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MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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Lundi 23 juin 2008

Donne ta main, là.
On va encore une fois enjamber le solstice
Sans se brûler le cœur au feu de la Saint Jean.
Regarde, y’a que nous, les étoiles,
Là-bas les lumières de la ville
Et ceux qui sont déjà partis valser dans l’ombre.
Viens donnons nous la main, un deux trois, cours, on saute !
Moi j’ai mis dans ma poche un gros écu d’argent
Pour que cette année-là soit une année de lune.

 

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Mardi 27 mai 2008


Le café du matin
Des géométries courbes
Un planisphère ancien
Où y’a pas d’Amérique
Un corniaud amputé
Qui chasse sur trois pattes
Un papillon du jour
Un poème de Virgile
Un grand bain parfumé
La voix rauque de Tom
Qui vocifère des choses
Qu’on n’ose pas murmurer
L’éclat jaune du laiton
Qui fait comme un soleil
Dans le gris des usines
Un téléphone muet
Une latinerie qu’on ne connaissait pas
Un joli tortillé sur un volubilis
Mauve, c’est les plus beaux
Le parfum du lilas
Une perle trouvée
A des lieues de Venise
L’émeraude d’un œil
Croisé à la terrasse
D’un bistro de printemps
Un craie oubliée retrouvée dans ma poche
Un cantique échappé
D’une église entrouverte
Y’a tant de p’tits bonheurs… 

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Jeudi 15 mai 2008
A quoi ça tient qu'on fait un ultime lardon ?
Qu'on met deux pitites graines au chaud dans son giron ?
Comme un vieux goût d'trop peu quand on est quatre à table
Un "il nous manque quelqu'un" ... un rire indispensable
Et qu'on n'entend jamais mais qu'on attend déjà
Parce que rien, parce que ... point ! pi voilà c'est comme ça !
A quoi ça tient qu'encore j'veux des bébés d'à toi ?
Et des ptits pieds qui poussent et m'écrabouillent le foie
Vomir pendant neuf mois à tous les coins d'la rue,
Et pi d'l'avenir tout doux avec des couches qui puent ?

Ben ... ça tient à toi j'crois bien ...

par Mariléti publié dans : Polésies
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Mercredi 14 mai 2008
Disez moi, les polètes, comment on fait des polésies. Des très belles comme un cor sur un mur de château, avec des trous à songe dans le noir des créneaux. Disez, je voudrais tant, quand la lune se cache, lui dire reviens là, ma chanson de lumière sans avoir l’air d’un con si y’a quelqu’un qu’entend. Je voudrais tant savoir dire le flot du dedans, dessiner les écumes qui caressent les sens, les fondre en épidermes, les frôler comme on fait du pollen d’une fleur pour en sentir le goût sans l’ôter aux abeilles. Sinon ces connes vous piquent, comme on pique les clowns dans les éclats de cirque, et qu’on s’en fout s’ils pleurent après tout seuls. Disez moi, alchimistes, oui, disez-moi comment, que je parle à la lune sans avoir l’air d’un con si y’a quelqu’un qu’entend.
par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Mercredi 14 mai 2008

Je t’ai revu en songe. Tes yeux. Ils étaient blancs de ces lumières nocturnes que tu uses en romans. Exorbités, papillonnants, toujours pleins de ces larmes que tu draines en rivières. Alchimiste des douleurs de ceux qui ne sont rien, des portes de l’Irlande aux faims de Somalie. On arbore aux chapeaux ta plume de tendresse – ou ta colère aux trottoirs de Paris. Dans mon rêve, j’ai senti tes bras entourer mes épaules d’un geste d’au revoir. Forts et courts à la fois, qui disaient… tant de choses qu’on ne répète pas quand on a la pudeur des pauvresses égarées.

Y’a pas de petit mort. Y’en a que des charrettes, des cadavres d’enfants empilés tête au nord et les pieds en avant.

Je t’ai revu en rêve, et ils étaient tous là, dans tes yeux allumés d’une tendresse mise à mal, en proie à la révolte des mots qui ne passent pas les lèvres, et qu’on écrit enfin pour qu’ils se défilent pas.

