage de cheveux, arrachage de pages, et un collage sur la figure ... La routine. Un peu plus d'une heure à échanger des banalités fades, à finir par faire un peu le clown parce qu'on s'emmerde quand même faut bien le dire - et avec des notaires c'est curieusement simple d'être spirituelle ils ont le rire facile des gens qui ne savent pas déconner c'est effrayant ! encore pire qu'à mon boulot ! - et on avait les clés de notre futur chez-nous. On boucle tout, on se serre la main, on sort du bureau ... Et là Chéri qui connaît tout le monde se fait alpaguer par Maître P., le grand manitou en costume trois-pièces, obséquieusement condescendant comme j'aime, qui me salue long comme il croit avoir le bras et lance à Chéri avec un sourire toutes dents dehors, désignant les deux prunelles échevelées de mes yeux "aaaah je vois qu'on a deux nouvelles secrétaires !" ... Vous commencez à me connaître, là mon sang ne fait qu'un tour sans passer par la case cerveau ... Je croise le regard de Chéri qui possède un sismographe de mes humeurs d'une grande sensibilité et me fronce un sourcil curieux et inquiet ... Au prix d'un très gros effort je parviens à fermer ma très grande bouche et à nier l'existence même de la phrase entendue ... Las, le Monsieur, se pensant précédemment inaudible, réitère son trait d'esprit deux décibels au-dessus ... "ah ah voici nos deux nouvelles secrétaires". Chéri ne peut esquiver ... Tout en me poussant discrètement dans l'ascenseur d'un habile coup de fesses alors que j'ouvre la bouche pour moucher l'importun, il échange deux ou trois banalités avec le Maître des lieux, qui rit bien haut comme on lui a appris (voir supra sur l'humour notarial ...) et vouffff ! la double porte se referme sur ma colère...
"Qu'est ce qu'il y a ?" me demande Chéri, amusé et un brin faux-cul.
"Non mais quel connard ..." je fulmine, de n'avoir pu tancer le cuistre, et de la cuistrerie elle-même.
"Mais non c'était pour être gentil"
"Ah ouais ? et tu crois qu'il t'aurait lâché la même connerie pour être gentil si t'avais eu deux petits garçons ???"
"......... !"    "........  ?? "
"Ouais ... C'est bien ce que je me disais aussi !"

Une fois de plus, la représentation sociale de la féminité, les poncifs sexistes, l'humour (mais peut-on vraiment parler d'humour) machiste, m'ont foutu l'estomac en vrac pour un bon moment ... Pourtant Chéri c'est vraiment mais alors vraiment l'homme moderne (par opposition à l'homme préhistorique bien sûr, n'en déplaise aux pitécanthropes éventuels qui fréquenteraient cet endroit), père torcheur câlineur bisouilleur disputeur consoleur accompli, repasseur vaisselleur émérite, fustigateur attitré de Blédina-du-côté-des-mamans ... féministe dans les faits (donc en vrai) mais là ... ben il avait rien vu ...

Ben j'vous l'dis, si même un homme comme ça ne voit pas ce genre de choses... on n'est pas sortiEs de l'auberge les nanas.


