Le grenier

Publié le par Marie-Laetitia Gambié

Vaste panse tendue de poutre à poutre au-dessus de la maison, délaissé, il fleure le bois vieux et le papier moisi. Des bandes dessinées y ont été oubliées qui partent en lambeaux sous les doigts, les cartons d'un très ancien déménagement d'on ne sait plus où attendent toujours d'être rouverts et leur contenu réhabilité, c'est trop tard bien sûr les tasses ici ébréchées ont été remplacées depuis longtemps, les vieux cahiers du lycée gardent leurs mots doux et les notes de cours pour quand on sera morts et qu'il faudra tout jeter, mais ce ne sera pas nous, des lettres d'amour, coquines, cochonnes, pornographiques, se délitent lentement et se décalquent d'une page sur l'autre, lignes fondues dont on ne lit plus que des bribes, le rose aux joues... Pour passer d'un tas à l'autre il faut affronter les toiles d'araignée aux trois quarts vides qui ne s'aperçoivent qu'une fois le nez dessus si le faisceau de la lampe tombe sous le bon angle. Je frissonne et à grands moulinets balayant l'air devant moi je déloge les faucheux endormis et fais trotter très bas les tégénaires effrayées. Je ne sais plus pourquoi je suis montée, je me replie dans un spasme au contact d'une toile habitée que je secoue furieusement pour la décoller de ma main droite, je regarde le trou de lumière dans le plancher et pense à me précipiter mais la fuite éperdue est compliquée par l'angle impossible de l'échelle de meunier par laquelle je me suis hissée à travers le plafond du couloir dans cet huis inexploré jusqu'à lors ; je réprime un hoquet nauséeux lorsque mon pied écrase une mue gigantesque, coquille vide mais évocatrice, de dévoreuse à poils longs... Je respire profondément. L'odeur est plus complexe à pleines narines, musquée en deuxième approche, agressive. Des crottes de souris, plusieurs boulettes de déjection du grand-duc que l'on entend marcher certains soirs de long en large, pensif ou en chasse, irriguent de leurs parfums acides mais amples l'atmosphère confinée de l'antre. Je ne me sens pas chez moi ici et même les vestiges dérisoires de ma vie passée ne m'appartiennent plus guère, ancienne carapace, peau chue et oubliée que l'on recroiserait étonné sans s'y reconnaître, carnet intime d'adolescence dont les mots maladroits nous font sourire...

Marie-Laetitia GAMBI
É

Publié dans Dans ma maison il y a

Commenter cet article

Marie-Laetitia 13/01/2009 16:10

Des odeurs et des parfums

soleildebrousse 29/12/2008 17:40

Il me vient l'envie d'un grenier imaginaire. Qu'y trouverais-je sinon le temps enfui ?
Que voudrais-je y trouver sinon les échancrures de chemises non encore ouvertes ?

Marie-Christine 12/12/2008 14:40

Ah c'est si bon, parfois, de nager dans la poussière !

Marie-Laetitia 12/12/2008 13:23

Fermez les yeux, Odette, comme je viens de le faire, les greniers sont toujours là, en haut ;)

Odette L-E 12/12/2008 13:11

Marie-L, tu sors nauséeuse d'une visite que je t'envie. Que ne donnerai-je pour explorer les greniers de mes jeunes ans !
" Que sont les greniers devenus
Où je me suis souvent tenue
Pour y rêver..."
Souvenirs, souvenirs. Il ne fait pas bon vieillir. Aussi as-tu raison M-L de ne pas t'attarder dans ces refoule-passé ça nous prouve que tu es jeune. Reste-le longtemps encore et pour toujours.
AMCLM. O L-E