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MARIE RENNARD a écrit

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CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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Lundi 14 juillet 2008

Epatant petit livre que celui-ci ! Quel plaisir de lecture que celui ressenti grâce à la découverte des "petits rituels sacrilèges" !

 

De Lambersy, Marcel Moreau dit qu'il est poète indispensable, dispensé de silence, sachant silence chanter.
Lambersy égrène les funérailles, les épousailles, les relevailles, les jouvençailles, le couple, la conscience, l’éveil comme autant de petits rituels indispensables et sacrilèges. Pour nous rappeler aussi la fonction symbolique de certaines choses, dans ce qui est le "libre amour".

 

Chaque mot, chaque phrase, chaque chanson de ce recueil est un délice mais aussi une ouverture.

Sans compter que ce livre, aux éditions de l’Amourier, est un si bel objet, de papier, d’encre et tout, et tout. Je suis séduite.

Alors, je vous laisse lire...
 

Des épousailles…
"Voici comment deux êtres qui s’aiment se promettront l’un à l’autre. D’abord, ils se mettront d’accord sur un lieu très retiré. N’importe lequel, mais que leur entente là-dessus soit parfaite ! Qu’ils s’y rendent ensemble. Ils y dormiront sans faire l’amour, même si cela leur est déjà familier. Ils s’éveilleront avec l’aurore et leur premier regard sera pour eux. S’aidant mutuellement, ils se dévêtiront. Le petit caillou, semblable à un œuf de caille, qu’elle aura pris soin d’apporter, c’est elle qui le donnera. Lui, le lavera de son urine, puis le frottera de son sperme, et cet objet encore un peu tiède, elle l’introduira délicatement en elle. L’homme ne se montrera pas jaloux de cette pierre car elle est née des astres avec l’ensemble de l’univers. Quand le jour sera tout à fait levé, elle retirera d’elle ce signe de son consentement et dira en le rendant ; oui, je porterai ce poids ; oui, je réchaufferai et réveillerai cette vie ; oui, cette lave immobile qu’est la promesse, je la mettrai en mouvement pour toujours. Son compagnon mettra cela en silence dans sa bouche, et tous les deux se sépareront après s’être rhabillés."

par Irène Grätz publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Mardi 8 juillet 2008

Je cherche un bus à prendre. Un bus qui me donnerait envie de le prendre. Un détail dans la carrosserie, une bosse ou un creux qui me raconte une histoire de voierie, un feu mal tricoté, un accident de platane, le passage d'une rue trop étroite, le reflet d'un visage dans une vitre, une mélancolie qui passe, un sourire qui flashe. Je cherche un bus à prendre. Une garniture abîmée de milliers de têtes posées, une calandre de métal tendre, une main à la fenêtre, une lueur. Je cherche un bus qui me donnerait envie de le prendre. Un carreau brisé, un graf, une porte mal refermée, un courant d'air dans une longue chevelure brune, un chewing gum collé à une rembarde, une odeur, un bruit, un cliquetis, une destination, un signe. J'ai déambulé longtemps dans les avenues-serpillères de ce printemps incontinent pour trouver l'idéal modèle mais je n'ai rien croisé d'autre qu'un contingent d'engins pas beaux, identiques, ballet mécanique de machines lourdes dans un souffle de gaz, bus de ville, cars des champs, je déchante doucement, ces longues carlingues disgracieuses, bardées de pubs, ne m’inspirent pas. Alors je me décide à en prendre un, peut-être est-ce à l'intérieur, dans le mouvement, le balancement, que se produira le déclic photographique... Celui-ci s'appelle « Saint-Exupéry », direction l'aéroport, un joueur. Dans l'autre sens, un « George Besse » se dirige vers le Jardin des Plantes. Je le prends en pensant, joueuse, au livre que je trimballe dans mon sac. "J'écris parce que je n'ai pas encore trouvé autre chose pour tuer définitivement les matins carcéraux. Ou que je n'en ai pas eu le courage. J'écris pour que ces matins sans vie s'emprisonnent et s'engloutissent dans la douleur des mots et de leur architecture fragile." Jean-Marc Rouillan, Je hais les matins. Le hasard carbure à l’ironie. Désolée, la morale, mais ça me fait sourire. Je monte. Le chauffeur a une sale tronche. Il me regard noir. Je monnaie pour billet. Il fixe l’appareil à mon cou. Je tente via un sourire de désamorcer son agressivité. Ca ne vous embête pas si je prends quelques photos dans le bus ? Il hausse les épaules et grommelle quelque chose comme si vous n’avez rien de mieux à faire. Je choisis un siège au milieu. Le bus est vide. Le trajet court. Je tente de saisir quelques reflets distordus sur une barre métallique. Je croise le regard excédé du chauffeur dans le rétroviseur. J’en rajoute dans les poses outrancières, je prends n’importe quoi, le caoutchouc cloqué du sol, l’inscription sortie de secours, le tissu moche des sièges, le plafond et mille autres riens. La station approche, je ne bouge pas. Il me surveille toujours dans le rétro puis accélère, estimant que je vais descendre plus loin. Je me jette sur le bouton stop. Il fulmine et freine brutalement. Je descends en lui balançant un « merci-au-revoir » enjoué auquel, bien sûr, il ne répond pas. Les portes se referment dans le soupir languissant des vérins. Chronique nulle d’une animosité ordinaire, c’est lui qui a commencé. L’entrée du Jardin est juste en face. Il y a une cascade de verts, les trilles des piafs qui partent en vrille dans les feuillages, love saison, et quelques bancs patients le long des allées clean. Je choisis celui qui m’attend, en retrait, et j’y pose mon Canon pour tirer un coup de pied aux pigeons collants, ils s'envolent pour se reposer encore plus près de moi, j'ai pas de miettes, les mecs, rien à becqueter, go away, je prends mon livre, marque-page Lufthansa, souvenir d'un voyage en Pologne, dédicacé d'un Bis bald höffentlich, K!, signé Bernd et son @dresse que je n’ai jamais utilisée, éphémère compagnon de vol, et soudain je remarque le môme qui s'approche doucement de moi. On ne peut jamais être tranquille, bordel ! Je vais lui tirer, à lui aussi, un coup de pied pour de faux, s'il insiste. Il insiste. Je shoote dans sa bouille, très gros plan sur son smile, je lui montre le résultat sur le petit écran de l'appareil, il jubile, tous les matins ont leurs lutins, et, depuis l'oasis de son sourire, manière de remerciement, il me tend sa canette de jus de fruits pour que j’en prenne une gorgée. Sur l’étiquette, trois mots qui m’agrippent à la gorge. Aux oranges sanguines.


