A toute señora tout honneur, je commence par celle-ci, usurpatrice d’un trône qui était destiné à sa nièce, Jeanne, dite la Beltraneja
à cause qu’on a toujours pensé que son père naturel était Beltràn de la Cueva, et que Henri IV (pas celui de la poulopot, mais celui de Castille, demi-frère d’Isabelle) n’était qu’un
putatif [1] de plus dans l’histoire des rois.
Bref, je vous passe le pourquoi du comment, Isabelle devient reine de Castille, et sa nièce Jeanne épouse un obscur roi du Portugal qui n’aura
cesse sa vie durant de chercher à notre Isabelle des poux dans sa superbe chevelure blonde.
A cette époque là, je vous cause de la seconde moitié du XVème siècle, l’Espagne n’existe pas encore. Elle n’est qu’un conglomérat de royaumes
isolés, qui formeront plus tard les provinces espagnoles, et tout le sud du territoire est occupé depuis huit siècles par des mauresques qui se sont approprié des terres infertiles pour y faire
croître, grâce à d’ingénieuses méthodes d’irrigation, plein de trucs super bons à manger, et qu’on continue de nos jours à faire pousser dans la région grâce au travail de journaliers fort mal
payés pour aller les déverser ensuite sur les autoroutes (les trucs à manger, pas les journaliers), mais bref, là on est hors sujet.
Pouf pouf donc, Isabelle. La demoiselle est fort jolie, dotée d’un sacré carafon et d’une ambition démesurée. Négligeant les accords de Los
Toros de Guisando, par lesquels son frère Henri IV la désigne héritière du trône de Castille à condition qu’elle reste célibataire et sans descendance, elle va épouser en secret Ferdinand
d’Aragon, surnommé El Católico parce qu’il n’avait pas le physique pour se faire appeler El Hermoso. Et pourquoi donc, je vous prie, s’aller marier un laideron quand on a pris
l’engagement de demeurer célibataire ? C’est que le Ferdinand qu’on dit d’Aragon aujourd’hui ne l’est pas encore à l’époque, mais doit hériter du trône à la mort de son père, et qu’il est
par conséquent un beau parti, qui peut apporter une alliance non négligeable à qui a de l’ambition. Et de l’ambition, Isabelle en a. Celle, d’abord, de bouter les arabes hors, et celle de devenir
reine d’une Espagne unifiée. Il lui faudra cependant attendre dix ans avant que le père de Ferdinand clamse en laissant le trône à son fils. Les voici donc, tous deux, en 1479, à la tête des deux
plus grandes provinces d’Espagne, la Castilla y León et l’Aragon. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas pour autant un seul royaume issu de ces deux provinces, chacun gouverne chez
lui,exemple unique dans l’histoire, et l’œuvre commune est à trouver ailleurs. Isabelle et Ferdinand vont unir leurs forces et leurs richesses pour entamer la reconquista, et réussir en 1492 à
virer de Grenade Boabdil, le dernier sultan musulman. Les territoires reconquis sont bien sûr placés sous la férule de nos défenseurs du catholicisme, avec d’autant plus de facilité que la
suzeraineté de ceux-ci sur les provinces reconquises était depuis longtemps acquise.
L’Espagne ainsi unifiée (il ne reste plus que la Navarre que Ferdinand annexera après la mort d’Isabelle), notre Isabelle va s’occuper de faire
le ménage dans les terres reconquises. Qu’on expulse les maures, et les juifs, voilà son nouvel objectif. Elle va mettre au boulot son grand pote et confesseur Torquemada – moine végétarien, et
le faire nommer Grand Inquisiteur par le Sixte du moment, avec les prérogatives attachées à la fonction, c'est-à-dire les pleins pouvoirs juridiques, dont le bougre saura user avec discernement
pour remplir les caisses de l’Etat, puisque les biens d’un juif relaps condamné sont irrémédiablement confisqués. Sous l’égide d’Isabelle, on va mettre en place nombre de mesures, comme les
fameux décrets de pureté du sang [2], et deux
mois à peine après la capitulation de Boabdil, les juifs d’Espagne n’auront plus d’autre choix que la conversion où l’émigration.
Elle s’emploiera également, jusqu’à sa mort, à réduire la superbe des grands d’Espagne pour les obliger à abandonner toute velléité
d’indépendance, et c’est elle qui financera les caravelles de Christophe Colomb, offrant ainsi aux espagnols l’or et les terres des Amériques.
Hélas, notre princesse n’aura pas le temps de consolider son œuvre, et le pauvre Ferdinand, livré à lui-même, à bien du mal à conserver l’unité
des provinces si chèrement acquise.
A sa mort en 1504, Isabelle laisse son trône à sa fille, Juana la loca, Jeanne la folle, qui enfantera le premier roi d’une Espagne
véritablement unifiée, un chieur de première qui va pourrir la vie de notre bon François 1er (celui de Marignan, je vois qu’y en a qui ont suivi un peu à l’école). Par le jeu des
successions, et dans la logique des mariages d’alliance territoriales, Charles Quint sera, quoique né en Belgique, roi d’Espagne (les cortes lui imposeront d’ailleurs l’apprentissage de la langue
espagnole qu’il ne connaît pas, toute son éducation s’étant faite en Français), d’Italie, des Flandres, de l’empire autrichien (couvrant à l’est un territoire qui va de Dijon à la Transylvanie),
et de la Nouvelle Espagne, qui s’étend du sud des Etats Unis actuels jusqu’à la pointe de l’Amérique Latine – à l’exception notable de la moitié des terres du Brésil qui seront attribuées au
Portugal par le traité de Tordesillas en 1494. C’est lui, donc, qui réalisera le premier les rêves d’hégémonie de sa grand-mère, mais pas pour si longtemps que ça. Vous le savez, cette situation
ne durera que jusqu’en 1833, quand éclatera la première des guerres carlistes à l’occasion de la succession de Ferdinand VII (celui dont je vous ai causé portant le maillot n°II), entraînant des
guerres civiles qui vont durer un certain temps et dont je vous causerai une autre fois parce qu’il faut que j’aille avancer mes cartons de déménagement, j’ai quand même pas que ça à foutre de
vous entretenir de choses certes passionnantes, mais qui font pas avancer mon schmilblique à moi.
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[1] Je vous vois venir, non, c’est pas un synonyme de péripatéticienne chevelue, ça veut dire « réputé ce qu’il n’est
pas ».
[2] Jusqu’en 1865,aucun poste rémunéré ne sera accordé à qui ne peut faire
la preuve qu’il n’a, sur les quatre dernières générations, aucun ancêtre juif ou musulman.
C'est vous qui l'dites