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MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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Samedi 3 mai 2008

J'ai eu froid ce matin au réveil, la tête brumeuse, la fenêtre était ouverte et les volets entrebaillés, le chat tapi dans un repli de couverture n'avait même pas esquissé un mouvement pendant la nuit pour aller chasser des ombres de chauves-souris. Je me suis dépliée, j'ai passé en revue mes courbatures, mentales et physiques, un coude qui grince, un sourire à huiler ... J'aime me réveiller tôt le dimanche, la sensation de grapiller du temps, sur quoi ? , vient colorer délicatement d'orange toutes les impressions qui surviennent; l'odeur même change deux heures après, une fois le soleil et les humains levés, la pollution remise en branle. Je m'assieds au bord du canapé, les deux pieds bien à plat éprouvant la tiédeur du parquet, je pousse mes mains jointes bien au-dessus de ma tête, mes épaules roulent un peu et se réchauffent; je serre les poings, un arc de cercle avec les bras, et le premier baillement, interminable, les oreilles qui se rebouchent une seconde et le sommeil qui menace de me happer pour un rappel. Je ne cherche pas mes chaussons ou chaussettes, le souvenir du monde environnant remonte par les pieds nus : la chambre, parquet, la cuisine, carrelage froid, la salle de bains, carrelage souvent tiède. Je me coule dans une robe très douce, au tissu lourd, qui vient caresser mes chevilles, j'éclabousse un peu nez et paupières, vain essai pour tonifier les chairs fatiguées des fins de semaine, je brosse mes cheveux sur le côté gauche, puis droit, puis gauche. Après avoir, par des ruses de séduction quotidiennement renouvelées, attrapé et rangé le chat, j'ouvre tout grand les volets, je me fais mon opinion sur le temps possible avant de l'entendre énoncer sans coup férir par mon monsieur météo du matin. J'aime qu'il fasse un peu frais, pour le frisson contrastant avec la moiteur du lit et des draps, rupture bien nette, la pluie même ne me déplaît pas, elle m'assurerait une promenade paisible et solitaire; je fixe le plus souvent un but géographique à ces errances, je ne l'atteins jamais, mes pas me ramènent à la maison ragaillardie plus tôt que je ne l'avais prévu.

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : C'était booon
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Mercredi 30 avril 2008



Nous sommes au bord de la mer. Le sable se glisse entre mes orteils qui dépassent de ma serviette. Je sèche, mon quatrième bain de la matinée, ma peau se craquèle au sel qui se dépose. Je passe la langue sur mes lèvres, je goûte la mer.

Lorsque je reste bien allongée, les yeux fermés, les bras le long du corps et les jambes repliées, le vent qui glisse sur mon corps est tiède, son murmure dans mes oreilles m'endort. Une fois sèche, la chaleur devient insoutenable. Je me relève d'un bond. Mon maillot de bain est encore humide et pendouille entre mes jambes. Je le remonte le plus haut possible, et, faisant fi des recommandations des adultes, je cours et saute à l'eau dont la fraîcheur me saisit, me lançant un grand frisson jusqu'aux oreilles.

Je plonge. A mes pieds des coquillages. J'ouvre les yeux malgré la brûlure inévitable tout à l'heure ; des multitudes de poissons minuscules s'écartent à mon passage, se rassemblent et se dilatent pour s'enfuir. Les dessins imprimés par les reflux et ressacs dans le sable m'attirent, je m'y cramponne et progresse ainsi au fond de l'eau, langouste géante.

Mes poumons sont vides, je remonte une seconde. Mes cheveux longs qui s'étalaient en nuage d'algue autour de ma tête retombent d'un bloc sur mes yeux. Je souffle très fort par la bouche, me maintenant hors de l'eau en faisant avec les pieds de petits ronds. Une, peut être deux secondes avant de me situer. Je me suis éloignée de la plage et des barboteurs. Je nage très bien.