Sanguines. Comme ses esquisses. L'ancienne ballerine a raccroché ses pointes et ne pose plus désormais ses pas félins que sur vélin, traces légères à l’ocre rouge, ballet de ses doigts sur la petite scène de papier. Sur son lac, les cygnes ne seront plus que d’origami, le destin avait pour elle un autre dessein, elle ne danse plus qu'en dessins et en signes. Sur les pages, elle décline son art, il lui ressemble, fragile et léger, fort et puissant. Elle écrit, dessine, en suivant la petite musique de ses émotions, une partition en clef de soleil où se lisent les blessures nombreuses, les griffures faites à son cœur de craie. C’est lui qui avait voulu accrocher la sanguine dans la chambre, au-dessus du lit. Il l’a sûrement regardée avant de partir, de refermer une dernière fois la porte. La plume de la ballerine s’abreuve à l’encre de ce nouveau chagrin, ses traits tremblent parfois, elle est triste, son coeur figé de douleur devient un morceau de bronze, lourd et dur. Lourd et dur? Regarde, ce morceau de bronze là, celui que tu aimes tant, ça ne l'empêche pas de valser, somptueusement léger, tout près de ce jardin aux roses mouillées où l'on se retrouvera un de ces quatre...


Sanguines. Comme ses cellules. La jeune femme en étudie la dernière numération. Il y a encore quelque chose qui ne va pas. Ils vont remettre la sauce, perfusions, transfusions. Elle a froid, on la couverture de survie, elle tremble encore, elle se dit qu’elle ressemble à une petite papillote, sous le papier brillant un morceau de chocolat au lait fourré poire, elle est triste parce qu’elle ne pourra pas sortir ce soir comme elle l'avait promis à son petit ange... Sur mon téléphone, je compose un petit radeau de mots, j’y mets un arc en ciel, des fleurs de saison, une rose, quatre arômes, un lupin, un pissenlit, des cerises, des brins d’herbe, du vent, des odeurs de terre et un vaillant petit capit’aime pour le guider jusqu’à la chambre close. Contre l'isolement et sa cascade d'heures, quelques mots cascadeurs. Lutter encore. Les jours passent. Fatigue, spleen, tristesse, un filet de voix au bout du fil, cœur serré, puis soudain le papillon d’un éclat de rire pris dedans… Alors elle parle de la Provence et du ciel bleu, des mots qu’elle a lus, des rencontres, des framboises du jardin, d’une longue promenade autour du lac… Et puis c’est déjà demain, on se retrouve où tu sais !


