Quand on est jeune, et
un peu con, on s’attache souvent à penser que tel homme ferait bien son affaire, alors qu’on a rien en commun. Ce fut le cas souvent pour moi, alors que je craquais encore pour les belles
petites gueules et/ou des biceps bien durs…
C’est ainsi qu’une
fois, il y a fort, fort longtemps, je m’amourachai d’un joli garçon, type surfeur australien, cheveux blonds mi-longs, regard bleu tendre, lèvres plates et joues assorties. Comme il
fonctionnait en tant que moniteur de loisirs sportifs, style varappe, canoë kayak et autres parapentes, il affichait une jolie silhouette aux muscles allongés, fins, agréablement soulignés pas
un bronzage de montagne (contour des yeux et de la bouche blanc, cause lunettes polaroïd et baume pour les lèvres. Le pur et dur a la joue soulignée d’un trait blanc, rapport à la ficelle des
lunettes attachée derrière le cou).
Bref, à l’époque,
plutôt que les salles de fitness, je fréquentais assidument une salle de concert où se produisaient des groupes de rock underground méconnus ; ce genre de lieu peu éclairé où tu peux
tranquillos te siffler une bière en écoutant gratter les musicos sans qu’on t’importune, même quand t’es une fille toute seule. Quoiqu’il en soit, le sportif en question avait dû me repérer, à
force. Il a donc commencé à se poster à mes côtés lors des concerts, puis il a rapidement enchaîné avec les : « T’as pas du feu ? », « J’vais me prendre une bière,
t’en veux une ? », « Après le concert, y a une soirée assez sympa chez un pote, si ça te dit.» Comme ça me disait assez, j’ai
suivi…
De fil en aiguille,
nous avons fait plus ample connaissance, Rico et moi. Il était plutôt sympa, l’air baroudeur, pas prise de tête pour trois centimes d’euro, et ma foi, il était bien gaulé, l’Rico. Le truc,
c’est qu’il vivait pour sa passion, alors que moi, ma seule expérience de sport extrême consistait à utiliser, sans se faire repérer, le rasoir de mon père pour l’épilation de mes jambes, tout
ça sans changer la lame. Très motivée à partager une aventure avec lui, j’exultai de joie lorsqu’il me proposa de l’accompagner à une expédition canyoning. Pensez : descendre en rappel
dans une rivière, sauter des rochers, nager sous les cascades… L’idée d’une étreinte fougueuse sous une chute d’eau, genre remake de « Cocktail » me titillait les
ovaires.
La nuit me parut
interminable : j’étais très impatiente de retrouver mon bel Australien, de plonger dans l’eau limpide d’un lagon, nue, le téton dur, la peau tendue, les rayons du soleil reflétant sur la
peau burinée du beau Rico, hmmmmm !
C’est en avance que je
me présentai au lieu de rendez-vous indiqué. Rico m’y attendait déjà, pourtant, emmêlé dans un fatras de matos impressionnant. J’avais imaginé qu’on s’en irait à l’aventure, short Ripcurl et
baskets, bras dessus, bras dessous, la fleur à la bouche…
Je m’étais plantée
léger.
En moins de temps qu’il
ne faut pour le dire, Rico me force à enfiler une combi néoprène de 25 centimètres d’épaisseur et d’une taille trop grande. Je ressemblais à un Bibendum Michelin qui aurait basculé du côté
obscur. Pas le temps de déconner qu’il m’harnache d’une corde et de piolets. « Qué », je fais sans bien comprendre pourquoi je me retrouve déguisée en Dark Vador, sponsorisé par Mc
Do, qui voudrait escalader l’Everest. « Ben, c’est pour la descente en rappel », il explique. Là, je souris super crispée. Sauter des rochers, j’étais plutôt d’accord, parce que je
croyais que c’était des rochers genre 1m50 de haut… Des rochers que quand on se cache derrière, il y a les cheveux ou les fesses qui dépassent… J’avais pas bien compris le truc de la descente
en rappel, moi, et je me suis demandée si c’était vraiment le bon moment pour évoquer mon problème de vertige. Après consultation rapide avec moi-même, on a conclu qu’on ferait mieux de la
fermer si on voulait connaître l’apothéose sous la vapeur d’eau étincelante, nue, le téton dur, etc.
Il a dit
« go », j’ai dit « Ok héhéhé», et on s’est mis en marche.
Ce jour-là, j’ai
réalisé que le cinéma nous prenait pour des cons.
Je vous épargne les
sauts, en rappel ou non, quand on souffre de vertige, les pierres coupantes qui vous lacèrent les mains dès que vous essayez de vous y harponner, les chutes sur les pierres couvertes d’algues
et hyper glissantes, pour en venir directement à la cascade et le lagon.
En guise de lagon, il
s’agissait surtout d’une grande cuvette de flotte dans laquelle on n’avait pas vraiment notre fond. Comme autour s’élevaient des pans rocheux, le soleil n’arrivait pas à se frayer un chemin
jusqu’à nous. Au moins, Rico s’approchait enfin de moi, la bouche mi-ouverte, les yeux fermés, tandis qu’il cherchait à m’attirer sous la cascade…
Je ne sais pas si l’une
d’entre vous a déjà essayé de rouler une pelle à quelqu’un sous une cascade, ni même si vous vous êtes déjà retrouvé sous une chute d’eau, mais alors…
Imaginez : à
chaque respiration, des milliers de particules d’eau vous rentrent dans les naseaux et empêche l’air d’arriver à vos poumons. Quand vous tentez malgré tout de sauver votre peau en respirant par
la bouche, un grand con frigorifié essaye d’y enfoncer sa langue…
L’histoire en resta là.
En guise de prologue, il fallait bien récupérer la bagnole : deux kilomètres en pente, version ascendante, avec trois cent kilos de néoprène dégoulinant sur le dos et, pour le coup, le
soleil qui tapait dur sur le noir des combis.
Par la suite, quand il
m’a été donné de croiser Rico, j’ai jamais plus eu soif.
C'est vous qui l'dites