Pourquoi ce titre ?

MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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Historique

Juillet 2008
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Jeudi 12 juin 2008


Oyé sisters, m’est arrivé durant l’hiver dernier cette histoire que j’ai laissée s’endormir sous un blister d’oubli alors qu’en la partageant avec vous on aurait pu s’énerver ensemble et se poiler aussi depuis un joli moment. Bah, mieux vaut tard… Allons-y que… C’était très tôt le matin, quatre heures, quatre heures trente, il faisait nuit profonde encore, je baladais mon dog, près de la gare. La ville endormie, les trottoirs pas encore salis, les humains et leurs voitures au lit, je savourais moment béat de solitude tranquille en bouffant des yeux le moka du ciel et ses petites étoiles en sucre tandis que mon chien inspectait les crottes en chocolat et relevait ses (pip)emails à chaque borne-platane. Parfois il répondait aussi sec (façon de parler !), d’autres fois il se contentait d’un long sniff appréciateur : pisse de caniche abricot, femelle à j-3 semaines des chaleurs, dernier repas : 150 grammes de frisky saumon, deux carrés de choc à la noisette plus deux-trois petites merdes du cobaye choppées en douce à la faveur d’un nettoyage de cage. Bref, on avançait doucement, lui canin à ses rêves moi caha avec la crève, emmitouflée dans une vieille parka et cinquante-trois pulls en laine épaisse, jog pourav’ feu au plancher, pataugas trouées, moufles et bonnet, keffieh rouge et blanc autour du cou, cheveux hirsutes, lunettes de traviole et la tête des grands jours d’insomnie. Ugly Betty meets Carmen Cru qui l’initie, si, si, au Fernet-Branca, pas moins. J’en rajoute pas, j’en enlève pas. Il est important à ce stade du récit de bien comprendre que ce qui peut s’apparenter à une touche de séduction était totalement, désespérément, outrancièrement absent de ma parure, de ma dégaine de guenille comme de mes pensées. On était à 500 mètres de la maison. L’avenue était idéalement déserte, silencieuse, grand canyon urbain, dog et moi embarqués sur la rivière asphalte, raft pépère sous les séquoias des lampadaires. C’est beau une ville, la nuit, ta gueule, Richard, lorsque voilà soudain un vieux beau qui vient ringer…euh…ranger son interminable carrosse le long de mon trottoir nocturne. ‘Qui donc pour oser troubler ma béatitude solitaire ?! Fais chier, go away’, je pense. La vitre électrique, fumée, siouplé, -quand je vous dis, grosse caisse qui pue la thune- se baisse lentement et j’aperçois la tronche du capitaine du paquebot, vieux mâle dans la soixantaine, rasé de près, sapé comme un milord, le smile d’attaque et la politesse en fleur à la boutonnière de la bouche. « Mademoiselle, je vous prie de m’excuser mais… » A cet instant, imaginant encore le péquin perdu, je pense ‘Putain, à ce prix-là, ils pourraient les livrer avec des GPS, leurs diligences !’ Que nenni ! Et le triste sire de me susurrer pour le sucer son tarif : « …pour 500, c’est okay ? ». Bordel d’Adèle, crétin d’Alain et banane de Jeanne, ce con-là s’est vraiment planté d’adresse, les teupu, c’est de l’autre côté de la gare ! Mais y’a un truc dans sa gueule de raie suffisante qui me met hors de moi et me fait répondre : « 500, c’est le tarif pour le chien ! Moi c’est le triple. On peut envisager une remise pour les deux… » La voiture démarre sur les chapeaux de roue et je vois nettement un doigt, le doigt, pointer par la fenêtre du conducteur. Grand seigneur, indeed ! J’enregistre le numéro d’immatriculation, vieux réflexe de joggeuse solitaire, la marque de la voiture, tiens, pas de numéro. Putain, pas un pet d’humour, le cave… Je vois bien que mon pet dog à moi fait un peu la gueule. « Qu’est-ce t’as, le chien ? » Ah ben ouais, exact, on était mal barrés s’il s’était agi d’un zoofils de pute ! Le pire était à venir encore. Quand j’ai raconté ma mésaventure m’attendant à miséricorde et mise en garde (« tu devrais arrêter ces promenades nocturnes solitaires et patati et patata… »), les mecs ont répondu « BM sans numéro de série, waow, y’en a pas beaucoup dans le coin ! » et les nanas « 500 ? Francs ou euros ? »

Putain !

Et vous, vous en pensez quoi ?

Francs ou euros ?!