Sanguines. Comme les oranges dessinées sur les sets de table de ce vieil hôtel à Varsovie. C’était un beau mois de septembre. J’avais un jour d’avance sur les autres et je ne me rappelle plus pourquoi. Juste qu’ils devaient arriver le lendemain. Une journée rien qu’à moi. J’ai visité la ville au hasard. Puis j’ai cherché Ewa. Elle m’avait donné son adresse lorsqu’elle était assistante à la fac, on s’était écrit un peu puis oublié. J’avais toujours cette adresse. J’ai poussé jusque chez elle. Une banlieue très moche, des immeubles sales, du gris qui pesait. La porte que je m’apprêtais à franchir s’est ouverte brusquement, je me suis effacée pour laisser passer cet homme rougeaud et énervé qui pestait après les battants qui refusaient de rester ouverts. Il tirait sans ménagement un fauteuil roulant et la petite tête blonde de l’occupante dodelinait follement à chaque à-coup. Ewa. Elle ne m’a pas vue. Elle souriait mais je n’ai pas osé l’aborder. J’ai pris mes jambes à mon cou. Après avoir marché longtemps, je suis tombée sur une vieille gare routière. Il y avait une rangée de quais désaffectés et cette pancarte rouillée qui battait dans le vent. J’ai zoomé sur le petit autocar stylisé dessiné dessus en souhaitant qu’un véritable bus se matérialise rapidement et m’emporte loin…


Cette photo, je suis sûre que je l’ai toujours. C’est elle que je cherchais. Drôle de trajectoire pour retrouver la mémoire de ce cliché. Arrêt George Besse, sauter dans le bus, le Jardin des Plantes, le bambin au jus de fruits et cette déclinaison sanguine, d’une sister l’autre, découper les blisters légers des souvenirs pour finir par se rappeler et vibrer sous l’onde de choc... Je ne prendrai pas le bus en photo, juste pour rentrer. Mais j’ai encore le temps, beaucoup de temps, il fait bon sur ce banc, le temps de terminer ma lecture. « Nous étions emplis d’absolu, de la liberté enivrante des rebelles bien sûr, mais aussi de la certitude rigoureuse de tenir coûte que coûte l’une des dernières barricades avant le déferlement. Et nous riions. Nous riions toujours en graissant nos armes, jusqu’aux adieux près d’une gare au bord d’un canal ». Je hais les matins est un livre fort, perturbant, percutant, déchirant. Je le referme. Je prends une inspiration. Je rouvre les yeux. Je bois le matin.



par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Mardi 17 juin 2008

Cela fait un moment déjà que je vous ai parlé de Savitzkaya.

Alors, vous l’avez lu ? Comment ça, non, pas encore ? Mais, mais… Il y a des choses qu’il faut faire toutes affaires cessantes ! Alors, je vous donne encore une chance, en vous parlant aujourd’hui de En Vie et Exquise Louise.

 

Moi qui ai d’abord connu le Savitzkaya de Mongolie Plaine sale, violent, déchiré et déchirant, abrupt, délié, féroce, haletant, érotique et ironique, j’ai eu quelques difficultés à retomber sur les pieds de mon imagination (façon de parler) lorsque j’ai lu En Vie. Du quotidien. Rien que du quotidien. Une écriture belle, douce, souple. Des moments comme des bulles de savon de vaisselle, des éclats comme l’eau qui gicle sur la pierre bleue du couloir, l’odeur du chou qui traîne, des histoires de rêves, de petites filles, de petits garçons. Oh, comme je la vois bien la maison de la rue Chevaufosse. Épluchage des pommes, lavage des vitres. C’est beau. Non, c’est splendide !

 

Rien d’extraordinaire ne se produira. L’extraordinaire n’aura pas lieu. Ou alors il a déjà cours, progressif comme un épanouissement ou un étiolement et fondu dans la vie courante comme une feuille dans le feuillage, et l’appréhender c’est comme décider de distinguer cette feuille parmi toutes les autres, d’en préciser la forme, la position sur la branche, le bord dentelé, la couleur changeante et d’en suivre les métamorphoses, jour après jour, jusqu’à sa chute sur terre et sa transformation en humus ou en cendre.

Ainsi, une fois pour toutes, on aura vu l’extraordinaire tomber et se dissoudre dans la terre commune et y perdre ses principales caractéristiques, son apparence, ses raisons d’être.

Eugène Savitzkaya, En Vie, Ed. De Minuit, p.31.

 

Exquise Louise est un hommage à Louise. Rien de plus. Rien de moins. A tout de Louise, aux mains de Louise, aux dents de Louise, à ses cheveux, à sa beauté. Une petite fille grandit sur l’écorce de la terre qui projette une partie de son cercle sur le disque lunaire reflétant le soleil dans la grande nuit des astres, des gaz et des poussières.

Pendant de Marin mon cœur dédié à son fils, Savitzkaya écrit pour sa fille, écrit de sa fille, écrit par sa fille, écrit sa fille. Livre d’amour, de tendresse, de ce lien du père qui regarde, les yeux brillants, danser sa fille.

