« Si la délation est condamnable car se faisant au détriment de gens honnêtes, la dénonciation est un devoir républicain prévu dans la loi et permettant de lutter contre les délinquants » nous dit-il.
Voilà bien les politiques, qui se prétendent lexicographes et font mentir les dictionnaires.
Or que disent les dictionnaires, et tout d’abord l’essentiel TLF ? Que la délation est « une dénonciation, généralement secrète, dictée par des motifs vils et méprisables ».
Littré lui-même, définit la délation comme « une dénonciation, mais toujours en mauvaise part », et ne nous donne comme définition de la dénonciation que deux synonymes, « accusation et délation ».
On le voit, la différence entre les deux termes est la seule appréciation subjective de la portée morale de l’acte, changeante selon les temps, les circonstances, les gouvernements, et la morale de chacun. Rajoutons à cela que celui qui est victime de dénonciation, pour quelque cause que ce soit, en éprouve des effets variables selon, entre autres, son éducation, sa couleur de peau, son sexe, sa position sociale ou son influence, et on comprendra, sans doute, que la justice ne peut, et ne doit pas fonctionner sur l’exercice des passions de voisinage ou la promesse d’une récompense.
Messieurs Besson et Lefebvre auront beau rajouter, et ils auront raison, que la dénonciation est également un terme de droit criminel qui désigne - toujours suivant la définition de Littré « la déclaration, faite à la justice, d’un crime ou d’un délit par celui qui en a connaissance », ils ne pourront que reconnaître l’infamie, l’ignominie du procédé, admettre qu’une pratique qui n’est jamais associée qu’à des adjectifs particulièrement négatifs ne peut devenir un outil de justice, et déplorer avec nous qu’on trouve désormais un site web dédié à l’exercice de la dénonciation ou des modèles de lettres d’accusation , que l’expéditeur aura soin de ne pas signer, dans le respect des traditions de ce type de littérature.
Marie RENNARD
C'est vous qui l'dites