J'ai huit ans mais la mer ne me fait pas peur. Plus loin sous l'eau je sais qu'il y a des rochers où nichent des poissons que je ne connais pas, et la Murène. Plus à l'ouest, si on s'approche de l'autre plage, on arrive même, à cent mètres du bord, à reprendre pied sur des pics affleurant recouverts d'une mousse verdâtre glissante un peu dégoûtante.

Je vois mon grand-père me faire signe. "Reviens ma poule, tu es trop loin !". Les mains en porte-voix.

Tanné par le soleil de Corse, marron-brun, sec et musclé, slip de bain noir, lunettes noires, coupe à la Dick Rivers. Je nage sans appréhension, doucement, je replonge et remonte, me laisse porter par les vagues légères, mon souffle est régulier, la mer est d'une clarté ! Je reprends pied près de la plage, après un dernier plongeon pour contempler le rouleau qui se brise par en-dessous.

Il m'enveloppe d'une serviette immense, toute chaude de soleil. Je n'avais pas réalisé dans l'eau que j'avais froid.

"Tu as les lèvres toutes violettes ! allez on rentre, on va prendre un bon chocolat chaud avec des tartines de beurre salé !"

On rentre par la petite route de montagne, il fait 40°C dans sa vieille bagnole. Il me prend sur ses genoux "allez maintenant c'est toi qui conduis" et il lâche le volant. J'ai un peu peur mais il va tout doucement.

Lorsqu'on arrive enfin, au moins je n'ai pas eu le temps de penser que j'avais envie de vomir. Je descends de l'auto encore en maillot de bain, je me précipite pieds nus vers la maison, je gravis les marches en évitant la colonne de fourmis rouges qui ont colonisé l'escalier (on a tout essayé pour les déloger), l'une d'elles convoie un éphémère aux ailes repliées ; sur la terrasse, en haut, le sol en béton blanc est brûlant sous la plante des pieds, je cherche l'ombre. Je laisse un pied un soleil et l'autre à l'ombre, je change, marelle improvisée.

"Ah ma poule tu vas trop vite pour moi".

Le chèvrefeuille qui déborde depuis le jardin d'à côté diffuse un parfum entêtant. Les amarylis fatiguées attendent l'arrosage crépusculaire en courbant la tête. L'heure de la sieste approche. Avant, je vais dévorer le repas de célibataire qu'il m'aura concocté, bien gras, bien gourmand, avec un jus de fruits très frais, et puis j'irai m'effondrer dans la chambre du fond aux volets clos, préservée de la chaleur environnante. J'entendrai alors à peine quelques minutes la télévision et le bulletin d'informations, m'ensuquant tout doucement jusqu'à l'heure du goûter.

Lorsque je pose la tête sur l'oreiller, les yeux mi-clos, je joue entre mes cils à faire danser les rais de lumière projetés au plafond. Je tourne dans la fraîcheur du lit que je tâte du bout du pied, du plat de la main, je prends mon pouce, serre ma peluche contre moi. Je dors.

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : C'était booon
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Vendredi 25 avril 2008
 dessin de Magali