Là encore, comme l’écriture de Savitkaya fascine, s’enlace, et s’envole. Ils conçurent Louise. Il écrivit Exquise Louise. Quel cadeau. Pour nous, veux-je dire.

Elle est Louise. Louise est pierre, désormais le prénom est repris aux garçons. Elle est dure, obstinée et lisse, personne ne peut l’attraper et rien ne peut entraver sa marche.

Eugène Savitzkaya, Exquise Louise, Ed. De Minuit, p.11.

Allez zou. Ne boudez pas votre plaisir.

 


par Irène Grätz publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Vendredi 6 juin 2008

Je suis en train de lire La cellulite, c'est comme la mafia, ça n'existe pas, de Pulsatilla. (traduction Antoine Martin, préface de l'auteur à l'édition française - au Diable Vauvert).

J'ai été attirée par ce bouquin en rayon de librairie parce que la jeune fille explique en préface – me raconte le libraire – qu'elle a été repérée sur son blog par un éditeur. Ce bouquin est donc un "blog publié" (Non, les filles, rêvez pas tout de suite, tout de même…). 
Le quatrième de couv' annonce un Bridget Jones en plus intelligent. Rien que pour ça, j'aurais voulu voir. Il faut dire que je suis un tout petit peu allergique à Bridget Jones.

 


Première impression : waouw, trash ! D'abord, je ne suis pas sûre que je comprends tout (je sais, je parle comme une vieille), ensuite ce que je comprends me laisse pantoise parce que je ne suis pas sûre non plus que je peux parler de mes règles ou de mes problèmes liés à la bouffe aussi… allègrement et enfin, la réalité envisagée par cette jeune fille est d'un cynisme inouï. Je savais que j'étais vieux jeu, mais à ce point ?

Son pseudonyme est d'ailleurs, paraît-il, le nom d'une plante que son homéopathe lui a prescrit contre la méchanceté.


Bon, bref, je survivrai à ces descriptions scabreuses entre autre et je serai même obligée d'avouer que… par moments, j'ai bien ri, parce que c'est méchant mais bien tapé, souvent. Il n'empêche que l'ensemble n'est pas du tout drôle et si le livre, comme il est inscrit en gras au dos "a fait bidonner l'Italie",  mon rire à moi est un peu jaune...






 

par Irène Grätz publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Mardi 3 juin 2008


Je vous le disais il y a peu, il arrive souvent qu’on me remercie de mes services de traduction d’un café, d’une fleur, d’un fou rire ou d’un livre. J’ai, il y a peu, bidouillé quelques lignes pour un charmant monsieur, ethnologue de son état, qui gentiment m’a adressé deux de ses bouquins. Je me suis plongée hier soir dans le premier, et je ressors, quelques heures plus tard à peine, toute tourneboulée du récit d’Adeline. Adeline qui ? On sait pas, on s’en fout. Adeline, née en 1910 dans la campagne vendéenne raconte pour Michel Valière sa vie de domestique agricole, mariée à 18 ans à un ivrogne, mère de douze drôles et drôlesses dont une bonne moitié ne sont pas les enfants de son époux.

A 70 ans, elle raconte, et écrit dans des cahiers, ses souvenirs, ses morales, son code de vie à elle, dicté dans un monde rural aux mains des hommes à des femmes qui, par ignorance ou fatalisme, ne discutent pas les règles. Dans un langage savoureux, et judicieusement mis en scène par l’ethnologue, elle nous entraîne sur la route de ces femmes abruties de travail et de superstitions, rappelant pour nous chansons, recettes de bonnes femmes, coutumes et mœurs d’un monde qui meurt avec les derniers représentants de son espèce.

Et pourtant, la vie, la morale et les décisions d’Adeline sont d’une actualité surprenante. Ne comptez pas sur moi pour tout vous dire. Faites le détour, lisez l’histoire, et s’il vous reste un peu de temps, repensez-y en préparant le prochain repas, votre marmaille accrochée à vos basques… Oui, y’a des fois de quoi pleurer de rage d’être une gonzesse. Heureusement, on sait aussi pleurer de rire. Adeline comme les autres. Heureusement.

Amours Paysannes
Michel Valière
Geste éditions.
Dispo sur Amazone.