_______________________
(1) Faux ! Archifaux ! vous êtes nombrables et au nombre étonnament élevé d'une soixantaine par jour ! épatée je suis, d'où venez-vous ? qui êtes-vous ? pourquoi vous mettez jamais de commentaires ??? et qui c'est qui fait la vaisselle ?
(2) Régilait aussi mais c'est moins bon quand même.
(3) Tiens, moi qui vous cause et qu'ai voté comme chacun sait, ben je vais outrancièrement me faire rembourser des sous par les impôts l'année prochaine ! Et sans que ça me défrise l'antisarkozisme en plus ! Dans l'cochon, tout est bon ! Ca n'a rien à voir mais j'avais envie de le placer. 
(4) Dans notre ancien appart' on (enfin je) avait décidé de faire un mur bicolore, genre au choix hacienda ou chambre de vieil hôpital ... Mamma mia cette catastrophe ... Affreuzatrocimmonde... Pi après, va-t-en remettre en blanc un mur qu'a été peindu en pourpre .... Je refra plus... Ou alors juste un mur tu vois, celui du fond dans le séjour là où on va mettre la bibli, ça péterait en carmin nan tu trouves pas ?
(6) (et NON y'a pas de cinq, en hommage à Gaston Lagaffe). Je fais ce que j'veux avec mes parenthèses d'abord, z'avez qu'à créer votre blog si vous voulez mettre des parenthèses partout, et toc ! Je vous donne pour démarrer toutes celles que j'ai oublié d'ouvrir ou de fermer ça fait un bon petit fond de roulement... hi hi
(7) Toute ressemblance avec des initiales existantes me ferait vachement marrer, faites péter les photos des plaques.
(8) Private joke ... parce qu'il est payé uniquement à la commission Chéri, et que les commissions sont fonction du nombre de ventes et que les ventes ça s'acte chez un notaire ! I ferait douze par mois j'aurais acheté aussi l'église à côté de la maison...
(et 9) Pour comprendre le titre allez donc faire un tour
chez Irène !

par Marie-Laetitia publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Mardi 6 mai 2008

Il y a un moment déjà, j'ai découvert ce livre tout à fait passionnant, d’une poétesse dont j’ignorais même l’existence et dont j’ai pourtant découvert la valeur au fil de ce texte. Cela m’a bien évidemment donné envie d’en savoir plus et aussi de partager cette découverte.

 

Anna Wickham est donc la poétesse dont je parle et le livre en question est intitulé Prélude à un nettoyage de printemps, publié aux Editions des Cendres.

Anna Wickham est en fait le pseudonyme de Edith Alice Mary Harper, née en 1884 et qui s’est suicidée en 1947. Ce livre est cela : un récit de sa vie, mais surtout mené par le désir de réfléchir et d’expliquer comment elle en est venue à l’impossibilité de continuer à vivre bloquée entre deux tensions : le désir d'une part d’être une femme respectable, une bonne épouse et une bonne mère et qui s’exprime par cette idée du titre de vouloir avoir fait au moins une fois le ménage correctement dans sa maison, et d’autre part son désir de chanter, son ardent besoin d’écrire.
Quand le fourneau sera bien propre, écrit-elle, j’ouvrirai le gaz...

Il y a des accents à la Virginia Woolf dans ce texte étonnant, et qui ne sont – à mon avis – pas dus à la seule époque. Le modernisme de certains passages est tout à fait étonnant. Le ton est cynique et acerbe, par moments, devant des réalités tout aussi dures.

Anna analyse notamment les relations avec ses parents, avec son mari aussi et arrive de façon poignante à un constat d’échec. Entre séjours en hôpitaux psychiatriques et salons littéraires contre l’avis de son mari, elle essaye vainement de se faire une place dans un monde des lettres qui l’a rapidement oubliée.

 

J'ai pensé à ce livre terrible et formidable ces jours-ci, car suite au dossier Camille Claudel du Figaro, je lis à gauche et à droite des inepties au sujet de Camille qui, si elle a été une grande artiste, "était aussi folle à lier, ne l'oublions pas", dixit.

 

C'est pas faux. Oui, enfin, bon, folle à lier. Virginia Woolf aussi. Et Anna Wickham de même.

Ces princesses-là me semble-t-il, étaient surtout atteintes d'une maladie qui fut terrible pendant longtemps, irréversible qui plus est : être une femme et de talent.

par Irène Grätz publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Lundi 5 mai 2008

"Undeuxtroisquatrecinq" 

très vite "undeuxtroisquatrecinq"
les orteils "undeuxtroisquatrecinq undeuxtroisquatrecinq ! ... Elle est normale !"
Après six mois d'une grossesse épuisante, saignements, col ouvert à douze semaines, cerclage, des injections d'hormones et des dosages hebdomadaires, l'alitement forcé complet de la gestante ... on n'y croyait plus guère, que je fusse pas contrefaite ! Quel soulagement ! Quasi un miracle, que j'étais !