Mais non, patates, de cette histoire !

par Christine Spadaccini publié dans : Rencontres
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Mardi 8 avril 2008

Le train est en gare de nulle part depuis déjà dix minutes. Nulle part, c'est Nevers, disent les pancartes. Nevers donc, un samedi gris, city vide, temps désolé, froid. Nevers, une minute d'arrêt, a dit le contrôleur. Et, depuis, c'est Nevers, une minute d'éternité. Les enfants s'agitent, les mères crient, les têtes se penchent, tournent, opinent, les patiences s'usent, les regards se désabusent, l'usager se rebiffe. Un grésillement puis la voix à nouveau: suite à un problème technique le train ne repartira que dans une vingtaine de minutes. Nevers, pour vingt minutes encore, aux arrêts. Je décide de descendre du train. Aller boire un café, fouler les quais, foulée rapide, le vent mord. Je m'engouffre dans le hall, un distributeur boit mes euros, café chaud, je trouve la salle des pas perdus, un seul autre passager l'occupe, en transit. Il me sourit. Je smile retour, pose une fesse transie sur le bord de la banquette froide. En face de moi, une grande baie vitrée mais rien de comestible à se mettre en pupille, je kawa brûle-papilles, grand panoramique sur désarroi urbain: quelques immeubles aveugles, des rues presque vides, de rares passants pressés, un bar lounge, lourdes tentures rouges, un hôtel Campanile et, vilaine, son entrée peinte en vert pas beau. Je poubelle le gobelet, observe la salle spartiate et ses sièges design, métal terne et rayé mais que les néons du plafond parent d'une légère et belle irisation. Je sors mon appareil photo. Tente de saisir les reflets fragiles. C'est flou, ça passe le temps. Je sens le regard de l'homme assis en face de moi m'effleurer. Il a une quarantaine d'années qui ont fait ses cheveux moins épais mais ses fines boucles grises semblent si douces, j'ai envie de passer ma main dedans. Que fait-il ici, à Nevers? Pour éviter son regard, je pose celui de mon objectif sur l'hôtel, je le sens qui se lève, s'approche de moi, douce panique, il montre du doigt la façade du Campanile. Vous voyez là, cette fenêtre au quatrième, c'était notre chambre, numéro 407... Je ne réponds rien. Il semble perdu dans ses pensées. J'imagine le rendez-vous des amants, vingt-quatre heures hôtelières d'une liaison amoureuse, un rencard à Nevers comme dans Hiroshima mon amour mais sans les drames, juste entre les draps avec Hiroshimatelas qui grince et irradie les ondes sonores de leur plaisir jusque dans les chambres voisines. Va et vient made by les lattes défectueuses, crescendo griffé par ses ongles longs, parquet complice, carpettes qui glissent, un soupir et puis...le matin morne, petit-déjeuner vite fait, la gare en face, un train, une place, dernière étreinte, son reflet dans la glace et la mémoire de ces quelques heures chaudes s'installe, compartiment sueur, chez l'une, chez l'autre. Ils se séparent, un peu tristes. A bientôt. A bientard. Qui sait... Oui, reprend-t-il, juste là, au quatrième... Je ne sais toujours pas quoi lui répondre. Un grand blanc entre nous, silence Tippex étalé d'un pinceau gêné, j'imagine encore love scènes, longues caresses et petite langue sur sexe dur mais il rompt le charme de mon ero-rêverie d'un qu'est-ce que c'est mort ici, vous ne trouvez pas? Je n'aimerais pas habiter là, en fait, il ne doit jamais rien s'y passer! A cet instant j'ai levé les yeux vers ce ciel gris, tellement vide, et il y a eu, si soudaine et magnifique, une pluie d'oisaux. J'ai voulu lui faire voir. Trop tard. Si, il se passe toujours quelque chose, regardez, lui ai-je dit en lui montrant la photo sur le petit cadran numérique de mon appareil. Il a levé les yeux vers le ciel vide, oiseaux envolés, posés, invisibles. Le haut-parleur a annoncé le départ imminent de mon train. Je lui ai dit au revoir en pensant au signe joli de la pluie d'oiseaux: c'était comme si, par la fenêtre du quatrième, la femme de ménage avait secoué, draps et couvre-lit, l'histoire de leur longue nuit d'amour écrite entre deux pages de coton blanc. Les mots, réveillés en sursaut et valdingués dans l'air frais, se sont égayés dans le matin triste. Il y en avait tout plein dans le ciel, de ces mots tendres et plus violents, en quête de leurs auteurs-lovers. Je me suis dit qu'ils avaient encore du chemin à faire, ces deux-là, encore des choses à écrire avec tous ces mots qui tournaient dans l'air, prêts à se poser sur une nouvelle page d'amour... Et j'ai couru, le coeur léger, reprendre mon train... Merci à toi, l'inconnu. Merci à toi, Nevers.

 

par Christine Spadaccini publié dans : Rencontres
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