
Oyé sisters, m’est arrivé durant l’hiver dernier cette histoire que j’ai laissée s’endormir sous un blister d’oubli alors qu’en la partageant avec vous on aurait pu s’énerver ensemble et se
poiler aussi depuis un joli moment. Bah, mieux vaut tard… Allons-y que… C’était très tôt le matin, quatre heures, quatre heures trente, il faisait nuit profonde encore, je baladais mon dog, près
de la gare. La ville endormie, les trottoirs pas encore salis, les humains et leurs voitures au lit, je savourais moment béat de solitude tranquille en bouffant des yeux le moka du ciel et ses
petites étoiles en sucre tandis que mon chien inspectait les crottes en chocolat et relevait ses (pip)emails à chaque borne-platane. Parfois il répondait aussi sec (façon de parler !),
d’autres fois il se contentait d’un long sniff appréciateur : pisse de caniche abricot, femelle à j-3 semaines des chaleurs, dernier repas : 150 grammes de frisky saumon, deux carrés de
choc à la noisette plus deux-trois petites merdes du cobaye choppées en douce à la faveur d’un nettoyage de cage. Bref, on avançait doucement, lui canin à ses rêves moi caha avec la crève,
emmitouflée dans une vieille parka et cinquante-trois pulls en laine épaisse, jog pourav’ feu au plancher, pataugas trouées, moufles et bonnet, keffieh rouge et blanc autour du cou, cheveux
hirsutes, lunettes de traviole et la tête des grands jours d’insomnie. Ugly Betty meets Carmen Cru qui l’initie, si, si, au Fernet-Branca, pas moins. J’en rajoute pas, j’en enlève pas.
Il est important à ce stade du récit de bien comprendre que ce qui peut s’apparenter à une touche de séduction était totalement, désespérément, outrancièrement absent de ma parure, de ma dégaine
de guenille comme de mes pensées. On était à 500 mètres de la maison. L’avenue était idéalement déserte, silencieuse, grand canyon urbain, dog et moi embarqués sur la rivière asphalte, raft
pépère sous les séquoias des lampadaires. C’est beau une ville, la nuit, ta gueule, Richard, lorsque voilà soudain un vieux beau qui vient ringer…euh…ranger son interminable carrosse le
long de mon trottoir nocturne. ‘Qui donc pour oser troubler ma béatitude solitaire ?! Fais chier, go away’, je pense. La vitre électrique, fumée, siouplé, -quand je vous dis, grosse
caisse qui pue la thune- se baisse lentement et j’aperçois la tronche du capitaine du paquebot, vieux mâle dans la soixantaine, rasé de près, sapé comme un milord, le smile d’attaque et
la politesse en fleur à la boutonnière de la bouche. « Mademoiselle, je vous prie de m’excuser mais… » A cet instant, imaginant encore le péquin perdu, je pense ‘Putain, à
ce prix-là, ils pourraient les livrer avec des GPS, leurs diligences !’ Que nenni ! Et le triste sire de me susurrer pour le sucer son tarif : « …pour 500, c’est
okay ? ». Bordel d’Adèle, crétin d’Alain et banane de Jeanne, ce con-là s’est vraiment planté d’adresse, les teupu, c’est de l’autre côté de la gare ! Mais y’a un truc dans sa
gueule de raie suffisante qui me met hors de moi et me fait répondre : « 500, c’est le tarif pour le chien ! Moi c’est le triple. On peut envisager une remise pour les
deux… » La voiture démarre sur les chapeaux de roue et je vois nettement un doigt, le doigt, pointer par la fenêtre du conducteur. Grand seigneur, indeed ! J’enregistre le
numéro d’immatriculation, vieux réflexe de joggeuse solitaire, la marque de la voiture, tiens, pas de numéro. Putain, pas un pet d’humour, le cave… Je vois bien que mon pet dog à moi
fait un peu la gueule. « Qu’est-ce t’as, le chien ? » Ah ben ouais, exact, on était mal barrés s’il s’était agi d’un zoofils de pute ! Le pire était à venir encore.
Quand j’ai raconté ma mésaventure m’attendant à miséricorde et mise en garde (« tu devrais arrêter ces promenades nocturnes solitaires et patati et patata… »), les mecs ont
répondu « BM sans numéro de série, waow, y’en a pas beaucoup dans le coin ! » et les nanas « 500 ? Francs ou euros ? »
Putain !
Et vous, vous en pensez quoi ?
Francs ou euros ?!
Mais non, patates, de cette histoire !
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