Ma tante sage-femme n'avait pas voulu me faire naître, trop lourde responsabilité ou pas envie peut-être d'imposer cette intimité là à sa belle-soeur, sur le coup tout le monde s'en fiche mais ça crée un peu trop de liens cette proximité. N'empêche, elle n'était pas bien loin ! et je gage que c'est une des rares fois de l'année où l'accouchée sitôt délivrée se vit remettre une flûte et trinqua goulûment avec toute l'équipe soignante, tout en tapant dans la réserve de cifflard de la salle de garde ! Ah je suis née dans la joie et la bonne humeur, on peut pas dire le contraire. C'était un joli dimanche de mai, vers midi, et ma venue au monde était l'épilogue inattendu d'un dantesque fou rire.

Ca remonte à, ben oui, pile trente-quatre ans aujourd'hui dites donc cette plaisanterie. Je n'en garde guère de souvenirs, une vague sensation de libération, de suffocation qui s'estompe, la reconstitution de cette découverte de la lumière et les poumons qui brûlent intensément. Pas le moment le plus palpitant d'une vie somme toute.

C'est pas bien vieux trente-quatre ans 'spas ?
Qui croirait qu'en ces temps si proches de nous, prétendument civilisés, on demanda à mon père de choisir, en cachette, qui de la mère ou de l'enfant il faudrait sauver en cas de souci majeur ... ?

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Mardi 8 avril 2008
(origine de l'image : lien)

Quand j'étais en maternelle, mon ennemie intime s'appelait Virginie O. Comme le magasin de son papa, O. immobilier. Enfin immobilier ou je sais plus quoi, en tout cas son nom était écrit en gros dessus. Je le savais pas encore mais je la détestais déjà, quand j'ai su lire ça m'a fait rire : j'avais encore raison. 
J'aurais bien du mal à la décrire objectivement avec mes yeux d'adulte car mon souvenir d'enfant est assez largement teinté de dédain et de haine, d'autant que même adulte je déteste toujours ce genre de petites filles, mais bon j'va essayer. 
Elle était toujours en jupe, qu'il pleuve neige vente... Elle portait les cheveux longs jusque dans le creux des reins - comme on mesurait 1 mètre 2 à l'époque ça faisait pas si long que ça en vrai mais quand même elle y tenait à ses cheveux - ils étaient iiiiiinnnncroyablement lisses, elle le valait bien déjà, et elle passait son temps à les remettre d'une épaule sur l'autre. Ils étaient toujours ornés de barrettes abeulibeubol en forme de papillon avec des strass ou de fairytopia (avec des strass aussi). Toutes ses paires de chaussures étaient à boucles et vernies, même ses baskets étaient roses. Elle jouait avec des "mon Petit Poney" et des Barbie et à se marier. Je ne saurais dire si elle avait un joli visage mais j'avais souvent envie de taper dessus... Forcément : elle chouchougnait pour un rien, se laissait embrasser par les garçons, qu'elle jetait volontiers les uns contre les autres, refusait toute activité salissante, criait à la moindre bestiole, ne courait pas pour pas abîmer ses beeeeelles chaussures... Et moi j'étais comment ? Euh Kickers à voûte plantaire tenant bien la cheville, jolis vêtements toujours mais solides, deux couettes un peu hirsutes dans mes cheveux ultra souples (le premier qui rigole prend une baffe), du feutre plein les doigts, du rose aux joues, les genoux croûtés de frais trois fois par semaine... Normale.
 
Madame O, et toutes les mamans qui fabriquent des poupées Barbie, comme j'aimerais vous ouvrir les yeux. C'est pas ça, une fille. Et c'est pas ça, une femme. Ca, c'est une fillasse, une future Bimbo, une poupée préformatée pour les podiums de mini-miss, une extension de votre frustration de boudin. 