Blog de l'auteur : http://belvert.hautetfort.com/

par Marie Rennard publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Vendredi 30 mai 2008

                            Le Passant chagrin, publié aux Editions Mic Mac                 

Ca vous sèche au bord des yeux et ça tire encore un peu pendant de longues, longues minutes, parce que jamais vous n'aurez l'envie d'essuyer d'un revers négligent de main ces traces de votre tristesse. Ca vous colle à l'âme sans rien pouvoir y faire.
"Le Passant chagrin" d'Andrew Holleran (Grief en VO) est le récit d'un travail de deuil au coeur d'une ville qui semble éberluée d'avoir survécu, finalement au SIDA.
Lorsqu'il s'installe à Washington, après la mort de sa mère, le narrateur pense avoir fui assez loin pour réussir peut-être à construire ici ce qu'il ne s'est pas décidé à détruire là-bas. Lorsqu'il s'installe dans la chambre qu'un de ses amis a trouvée pour lui en location dans une de ces magnifiques maisons que compte la ville, il dispose d'une journée pleine pour apprivoiser la maison, qui s'offre à lui, meublée, peuplée de la vie d'un autre ... comme la ville se livrera à lui petit à petit. De petites touches savamment dosées, des impressions, des musiques envolées aux fenêtres, des parfums, composent avec une élégante nonchalance l'ambiance merveilleusement mélancolique de cet ouvrage, on se laisse baigner par le chagrin omniprésent, les absences, les regrets, le deuil des êtres chers et de la jeunesse fânée. Le narrateur se parle à voix haute, pas vraiment ignorant de notre présence mais plaisamment insoucieux, et cette distance volontaire qui le fait hésiter entre le ton de l'autobiographie et celui du roman nous place, nous lecteur, entre des limbes indécises : de ce poste d'observation au-dessus de son épaule nous voyons se dérouler une réalité tout juste décalée de quelques atomes, palpable, et sa tristesse languide nous gagne comme elle baigne les pages que l'on tourne, trop vite et à regret.
Voilà un ouvrage dont on ne saurait faire ni l'économie, ni le deuil ; il parle à notre expérience comme à une amie chère et l'instruit, au creux de l'oreille, sur la perte, l'absence, et la difficulté, au fond, d'être celui qui reste.

La traduction de Christine Spadaccini est lumineuse, simple, sans affèterie, et restitue avec un infini respect toutes les finesses de l'auteur. Une commune tendresse pour le verbe doux et les entrelacs du récit semble unir la traductrice à son auteur, pour notre plus grand plaisir.

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Vendredi 23 mai 2008

Il y a quelques temps, je me promenais sur le blog de Sébastien Fritsch dont je vous recommande le dernier ouvrage, Le sixième crime (voir ici).
Ce jour-là, son billet était consacré à l’ouvrage de Michèle Lesbre, La petite trotteuse. Qui, à lire son compte-rendu, aurait aussi bien pu s’appeler La petite brodeuse puisque le récit se tisse avec les fils ténus des souvenirs perdus, sur la trame de vieilles émotions dont le temps n’a nullement émoussé la force et le tranchant, et crée un voile léger de tristesse avec des motifs doux de sentiments enfuis, de non-dits et de douleurs tues, patchwork délicat d’une lointaine enfance et d’instants fragiles.
La narratrice visite, à travers la France, des maisons qu’elle n’a nullement l’intention d’acheter, un drôle de pèlerinage, une errance improbable, en forme d’hommage à son père décédé il y a longtemps, sans qu’ils aient eu le temps de se parler. A son poignet, elle a passé la montre qui appartenait à ce dernier, retrouvée il y a peu dans les affaires de sa mère : c’est la même petite trotteuse, témoin des événements du passé, qui scande ceux du présent.
Comme un lien indéfectible.
Comme des menottes ?

Je suis en train de prendre note de cet ouvrage que j’ai envie de lire lorsque j’entends l’inimitable clapet métallique et strident de la boîte aux lettres. A cette heure tardive, je sais qu’il ne s’agit pas du facteur mais d’Émilie, la petite marchande de prose gratuite qui habite une rue plus haut et que je croise souvent, tard le soir ou très tôt le matin, lorsque je sors balader mon chien, toujours la nuit, je ne connais pas son visage diurne, je ne l’ai jamais croisée au soleil, elle est seulement, magistralement, le sourire de mes nuits. Et la distributrice de l’hebdomadaire Info.
En une, la sale tronche de Louis Giscard d’Estaing et un cliché de manif réprimée en mai 68 à Clermont city, cherchez l’erreur…

 