Elle a marché, je l'ai vue. Tout doucement, elle s'est approchée du bord de l'étagère de la cuisine. Je regardais dans la rue, par la fenêtre ouverte, et j'ai vu son reflet doré bouger dans la vitre sale, elle ne savait pas que je pouvais la voir. Ses cheveux dans le vent, son enfant dans les bras, elle allait droit vers le soleil. Puis le rayon magique s'est éteint et ses pas aussi mais elle a marché, je l'ai vue. Et je t'ai revu, toi, Joseph, caresser le morceau d'olivier qu'on avait trouvé au hasard d'un arrêt pique-nique en revenant des vacances dans le midi et qu'on t'avait ramené, précieux fossile, parce que tu répétais toujours n'importe quel fruitier, si vous trouvez, mais l'olivier, c'est ce qu'il y a de mieux, ce bois-là, même mort, il vit... Mais, dans le coin, les oliviers, y'en a pas. Alors on ramenait bouts de poirier, de merisier, de cerisier, tu souriais de l'aubaine et, après quelques caresses muettes, tu plantais, papy vaudou, les ciseaux à bois ici et là dans le tronc offert et, de tes mains, je regardais naître un bestiaire magique parfum résine. Les faons bondissants, c'est ce que je préférais et aussi les échassiers fragiles, mais tu ne savais jamais au début. Tu disais, c'est le bois qui décide, dans ses veines, si tu regardes bien, il y a déjà le plan à suivre, les contours planqués dans les anciens chemins de sève, les noeuds à éviter, le sens des fibres à respecter, tout est là, regarde, me disait-il, je ne voyais rien, il prenait ma main dans la sienne pour la promener doucement sur le bois, , disait-il encore, tu le sens, le bois est plus dur, ce sera le corps, on creusera la partie plus tendre pour obtenir les membres, je fermais les yeux, attendant la vision, je ne sentais rien que les échardes vicieuses se planter dans ma peau et j'en pleurais parfois de rage. Mais pourquoi je vois rien, moi? rouspétai-je. Il faut avoir l'habitude, me consolait-il, et aussi l'amour. L'amour? m'étonnai-je. Oui, l'amour, de la matière que tu travailles, du bois, de l'arbre qu'il a été. Et je regardais ses mains immenses, battoirs phénoménaux, pognes de combat, paluches extra-luxe, effleurer délicatement la bûche grossière, en faire tomber les premiers copeaux, cajoler cette forme qui m'échappait encore... Soudain il a levé la tête, m'a regardée et souri ce coup-ci, c'est elle, c'est la Maïré. Tu verras, elle va être belle! Il m'a assise sur ses genoux, a pris son gros crayon rouge de charpentier et a commencé son dessin. Tu vois, là, son visage et ses cheveux, peut-être un voile, et puis le départ du bras qui soutiendra l'enfant et la robe qui descend jusqu'en bas. L'important, c'est de trouver la ligne. La ligne? demandai-je. Oui, la ligne de vie, celle qui animera toute la sculpture, qui la rendra vivante. Tu la regarderas et tu la verras marcher... Je ne voyais pas grand chose encore dans le morceau d'olivier mais, dans les yeux de Joseph posés sur le bois brut, même si je ne le savais pas encore, ce que je voyais c'était un peu de ce mystère unique qui vient du fond de l'homme et qu'on appelle création. Ensuite, c'était une histoire entre eux deux, Joseph et Maïré. Des jours durant, dans l'atelier, il restait penché sur le grand établi, étau, scie, ciseaux, limes, sciures, craquements, bruits métalliques des outils, pinceaux, vernis, séchage. Naissance. Un jour, au retour de l'école, il m'attendait, le sourire aux lèvres. Tu veux la voir? Et je glissais ma main dans la sienne où elle se perdait, mon coeur battait, on entrait. La voilà. La Maïré. J'étais émue. Je ne savais pas quoi dire, je murmurais elle est belle... Et, celle-là, Il me l'a donnée je l'ai faite pour toi. Tu penseras à moi en la regardant, plus tard, et aussi à l'olivier qu'elle était, hein? Peut-être même qu'un jour elle te racontera son histoire d'arbre et que tu la verras marcher. Tu me crois? Je n'avais rien dit alors. Maintenant, je te réponds oui, Jo, je te crois, je viens de la voir marcher et je remercie souvent ce morceau de vieil olivier par la grâce duquel, encore aujourd'hui, si longtemps après, même mort, tu vis...

par Christine Spadaccini publié dans : C'était booon
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Vendredi 25 avril 2008

 


A Rambouillet quand on y habitait, trônait sur la place qui jouxte le parc du château un superbe manège, Carrousel façon temps anciens : avec des ch'val d'bois qui montent et qui descendent, des camions de pompiers qui roulent, des avions, une girafe, un lion, un cygne rose kitchissime d'un mauvais goût abeulibeubol ... On descendait de notre chez-nous, on posait Mathilde à terre, chacun de nous lui tenait une main, toute petite et toute douce dans nos grands doigts.