J'ai, moi, deux filles ; l'aînée, quatre ans et demi, est ravissante et coquette. Je contrecarre en permanence les projets diaboliques de la société tout entière qui voudrait en faire une nunuche creuse, ce serait tellement plus confortable que de voir en elle cette enfant précoce aux capacités graphiques hors du commun, qui veut apprendre à lire, qui parle mieux que des gosses de dix ans, empathique et posée, et têtue. Je suis débordée, les assauts sont continuels. Charlotte aux fraises, Barbie, les Pockets je sais plus quoi... Partout, tout le temps, on survalorise les rôles subalternes pour les petites filles, les qualités dites féminines il y a deux cents ans : soumission, fragilité, coquetterie, obéissance, sensiblerie, et insidieusement les défauts associés à la femme sont glissés dans le lot : hypocrisie, égoïsme, immâturité, inconstance.... On trouve encore dans les magazines de VPC qui pleuvent à Noël des nécessaires à repassage, des cuisines miniatures, des poupées filles qui pleurent et des poupées garçons qui font la guerre. La résistance à l'oppression demande une attention de tous les instants. Dans notre propre famille tout le monde n'a pas les yeux grand ouverts et il faut lutter en sous-marin. Non, vous ne ferez pas de ma fille une fillasse. Vous ne ferez pas de ma fille une fillasse. 


                                                *       *
                                                     *

Une fille, mon amour, ma tendresse, c'est un être humain dont les organes reproducteurs se trouvent à l'intérieur de son corps alors que chez un garçon ils sont à l'extérieur. Toi tu portes dans ton ventre deux petites boules qui s'appellent les ovaires, où se forment les graines de vie, et une poche qui pourra accueillir le bébé que tu fabriqueras lorsqu'une des petites graines de vie qui sont dans ton ventre se mélangera avec une des petites graines de vie de l'homme que tu aimeras, c'est pour cela que ton ventre grossira parce que l'enfant y grandira. 
Les garçons, et les hommes qu'ils deviennent, portent leurs organes reproducteurs à l'extérieur de leur corps, c'est leur pénis (leur zizi) et leurs testicules, l'équivalent des ovaires chez les petites filles. 
Les filles et les garçons sont donc bien différents, on ne peut pas se tromper quand on les voit tout nus, et cette différence crée une complémentarité qui est indispensable pour faire des enfants. Ce serait bête de dire qu'ils sont pareils tu es d'accord ? Mais ce serait bête aussi de dire que les garçons sont mieux pour ceci et les filles sont mieux pour cela. Souvent, les garçons sont un peu plus costauds et courent plus vite, c'est parce que leurs muscles ne sont pas faits pareils : comme ils n'ont pas de seins quand ils grandissent, leurs muscles à l'avant du corps ne sont pas développés de la même manière. 
Mais quand il s'agit de se servir de sa tête, de réfléchir, d'inventer, de créer, les filles et les garçons ont les mêmes chances au départ. Pour être fort dans un domaine, il suffit d'apprendre. Que ce soit la musique, les langues vivantes comme l'anglais, le chinois, le russe, les mathématiques, l'histoire, la physique... La seule vraie différence, je te l'ai dite : un garçon ne pourra jamais porter un bébé dans son ventre. 
Il y a des gens qui, parce qu'on leur a expliqué les choses de travers, un peu bêtement, quand ils étaient petits, et parce qu'ils sont trop vieux maintenant pour réfléchir tout seuls, croient que les filles ne doivent pas jouer avec des jouets comme les voitures ou les chevaliers ou les costumes de cow boy, et que les garçons ne doivent pas jouer à la poupée et à la maîtresse et pleurer. Ces personnes là, tu sais, souvent, elles ont été malheureuses de ne pas pouvoir faire ce qui leur faisait vraiment envie quand elles étaient petites. On ne peut pas vraiment leur en vouloir, on ne pourra pas les faire changer, on peut les trouver un peu bêtes mais il ne faut pas leur dire, ce n'est pas important, mais surtout il ne faut pas faire attention à ce qu'elles disent. Toi, tu as la chance que tout le monde, tous ceux qui t'aiment vraiment, te dise que tu es extrêmement intelligente et que tu peux faire tout ce qui te plaît, que rien n'est interdit aux filles, que rien n'est réservé aux garçons (sauf de faire pipi debout parce qu'avec un zizi c'est quand même plus pratique).
par Maintenant c'est nous qu'on est les princesses ! publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Vendredi 4 avril 2008


Depuis hier, nous nous posons beaucoup de questions à propos de cette pauvre Claire. Bon, on sait qu'elle a pleuré dans sa lasagne, mais… est-elle obèse cette pauvre fille ?