Ta lettre était timbrée d’un rouge sombre. Mais pas sang. Plutôt soir grenadine juste avant le violet. Tire les double rideaux, regarde les lumières qui courent sur l’avenue vers où ? On n’en sait rien. Y’a tellement de routes, et c’est si difficile déjà, de suivre celle qui s’ouvre sous nos pas incertains. La tienne est si abrupte. Des fois tu n’es qu’un nom. Un cœur qui bat, qui se pend à une corde, se prend les pieds aux boucles qu’elles font même aux plafonds. Alors tu lèves les yeux vers l’ampoule de néon, tu vides encore un verre, encore un, tu bois trop, et avant que l’aube vienne tu regagnes ton coin d’écriture de la nuit.

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Mercredi 7 mai 2008

A valser inégales dans les bras de l’ennui on finit toutes obèses d’un chagrin militant. Un deux trois, un deux trois, j’y vais, dis ? J’y vais pas, ou bien j’irai peut-être, si la confiance me vient comme la moutarde au nez, comme le mou tard honni, comme la peur au ventre et le frais dans le vent.

A valser inégales dans les bras d’autres vies, on oublie nos envies et nos dévies d’avant, quand on avait des couettes et des souliers vernis, quand on rêvait de cirque et de tambours qui roulent pour nous dire attention à la péripétie. On s’écarte, inégales, des bras de nos envies pour finir sur le banc d’un espace public où y’a plus rien de nous, que des esquisses floues aux nuages du temps, qui dessinent à peine des destins écartés, des conditions passées, ratées –définitivement, d’un aurait pu, peut-être, ou bien alors demain, quand on aura des dents.

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Vendredi 25 avril 2008

 



Smelly blossoms of holy phlox
quienes todas hablan of love
of laughter and of sore
from the headwaters to headstones,
viendez-là fleurir mes instances
d’un bouquet de giroflée-menthe
deux campanules et trois lilas
six azalées, du romarin,
last but not least, un gardénia.


Au fait, je ne vous ai jamais parlé de Guido Monte ici. Et comme ça fait un bon moment que je n’ai pas reposté chez moi quelques échantillons de nos bidouillages [1], pour la bonne raison que je l’ai beaucoup négligé ces derniers mois (pardon Guido) faudra que je vous recause de ses déroutantes œuvres, thèse polétique[2]  sur l’écho des mots et celui du sens, le seul de nos contemporains à écrire des poèmes mélangeant le grec au swahili, au japonais, à l’anglais ou au copte, pour faire entendre - assourdie par deux portes, la pulsation qui anime le tout. C’est beau comme un manteau de roi mage, tenez, allez donc le lire là.

http://www.blazevox.org/061-gm.pdf

Volubilis : qu'on dit aussi liseron ou ipomée, signifie littéralement qui tourne, qui s'enroule. Vous la connaissez bien, cette fleur, mais si, c'est celle qui colle au nez quand on la respire en retenant son souffle, un peu comme avec un verre à moutarde, sauf que c'est plus seyant.
____________________________________________________

[1] je dis nous, mais les poèmes de Guido font souvent un tour complet de planète  et passent dans plusieurs paires de mains avant de trouver leur forme aboutie. Guido est le compositeur-chef d’orchestre, nous amenons nos instruments.

[2] je crois pas qu’on puisse dire poéthèse, déjà poétesse c’est limite

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Jeudi 17 avril 2008

come home,
i’ll cook for you
a nice pollywog stew
at night
we will go for a ride on my old bicycle
throw stones at mocking birds
smash up water melons
sort ants along the road
watch the moon bend waters
crunch mothes
and then sit on my sill
watch the cross legged night
that’s sitting up the world.

 

 

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Lundi 24 mars 2008

L’oiseau lunaire s’est envolé, en ligne droite sur l’axe b, plus court chemin d’ici à là. Il a calculé l’ascendance, et le bémol de la portée, contourné l’if au pied des pierres, viré à trois cent vingt degrés, piqué plein ouest, vers l’Amérique, où la lune ce soir est posée. Les vols de lune sont vols de nuit. Jamais de dièses lumineux, ni d’angles droits, de points entiers, que des tangentes à l’équateur, des trigonométries d’éclipses, mais c’est peanuts pour c’t’oiseau là qui fait les divisions de tête. Il a traversé l’océan en suivant les courants de centre qui sont toujours mieux aimantés. Au croisement des pôles, il s’est bien aligné sur le vent de poussière qu’on nomme boreas, et s’est laissé filer. Y’a plus d’effort à faire quand on arrive là, y’a qu’à attendre l’aire où qu’on doit se poser, Serenatium, Crisium, Smythii, selon qu’on surplombe ou bien pas le désert où l’on veut chanter.

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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