"A la une ! à la deuuuuuuuux .... à la trois !" deux balancements de nos bras à l'unisson et Mathilde qui s'envole en riant.

C'etait tout près, la place Félix Faure, mais au rythme de ses tout petits pas ça nous prenait dix bonnes minutes pour l'atteindre.

Une fois un peu grande, elle anticipait, mais les premières fois quel délice ! elle se laissait surprendre, au coude que fait la rue, par la vision soudaine. Elle trépignait alors d'excitation, le cul rebondi par la couche dandinant son balancement frénétique vers "Manèz ! Manèz !".

Cette exaltation manifeste faisait se retourner les vieux sur ce tout petit bout de bébé qui parlait déjà, marchait à peine, et voulait courir plus vite encore plus vite !

Elle s'agaçait d'un coup et des larmes d'impuissance lui auraient coulé si son père ne l'avait pas hissée sur son dos, tout là-haut pour aller plus vite, à son pas de géant. Alors elle riait sur ses épaules "Manèèèèèèz maman !", et on courait guettant si par malheur le feu n'allait pas passer au vert avant qu'on ait pu traverser et que la sonnerie ait retenti faisant démarrer un nouveau tour.

Pendant que son père l'installait dans le camion de pompiers, j'achetais les tickets du jour. Le forain propriétaire était dès l'aube couperosé de frais, et son pied houleux même à terre ne devait pas grand chose au vent du large ... ptete pour compenser le tournis du carrousel où il passait récupérer les tickets des mains des enfants une fois la machine mise en branle... on sait pas ...

Ma princesse jolie ne bougeait pas, ne pipait mot, accrochée au volant de son camion - quel drame quand il était occupé ! - sérieuse comme quand on déguste un grand vin ou une belle voix, d'abord avec son père à ses côtés puis toute seule. Elle délivrait son billet au contrôleur sans un sourire, presque tendue, toutes ses fibres espérant l'ébranlement de la machine.  

Moi rien qu'à les regarder perchés là-haut j'avais envie de vomir.

Quelquefois je l'y emmenais seule. C'est une drôle d'épreuve de séparation pour une maman, un manège : je te vois, je te souris et te fais un petit signe, tu tournes, je te perds de vue, mon coeur rate un battement, une seconde s'étire paresseusement avant que ton camion ne réapparaisse, rotation incomplète, es-tu toujours dessus ... tu es dessus ! je te souris, je te fais un petit coucou ... et le tour recommence. Un apprentissage, un "je te lâche un tout petit peu mais ne pars pas trop loin", des prémices de commencement de se quitter ...

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : C'était booon
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Jeudi 10 avril 2008

L'heure propice dépendait de l'espèce recherchée.  Mon père marquait une préférence très nette pour les diurnes, frêles, qu'on attrape à la volée, et nous partions souvent après ma sieste. Le gros corps des nocturnes le dégoûtait un peu je crois, et demandait un travail de mise en forme s'apparentant pour certaines espèces à de la taxidermie miniature peu ragoûtante.

