Ma cuisine

Publié le par Marie-Laetitia Gambié


Vous vous rappelez les ennuyeux devoirs de vacances qu'on vous collait lorsque vous étiez mômes, les rédactions punitives qu'il fallait coucher au plus vite sur papier pour aller jouer, et les sujets ineptes de la semaine de rentrée ? Quel souvenir en avez-vous gardé ? Pour moi c'était l'horreur, la torture, la copie cent fois reprise, les pleurs, la rebellion, j'aurais vendu un frère ou un rein pour m'en faire distraire, et j'usais de toutes les ruses possibles pour y échapper. Pourtant... pourtant au fil des pages contraintes le goût m'est venu des mots qui se suivent et s'agencent avec harmonie, le goût des phrases que l'on respire, que l'on retourne en bouche les yeux mi-clos.

Mon pensum pour l'été c'est moi qui le choisis cette année, suis-je donc devenue grande ! "Décrivez votre maison idéale". Si l'une de mes comparses se sent le goût de m'accompagner, ce sera avec grand plaisir : maisons réelle ou rêvée, si ce sont vos maisons, amies, j'ai grande envie de les découvrir à vos côtés.

Comme toute gourmande qui se respecte, je vous emmène en tout premier dans ma cuisine. Petit à petit nous verrons se dessiner la bâtisse, qui, sans doute, en ramènera certains vers la maison du ruisseau que j'avais esquissée il y a quelque temps.

Entrons...


La cuisine ...
E
lle doit etre très grande, très claire, très propre, et sentir le pin, l'ail, la farine. Y trône sur le mur opposé à celui de la porte d'entrée, vitrée de verre cathédrale orange en vitrail, un immense plan de travail en inox qui a vécu déjà, surplombé par des meubles très hauts, si longs qu'ils rejoignent le plafond sans laisser place à la poussière grasse qui se déposerait dans l'interstice. Elle doit être très lumineuse. Je l'imagine baignée par de larges fenêtres qui se font face ; l'une donne, basse, sur un carré de verdure domestiquée, carottes choux et salades en rangées sages ; l'autre, haute, ne pourrait être enjambée de l'intérieur, ouverte elle respire au coeur d'une touffe odorante d'herbes que l'on arrose par en haut, à la fraîche, menthe poivrée, thym, basilic fragile. L'été on y appose une moustiquaire artisanale sur laquelle viennent se poser les insectes hébétés que la chaleur rabat vers ce puits plus sombre et frais ; on prend le temps alors, voyeur immense d'un zoo permanent qui n'a pas conscience d'être, puisque les visiteurs sont ceux qui restent cloitrés, de contempler derrière le treillage fin le dard et les zébrures du frelon guerrier, immense, samouraï masqué de rouge, qui s'agace et semble pris de tremblements, on s'attendrit attirés par le zonzonnement incertain, épuisé, du bourdon aux cuisses épaissies de pollen orangé, trop lourdement chargé, qui prend une seconde de repos vertical dans le triangle d'ombre que dessine la pointe de la maison où le soleil déjà tourne, on sémerveille bouche close devant le découpage des ailes surfines du machaon qui palpite, roule et déroule sa trompe infime sans nous voir jamais, puis reprend son vol, battu, plané, battu, plané ...

 

Publié dans Dans ma maison il y a

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Théobald 26/08/2008 16:31

Je reprends lâchement les mots de "Kiki" : ces mots sont délicieux. Belle cuisine de rêve, oui.

Pour ma part, je pense à un jardin d'hiver, un bazar un peu vert, rien de bien exotique, quelque chose qui dirait que le chêne était là au milieu y'a deux siècles et que la maison est venu l'enlacer bien après, avec cette garçonnière de jungle comme écharpe de soie, où l'on se souviendrait qu'il y a un gros fauteuil club usé fier incongru et franchement planqué dans des frondaisons infernales, le tout entre ciel et terre, entre verts et fer, quelques marches ici et là pour jouer une symphonie en entresol mineur, quelque marquise là haut pour atténuer les potacheries de la météo avec un parfum de XIXème, et des arrosoirs improbables en galva de nos grands-pères, deux ou trois portes pour que l'oasis soit carrefour, et, planté là comme parachuté au dessus des steppes, un quintal de bibliothèque avec tous les auteurs infinis qui ne sont jamais morts que dans les dictionnaires.

Mariléti 24/08/2008 16:21

Mouaf et pi pour la suite bah faudra attendre que mon PC i soyait réparé !!!

Kiki 11/08/2008 11:45

Miam, menu idéal pour une végétarienne comme moi...mais...zut...Clermont-Niort en un quart d'heure, ça va être un poil short pour midi! ;) Bon app!

magali alias 11/08/2008 11:31

Mariléti> ton texte m'a permis de mettre à l'épreuve mes vielles connaissances en perspective.
Kiki> ce midi, je propose un taboulé maison avec aubergines grillées au barbecue.

Kiki 11/08/2008 10:39

The kitten in the kitchen, c'est joli tout ça! Les mots sont délicieux et le dessin idéal mais bon, c'est pas tout ça, on mange quoi à midi, les filles, hein? ;)