L’avantage de vivre en ville, et dans une région prospère, c’est que les crédits destinés aux écoles sont abondants, et permettent d’offrir aux gamins nombre d’ouvertures sur tout un tas de choses. C’est ainsi que chez nous, les mômes, dès la maternelle, vont à la piscine une demi-journée par semaine toute l’année, et à partir du primaire se voient offrir, en plus des séances de natation, un trimestre de voile sur le lac, et un trimestre de ski, à raison d’une journée par semaine. Au collège, on continue à se balader tous azimuts, musées, voyages linguistiques, et, aujourd’hui, stage de théâtre.
Ma Virgule est rentrée à midi tourneboulé de sourire. Il venait de s’offrir une formation à la comedia del arte, sous l’égide d’un marseillais putain de drôle avec masques et séance de schpountz, échanges de vigoureux coups de pieds au cul, improvisation solitaire, bref, l’occasion de se livrer de bon droit à toutes les pitreries qui valent intra muros des heures de colle sans retenue (ouarf, suis-je drôle).
Il est illico parti en causer à son frère sur émécène, ce qui fait que j’en sais guère plus, mais je vais l’appâter tout à l’heure avec un gâteau au chocolat (et une infusion d’os relique del Ruzzante, paraît que ça a des effets dingues [1]) et je vais me faire offrir une petite représentation perso.
Ha ouais, je vois celles qui bossent au boulot qui disent « Y’a pas de justice ». Ben non, que voulez-vous, j’ai un bol d’enfer, et je bosse quand je veux si je veux, sans quitter mon lit, et secouée de hoquets de rire XXL tous les quart d’heure. Ca à pas l’air, mais ça vous épuise un bonhomme avant onze heures du mat. Bref, je disions quoi ?
Ha oui. Ces sous rires et fous rires en série, ajoutés à la traduction de théories scientifiques diverses comme loufoques m’ont remis en mémoire une conversation que j’eus y’a quelque années avec mon Alex, qui devait avoir dans les six ans.
On était à la plage, clafis de sable et d’eau salée. Entre deux séances d’apnée, mon bouchon me demande si je reste dans l’eau toute la journée jusque vers 22 heures toutes les vacances, tu crois que j’aurai des bronchites ?
Ben, en plein mois d’août, c’est pas gagné. Répondis-je bêtement, en le regardant passer avec insistance ses index derrière ses oreilles. C’est un geste qu’il faisait souvent depuis le début des vacances. Intriguée, je lui fis pencher la tête pour voir ce qu’il avait. La question suivante fusa pendant mon inspection de ses oreilles parfaitement normales.
Mais enfin, ça met combien de temps l’évolution ?
Il m’a fallu une seconde. Une bonne seconde, avant de risquer la noyade tellement je me bidonnais. Des branchies. Si je reste dans l’eau toute la journée jusque vers 22 heures toutes les vacances, tu crois que j’aurai des branchies ?
Putain je vous le dis, ils sont graves les mômes. Le nombre de questions à la con qu’ils m’auront déjà posées…
Comme sur l’explosion des coquilles. Mais celle là, je vous la raconterai quand vous serez plus grand. Avec les paroles de Bali Balo, mais faut avoir quatorze ans.
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