On m'oignait de crème solaire qui sentait le ballon de baudruche, un large chapeau de paille noué autour du cou me protégeait la tête et les yeux, j'enfilais des chaussettes de coton qui grinçaient légèrement contre la moiteur de la peau et qu'il fallait tortiller méthodiquement alors que j'étais affreusement pressée, puis je laçais mes chaussures, sandales de cuir semi-ouvertes laissant respirer la peau, et attrapais enfin mon petit filet de treillage fin, vert, rigide, en cône, chinois agrémenté d'un manche, que j'avais déposé la veille dans le porte-parapluie. En Luberon, un porte-parapluie l'été ne sert guère qu'à cela...
Mon père possédait, lui, un immense filet de gaze grise qu'il portait nonchalamment sur son épaule libre ; le moindre souffle d'air le faisait flotter derrière lui, étendard imposant et léger où se prenait souvent un insecte indésirable que l'on délogeait avec plus ou moins d'égards selon son statut. Les piqueuses avaient ainsi droit à toutes les précautions : ma mère et moi nous écartions à cinq ou six pas tandis que mon père leur indiquait prudemment la sortie ; il arriva souvent qu'elles tournoient agacées autour de lui en rondes saccadées, exaspérées et bruyantes, et j'admirais, terrorisée, l'audace de ces bêtes minuscules. Ma mère, allergique, serrait un peu plus fort ma main, et contrôlait une fois encore la présence dans la besace de l'ampoule de polaramine.
Nous marchions sur deux lignes, frappant les herbes hautes du chemin de nos bâtons. Quelques jours plus tôt, ou l'année d'avant, ou peut être cela se produisit-il plusieurs fois, mon père était revenu blême, migraineux et l'estomac retourné d'une promenade solitaire : il avait dérangé dans son hébétude brûlante une vipère enroulée sur elle-même qui, surprise et retraite coupée, s'était dressée en sifflant. Nous en avions tous tremblé, et cette menace permanente qui cachait dans chaque touffe sèche des serpents fantasmés qu'il fallait avertir assez tôt et faire fuir transformait ces balades en aventures de pilleurs de tombeaux. Sans doute, nous empruntions toujours les mêmes chemins, mais nos découvertes étaient toujours différentes et je ne garde que la mémoire des trésors révélés.
Mon monde était peuplé d'un bestiaire fabuleux. Machaons, porte-queues, flambés : mes zèbres ; petites tortues, grandes tortues ; chenilles de toutes les couleurs, hérissées de piquants factices, cornues, immenses, poilues, que nous regardions dévorer une feuille assez longtemps pour entendre le bruit de leur mastication goulue et méthodique ; coléoptères bleus et verts métallilsés dévoreurs de souches pourries ; larves grasses à la blancheur translucide révélant leurs organes fragiles ; fourmilières de la hauteur d'un homme abritant des millions d'individus et qu'on sentait vibrer autour de soi ; rhinocéros, lucanes, coléoptères énormes au vol diagonal bruyant et lourd, qui venaient parfois s'écraser contre un arbre, recrus de fatigue.
Lorsqu'enfin après plusieurs essais et des captures inutiles, mon père apercevait le papillon de ses rêves, je le regardais s'agiter dans un ballet tour à tour grâcieux et cocasse, le geste précis et technique se muait dans la précipitation en gesticulations burlesques - parfois malgré lui parfois pour m'amuser je gage, qui le faisaient souvent éclater de rire. Enfin, il l'avait attrapé ! Il le guidait vers le fond du filet, expulsant autant que possible les indésirables pris avec lui dans la nasse, et me le nommait. Mâle et femelle étaient aussi bizarrement assortis que peuvent l'être parfois les gens, l'un petit et trapu et terne, l'autre vaste, coloré et grâcieux. Le Petit Sylvain, le Vulcain, le Mars, tombait dans son bocal de collecte, lesté de plâtre cyanurisé. Je détournais la tête tant que durait l'agonie ; je nous sentais un peu sales, voyeurs ; cette mise à mort mettait aussi un terme à la promenade et je savais qu'au retour il faudrait apprêter l'insecte, étendre ses ailes avec mille précautions, pinces à la main, le maintenir ainsi écartelé par de fines bandelettes piquées dans les supports, un pour chaque aile, de part et d'autre du corps, puis laisser sécher... C'était moins joli que la chasse. 

 

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : C'était booon
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