Puis pourquoi déjeune-t-elle avec des joueurs de squash ? Et en quoi leur (supposé) regard est-il si important ?

Bref, elle ne nous semble pas très futée. Même si beaucoup de jeunes femmes frappamédias réagissent comme elle. Va-t-elle parvenir à son objectif ? Entamer son régime ? Devenir belle et svelte ?

 

Ce matin, donc, Claire se lève, bien décidée. C'est aujourd'hui le jour J. Enfin, le jour R comme Régime.

 

Mais quel régime? "Surveillants du Poids", "hyper-protooiné", "méthode Montichtuc" ?

Elle n'a pas encore choisi. Elle compte bien faire un comparatif sur Internet – il existe un paquet de site à vocation diététique, elle en est sûre. Mais, en l'absence de décision immédiate, il vaut mieux passer le petit déjeuner. Et elle de dédaigner la belle petite table que son homme – surpris de la réaction et un peu vexé – a préparé pour elle et les enfants. Chuis au régime, lâche-t-elle, devant lesdits enfants ébahis par cet élan subit d'anarchie alimentaire.

 

- Mais zenfin ma chérie, je ne veux pas que tu maigrisses ! Je n'ai pas envie de vivre avec un mannequin ou une femme allégée, appauvrie en calories (Merci Orlando)…

- Je ne le fais pas pour toi, je le fais pour moi-même.

 


Arrêtons-nous un instant tout de même, parce qu'elle est bien bonne, celle-là. Pour soi-même. Pour se sentir mieux dans sa peau. Pour se plaire à soi. Je vais vous dire une bonne chose, ma bonne dame, rien ne sert de maigrir pour se plaire. Quelle drôle d'idée qui marche sur sa tête !

 

Donc notre Claire, partie sans déjeuner, se connecte – à son lieu de travail, elle est belle la France ! – sur internet pour trouver toutes les solutions à un amaigrissement rapide et sans douleur. Ben oui, hein, rapide, parce que déjà là, cela devient limite, elle ne pense plus qu'à ça…  

Première constatation, il en existe des milliers. Deuxième constatation, aucune cohérence là-dedans, on peut manger des patates à volonté chez Surveillants du truc, mais chez Monchitrcu, c'est le fromage… Ohlala, ça va pas être simple. Mais rien que d'y penser, elle sent bien qu'elle a déjà perdu 200 grammes…

 

par Irène Grätz publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Jeudi 3 avril 2008

 


                                       Dessin de Fourchette

Comme dans les magazines
Il faut qu'elle fasse régime
Pour retrouver la ligne

Claire fredonne. Cette petite chanson des gauff'au suc lui trotte dans la tête. Malheureusement, juste à l'heure du déjeuner. Pourtant, ce matin, tout allait raisonnablement bien. Elle était entrée dans son tailleur chic-choc sans forcément trop inspirer-remonter-le-muscle-pelvien-pfouit. Bon, un peu. Maquillage, coiffure, tout était top nickel.

Mais là, elle a faim. Elle a faim et elle partage le bureau avec deux hommes, grands, élancés et beaux qui font du squash, leurs salles étant d'habitude bookées par la secrétaire, elle l'a entendu, c'est sûr.

Un des deux champions lance
- On va chercher le déjeuner chez l'Italien d'en face, tu viens avec nous ?
- Vi, murmure-t-elle, bon, c'est vrai, après tout, ils préparent aussi des salades.

Mais là. La platée de lasagne. Rooooooooo.