Le canard m’a réservé deux surprises : sur la photo montrant les CRS qui courent en direction de la place de Jaude, derrière le cortège, on aperçoit clairement, garées le long du trottoir, boulevard Desaix, une 4L et une Fiat 500, blanches toutes les deux.
Ce sont les voitures de mes parents.
Enfin, ils avaient les mêmes, à l’époque.
Mais j’ai envie de croire que ce sont les leurs, bordel, parce que, juste derrière la Coucoune au toit ouvrant, cette silhouette féminine, cheveux noirs, assez courts, coiffure crêpée, comme elle aimait, jupe foncée, chaussures claires assorties au sac à main sur lequel elle a croisé ses bras, on dirait ma mère. Je scrute, sors la loupe, fouille ma mémoire pour retrouver les attitudes, le détail imparable. Mais oui, c’est bien elle.
J’ai du mal pourtant à l’imaginer nonchalamment plantée devant l’émeute et les matraques comme s’il s’agissait d’un spectacle curieux, sans peur aucune, ni même le réflexe de se mettre à l’abri.
C’est elle !
Non, ça ne peut pas être elle.
Pourtant, si, je le sens déjà le baiser du skaï rouge vif de la banquette qui me colle aux cuisses, les petites fenêtres à l’arrière, comme des hublots, qui ne s’ouvrent pas, mes jambes déjà trop longues recroquevillées contre le dossier du siège avant qui bascule tout seul dans les tournants un peu trop penchés ou lors des freinages athlétiques. « Tiens toi donc », hurle ma mère. « Quand est-ce que je pourrai monter devant ? » demande ma voix pour la cent millième fois. « Quand tu auras douze ans, pas avant ! »  répond-t-elle. Et là, dans le rétro, c’est bien ma moue boudeuse que je vois, non ?!

« Non ! » martèle mon père, quarante ans plus tard, « Ce n’est pas elle, elle n’avait pas ce look-là puis on n’avait pas la seule Coucoune de la ville ! » Fait chier, la sagesse paternelle. Moi, je vous dis que c’est elle, à côté de mon carrosse, de ma fusée, de mon Nautilus, de mon pot de yaourt, de la Coucoune ! Cette voiture, c’est celle qui a parcouru les routes du bonheur, mille virées en ville avec ma mère, elle est au volant, elle sourit, on va faire les courses aux Galeries de Jaude, je veux un jean’s mais un foncé, hein pas un délavé et pas un avec le feu au plancher, on s’immisce entre deux grosses caisses, la nique aux parcmètres, hihi, on se marre, je lui donne la main, peut-être qu’on achètera des gaufres à la chantilly en rentrant, dans la petite cahute, en haut du boulevard Desaix, face à la préfecture d’où s’échappent les CRS, allez, dis oui, maman, elle a dit oui…

Sur la photo, c’est elle, j’en suis sûre.
J’ouvre le journal pour lire la suite, je trouverai peut-être un indice, une preuve, dans les autres clichés qui illustrent le dossier, à l’intérieur.
Et oui, bingo ! La voilà, la deuxième surprise : il y a une interview de Michèle Lesbre à propos du mai 68 clermontois, si ce n’est pas un signe, ça ! Un peu tiré par les cheveux ? Oh, ça va, je vous entends murmurer d’ici. Mais je sais que j’ai raison. Y’avait combien de chances que Michèle Lesbre ait été institutrice à Plauzat en 68 ? Pfff, on voit bien que vous ne connaissez pas le bled ! Combien de chances que ce soit justement le bled où les parents de ma mère ont une maison, hein ? Combien de chances pour qu’elle s’appelle Michèle, e accent grave – l – e, comme ma mère ? Hein ?
Tout cela, ça me conforte dans ma petite idée. C’est ma mère en une de Info et le livre de l’autre Michèle, Lesbre, il faut que je le lise, il va me plaire…

 

Le lendemain, je fonce à la bibli, ils ne l’ont pas, crénom d’une pipe ! Ta gueule, Amazon.com, je suis fauchée… J’irai à l’autre bibli en ville, la semaine prochaine, elle est plus grande, mieux achalandée, ils l’auront sûrement. En attendant, cet Info-là, de mai 2008, ne partira pas au tri sélectif comme ses copains des semaines passées parce qu’il m’a lancé ce cri sélectif : maman ! Oui, bon, je sais, on gère ses tristesses comme on peut…

Deux jours plus tard, je suis près de Paris, chez ma copine Sophie Laroche, auteure, (retrouvez-la sur son blog, ici, ainsi que ses ouvrages). A un moment, elle me demande de lui passer un livre qui se trouve dans sa bibliothèque. Je m’approche des rayonnages. Et je tombe sur ce livre qui m’attend, y’a pas d’autre explication : La petite trotteuse de Michèle Lesbre ! Sophie me le prête, je le dévore en un soir. Je suis sous le charme dès les premières lignes, c’est bon comme une virée en Coucoune, toit ouvert, jusqu’à Jaude, ça a l’odeur des paquets de café qu’on réveillait le matin dans la cuisine avec les petits ciseaux, ça sent la terre de cendres de la Limagne, juste derrière Plauzat, ça fait remontrer les absents dans de jolies bulles de souvenirs qui éclatent en grands cercles concentriques sur l’eau crade des bassins de Champeix et ces connes d’araignées d’eau se précipitent croyant qu’un insecte est tombé à la baille, ça a le regard opaque et triste des truites que l’on vient d’y pêcher, quand elles se vident de vie parce qu’on n’a pas le courage de les assommer, ça bombarde des sentiments aussi vifs que le buisson ardent sur le chemin où le grand-père, déjà malade, perdait ses pantoufles en marchant et où les gosses couraient les lui ramener en se moquant, ça sent les branches de tilleul que l’on a élaguées pour en cueillir les fleurs à la veillée, ça sent les sachets de lavande dans les armoires, ça sent… C’était bien elle(s), je le savais. Merci, Michèle. Et comme tu seras pas là dimanche, autant te le dire tout de suite, bonne fête, maman.

 

« Petite lumière discrète dans les entrailles obscures d’un théâtre déserté et silencieux, la servante veille. C’est ainsi qu’on la nomme. Elle veille sur le sommeil des coulisses, sur celui de la scène où les voix se sont tues jusqu’au prochain lever de rideau, sur l’immobilité des décors, la vacuité de la salle où le public a laissé derrière lui une traîne qui flotte au-dessus des fauteuils, une note suspendue, à peine audible, qui peu à peu s’évanouit.

Il me semblait être depuis toujours la servante de mon théâtre intime… » (p 179)

 

Michèle Lesbre, La petite trotteuse, Sabine Wespieser éditeur, 2005.


Une interview de Michèle Lesbre réalisée par auteursTV: ICI

 

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Jeudi 15 mai 2008

Nuala O'Faolain vient de mourir, vendredi dernier à Dublin. Et personne ne me l'a dit, sans doute de peur de me voir prendre le premier avion pour Dublin, désespérée à l'idée de ne l'avoir jamais rencontrée.

 

J'ai découvert ses livres au travers du Prix Zazieweb de la Petite Edition 2004, qui proposait Chimères – traduction de Stéphane Camille, chez Sabine Wespieser.

A ce moment-là, Wespieser n'avait pas encore atteint son succès d'aujourd'hui et pouvait encore (limite) être considéré comme un "petit", mais c'est une autre histoire.

 

J'avais été soulevée par cette histoire qui relie à la fois dans les méandres de la vie moderne d'une jeune femme irlandaise et le récit des recherches de celle-ci sur la condition de la femme à l'époque au travers d'une affaire d'adultère au XIXe. Je m'en rappelle comme si c'était hier. 700 pages que j'ai lues d'une traite. Mais si.

D'une poésie ! D'une acuité !

 

Quelques mois plus tard, je faisais un bref séjour en Irlande et ramenais dans ma valise tous les bouquins de cette Nuala O'Faolain, en anglais cette fois.

 

D'après le site de l'éditeur, un nouveau roman d'O Faolain, qui n'était pas encore écrit à cette époque, sortira en français au mois d'Août. Et quand je pense qu'il n'y en aura pas d'autre, cela me rend malade, grave.

par Irène Grätz publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Dimanche 4 mai 2008

  Dessin de Magali


Pas la mienne, non, celle de Toni Bentley, The Surrender en VO, que mes subites 747 ardeurs ménagères matutinales et mon chiffon-zinc maladroit ont envoyé en valdingue, sur le parquet, avec le reste des dizaines d'étages du WTC de mes bouquins de chevet. La tour nord des livres lus a chu la première. L'autre, sud, de ceux encore à lire, je l'ai rattrapée à mi-chute, amis, chut, je suis désolée, TC Boyle et Louis de Bernières, Vargas Vila et Jamel Balhi, Robert McLiam Wilson et Gérard Oberlé, Bob Kauffman et Nicolas Bouvier, Laura Esquivel et Kenneth White et tant d'autres attendent là, sur le trottoir de mes rêves où je les ai empilés depuis des semaines, Macadam Claude, proxélettres, que je les ouvre enfin. C'est la Bentley qui a roulé le plus loin, cul par dessus tête, tranche de papelard offerte, comme une invit' à la prendre en levrette...euh...en lecture, je choisis une page au hasard, je vous la donne en mille, c'est la dix, elle se finit par: Enter the exit. Paradise waits. Me revient alors en mémoire cette soirée tristement grandiose et solitaire (comme un diamant et non pas vide), il y a quelques temps, durant laquelle je suis partie à l'assaut de ces pages-hommage à la sodomie, bel ouvrage... J'avais pécho dans la cave à Jo, RIP Pappy, sous un cageot pourav', deux jumelles AOC miraculées, famille Corton, filles d'une grande année, 1985, qui dormaient, oubliées, sacré sacrilège. J'avais un chagrin à noyer, un immense, il y fallait bien un grand cru et, pourquoi pas, ce bouquin qui offrait un Niagara de reins, splendide chute en couverture, soirée grise et grivoise, histoire de vin et d'O, ça me semblait bien. Ce le fut. Au petit Jésus nu dans son verre mon palais a offert sa culotte de velours et cette côte-là est tellement...Beaune que je l'ai descendue jusqu'à la lie, seule dans mon canapé-lit en lisant Toni. Sa reddition est une grande love story, à placer dans les anales de l'amour, si, si, avec un seul "n", celles du back. Did the love or the sodomy come first? Love grows from lust. This I know. Besides, I don't trust love. I've heard it declared too often. But I trust lust completely. Assauts dans l'alcôve et alcool à seau j'étais cuite à souhait, prise au lasso des degrés et lascive et lessivée, trempez-moi dans l'O, trempez-moi dans lui, pourvu qu'il n'en sorte pas un escargot tout chaud, oups... Le livre de Toni Bentley est beau, impudique, sincère, drôle, avec un trou du cul, le sien, comme intro au divin. Elle était dessous, j'étais saoûle, ai-je vraiment rendu justice à cet ouvrage en le faisant étrange et puissant taste-vin ou bien le vin en a-t-il été l'exhausseur? Les extraits relus ce matin dégageaient toujours ce charme trouble et fort. Le livre ne doit rien au cépage, juste à ses pages... Laissez-vous pénétrer. 