Comme les deux hommes se détournent un moment pour choisir le vin qui accompagnera leur (énorme)déjeuner à emporter, elle murmure à la serveuse "Une part de lasagne…" et plus bas encore "euh, et une part de gâteau au chocolat". Zut quoi.

Le coup d'œil lancé par la serveuse est éloquent, qui sans tenir compte de la gêne de sa cliente – répète un sonore "Et une lasagne, une, un gâteau au chocolat, un…"

Elle en pleurerait. Parce qu'elle essaye, la pauvre, enfin la plupart du temps, de surveiller sa ligne. Puis bon, c'est vrai qu'elle est un peu ronde, enfin, depuis ses deux grossesses, c'est moins facile aussi…

Personne ne semble avoir entendu. Elle se connait, elle va se cacher dans un coin pour manger, très rapidement, trop rapidement, sa lasagne qui aura comme un goût trop salé. Finalement, ce n'était pas la peine... 


Et en sortant de chez le traiteur, un champion lui lance "Tu sais, ils préparent aussi des salades…"

Oui, elle en aurait pleuré. 


Elle mangera seulement un yaourt ce soir.
Et demain, promis, elle fait régime. 

par Irène Gratz publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Jeudi 20 mars 2008

                                                       Dessin de Magali Pradère

Un monde fou ce matin dans le RER. Comme tous les matins, depuis que je prends cette ligne. Il faut se hisser, se comprimer, rentrer fesses et seins, parvenir à accrocher à quelque élément solidaire du wagon une main moite et chaude qui glisse doucement, lubrifiée continûment par la sueur inévitable sous pareilles latitudes - chaud, humide, le réseau Ile de france est un milieu semi-tropical propice à la culture des miasmes de toutes sortes et au développement de colonies d'insectes inattendus. Je retiens le spasme qui me retourne l'estomac à la pensée de cette mygale aperçue à Austerlitz un soir fort tard, du criquet géant vert tendre sur l'épaule de la grosse dame l'autre jour, des cafards discrets et des rats innombrables, je remonte ma main d'un cran pour éviter de tomber sur celle du dessous, au risque de m'approcher dangereusement de celle du dessus qui glisse aussi, forcément ... Frères humains qui avec moi vivez ne pourriez-vous me laisser un peu d'air ? Toutes ces pognes, ces tronches, ces haleines, tous ces culs à moitié propres, ces vêtements qui découvrent une abondance de peaux ridées, grasses, sèches, érythémateuses, de toutes couleurs, font naître un mélange d'odeurs musqué capiteux et déjà piquant en ce début de journée, désagréablement prometteur pour le retour du soir. L'été s'installe, et ici plus qu'ailleurs on le subit sans grâce. Ces frôlements contraints sont pour certains mâles en manque de bestialité consentie - ou non - une stimulation hormonale trop forte pour la faible résistance de leur cerveau reptilien aux tentations ; mon extrême jeunesse ne leur cause aucun tumulte moral ; de cahot en tournants, ils appuient un peu plus fermement leur verticalité à mon dos et je dois sans ménagement remonter mon sac à dos sur l'épaule pour raboter lorsque je le puis la chose qu'ils me collent aux reins et qui supplie en tambourinant à ma porte pour le déchirement soudain des épaisseurs de tissu qui séparent nos peaux. Je prends soin à présent de positionner judicieusement mon équerre, même les jours sans maths, et jusqu'à présent aucun n'a osé protester contre mes velléités d'émasculation par angle aigu. Lorsque je descends à mon arrêt, écoeurée, mine grise, il en est encore pour lancer une louche attrape-fesses en adieu, anonymes, insoupçonnables. Ah que j'aimerais avoir le cran, du haut de mes quatorze ans, de leur vomir mon mépris, mais mon estomac et mes mots se refusent, et je ravale ma rage et ma bile. Bientôt les vacances, bientôt. Je m'accroche à cette idée et referme la porte mentale qui mène à la folie et au dégoût des hommes, pour cette fois encore.

par Marie-Laetitia Gambié & Magali Pradère publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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