 

Toni Bentley, The Surrender : an erotic memoir, Reganbooks, 2004, traduit par Isabelle D. Philippe sous le titre « Ma reddition : une confession érotique », Maren Sell éditeurs, 2006.

 


 

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Samedi 3 mai 2008



C’est l’histoire d’un mec qui monte dans l’autobus S, place de Champerret, et se retrouve face à un jeune quidam affligé d’un cou démesuré et affublé d’un galure sans allure aucune, une corde tressée en ceinturant la base au lieu de l’habituel élégant ruban. L’escogriffe mal attifé est, qui plus est, du genre grincheux qui sort ses griffes puisqu’il se met à apostropher sans retenue son plus proche voisin, l’accusant de lui écraser les panards chaque fois que d’autres voyageurs montent ou descendent de la plateforme de l’autobus. Mais, comme il est pleutre, peuchère ! N’attendant pas la riposte de son agressé, il se jette dans les bras du premier fauteuil qui se libère.

Par extraordinaire, l’affaire ne se termine point là : ce même mec reverra, deux heures plus tard, la girafe mal chapeautée paradant sur le parvis de la gare Saint-Lazare en compagnie d’un autre parvenu de son acabit qui parvient à le convaincre que son pardessus souffrirait la pose d’un chancre…euh…bouton supplémentaire pour en diminuer l’échancrure…

 

Et c’est l’histoire de ce mec que Queneau va décliner de façon jubilatoire au long de 99 saynètes contant cette toujours même histoire tout en comptant autant de styles différents. Il l’écrit à la désinvolte, façon lettre officielle, en alexandrins, métaphoriquement, comme dans un rêve, par onomatopées, avec précision, sous forme d’arc-en-ciel, en javanais, et cetera, et cetera, et chaque fois le scélérat y excellera, chapeau bas, Raymond, avec une tresse de lauriers ! C’est trop bon, truffé de perles et de trouvailles, d’humour et de talent : 150 pages de purs petits bonheurs littéraires et lecteurs. Moi, quand je serais grande je voudrais faire Queneau ! Aïe, ça donne quoi au féminin, ça ? Quenelle ? Merde, j’ai pourtant plus d’ambition que ça, finir en saucisse, sacrebleu ! Quenouille alors ? Cela me convient déjà mieux, j’ai l’habitude de filer un mauvais coton... Nan, le bon féminin de Queneau, c’est Quenotte parce que, vin Dieu, ça donne les crocs, de lire Queneau, ça donne envie de mordre dans du verbe et de l’adjectif, de s’empiffrer de mots, d’assaisonner de la phrase, de trucider du sens sans décence aucune puis de le ressusciter ni une ni deux sur l’autel littéraire, merci ma muse de cette page vierge, si vous saviez comme je m’amuse ! Donc moi qui me prends pour Queneau, j’ai prétentieusement décidé d’amener ma quenotte à l’édifice et d’écrire ici même la 100ème saynète, manière d’hommage en mode vibrant : celui-là, il ne pouvait pas le faire puisque les SMS n’existaient pas de son temps ! Alors, cher Raymond, avec 160 (et mon sale) caractères, et mon plus profond respect, cette version texto :

 

Kiki QQ. à Raymond Q.

03/05/2008    12:14

Jeune blanc-bec au cou bunsen & coiffe pas zen monte in Ze bus S, s’frite avec son voisin qui manque de l’encorner : la peur lui en pousse un bouton sur le col !

 

Scusi, Raymond… Quant à vous, foncez vous délecter de ce grand morceau de bravoure !

 

Raymond Queneau, Exercices de style, Folio 1363, 2007

* : in « Maladroit », p 80

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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