Je vais commencer cette contribution par une anecdote, une fois n’est pas coutume. J’ai visité
une bonne bouquinerie ce week-end*. Le libraire-bouquiniste en connait un rayon, c’est le cas de le dire, particulièrement en ce qui concerne les auteurs belges. Je lui ai demandé si il possédait
des ouvrages de Hubert Juin ; il m’a répondu - à ma grande surprise - que plus personne ne lisait ça.
Bon, voici qui suffit à me motiver pour en parler. Si plus personne ne lit Hubert Juin, et bien ma foi, c’est bien dommage.
Les sangliers est un très beau texte de cet auteur, que l’on peut facilement se procurer qui plus est, puisqu’il est publié chez Labor.
Dopin ramène, par un sombre jour, sa toute nouvelle épouse d’un village voisin, dans son village non moins sombre que le jour en question. Il s’agit de Joséphine, belle, sauvage et… divorcée. Il
suffira de cela pour que l’ensemble du village se prenne d’une curieuse passion qui ressemble à la haine pour la belle. Elle focalisera très vite les peurs, les désirs, les craintes, les préjugés
de la communauté des habitants.
Dans ce très beau texte, Hubert Juin analyse avec beaucoup de finesse, mais il faut le dire aussi avec une certaine cruauté, la position que peut prendre une communauté face à un individu qui lui
est extérieur et comment cette communauté utilise aussi ce rejet comme un élément dynamique à sa propre logique et à son propre fonctionnement.
Mais mon analyse peut sembler froide et psychologisante alors que le texte de Juin est bourré de passion, d’émotions, de jeu sur le dit et le non-dit et d’une atmosphère si particulière.
L’histoire forcément ne pourra que mal se terminer si les habitants se rendent compte que Joséphine a été investie, par cette même mise à l’écart, de ce pouvoir terrible, celui de dire, celui de
condamner…
En note, je finis pas dire que j’ai été très étonnée de l’analyse qui est faite de ce texte par Joseph Duhamel dans l’édition Labor. Rarement, je me suis retrouvée en complète opposition de
lecture face à un même texte. C’est le cas ici.
Mais peu importe, le texte de Juin est d’une grande force.
* Pour les bruxellois, il s'agit de la bouquinerie Images, chaussée de Waterloo,
Saint-Gilles.
C’est un peu par hasard que je suis tombée sur cette anthologie de la littérature
fantastique en Belgique. Réalisée par Jean-Baptiste Baronian, elle reprend "28 contes bizarres et surnaturels" par les écrivains belges et est organisée en trois parties, avant Jean Ray, autour de Jean Ray et après Jean Ray. On découvre dans cette anthologie de réels petits bijoux de contes fantastiques, et du
meilleur des fantastiques à mon goût, celui de Marcel Thiry, de Jean Muno, de Michel de Ghelderode, de Baronian lui-même (écrivain belge, lui aussi), et j’en passe.
A côté de ces très grands du fantastique, d’autres auteurs, moins connus
peut-être, nous livrent ici des contes amusants et originaux. Nous passons par les délires les plus fantasques et les frissons les plus insidieux, sur des sujets parfois originaux et avec des
façons toujours différentes.
Ne citons parmi les vingt-huit que cette histoire d’un peintre qui se décide, fou d’amour, à envoûter son rival, dans La dance macabre du pont de
Lucerne par Georges Eekhoud, ou celle, très belle, de L’homme qui faisait les cercueils trop
grands, (Pierre Goemaere ) d'un fabricant de cercueil qui se repent de ses antécédents avares sous la pression des revenants.
Baronian met tout cela en musique évidemment et nous pouvons suivre ainsi au fil de la lecture l’évolution de ce genre qui n’est plus tellement prisé par ici, du moins sous cette forme, et c’est
bien dommage. Pour ma part, j’y reveins souvent, même si les œuvres de ces auteurs ne sont pas toujours faciles à dénicher.
Jean-Baptiste BARONIAN, La Belgique fantastique, Ed Jacques Antoine.
Le dire en
wallon
Escrire e walon, on reve di djonnesse;
Dj' î pinséve sovint
Cwand dj' esteu gamén
Cwand k' el mwaisse d' escole etasséve dins m' tiesse
Totes sôres di machins,
Et minme do flamind.
Ecrire en wallon, un rêve de
jeunesse
J'y pensais
souvent
Quand j'étais un
gamin
Quand le maître d'école entassait dans ma
tête
Toutes sortes de
machins
Et même du
flamand.
Po dire e walon tot çki dj' a dins mi åme
Pol dire a tolmonde come on l' fwait a s' mame
K' on-z a do bon tins
K' on-z a do penin.
Pour dire en wallon tout ce que j'ai dans
l'âme
Pour dire à tout le monde comme je le
ferais à ma mère
Quand on a de bons
moments
Quand on a des
chagrins
Tchanter e walon, tchanter les promesses
Do bontins ki vént,
Tchanter e walon etot rlevant l' tiesse,
E pinsant ki dmwin,
Ça serè co l' bon tins.
Chanter en wallon, chanter les
promesses
Di bon temps qui
arrive
Chanter en wallon en relevant la
tête
En pensant que
demain
Ce sera alors comme dans le bon
temps.
Georges G. Boudard, humblement transcrit (et non traduit) en français par
myself.
Félicitationssssss à la Grande Princesse Belge Mathilde, qui
vient d'accoucher d'une petite princesse Eléonore, quatrième rejeton de la GPBM, et cinquième dans l'ordre de succession au
trône.
Ben non, je ne suis pas royaliste, mais une maman, c'est une
maman.
Ajoutons qu'Eleonore est le douzième petit-enfant du roi et de la
reine de Belgique. Enfin, si on ne compte que les officiels, parce que pour le moment, ce n'est pas l'accouchement de la GPBM qui fait la Une de la presse belge mais un bouquin qui doit avoir un
potentiel littéraire élevé, "Couper le cordon" de Delphine Boël, la fille illégitime du Roi Albert II. Comme si on coupait le cordon d'avec son père…
Bref, vous n'en vouliez pas d'une famille royale, mais je vous jure
que c'est parfois rigolo…
Bon, pour me racheter, demain je vous poste un petit article sur un
auteur belge sensationnel…
Ce matin, je lis dans les journaux belges cette information étonnante.
Depuis quelques jours, la rumeur circulait mais je ne voulais y croire...
Pourtant...
Il apparaît que de plus en plus de futurs profs refusent d'enseigner la théorie de l'évolution de notre ami Darwin et préfèrent revenir au créationnisme. Si, si, cette histoire de Dieu (quel
qu'il soit) qui crée le monde.
Les officiels du gouvernement* rappellent qu'il est interdit aux enseignants
de s'écarter du programme et que Darwin fait foi, ah, ah.
Bon, évidemment, c'est déjà ça, mais cela ne suffit pas à calmer mes
inquiétudes persos. Parce que si l'enseignement des
sciences à nos mômes est confié à des créationnistes, me semble qu'on va avoir quelques petits problèmes dans les années à venir, question évolution
justement.
Non, c'est pas une blague. Et voui, des fois, je me dis que le climat belge n'est pas la seule raison qui pourrait me pousser à déménager…
* (mais si, on en a un, maintenant, suivez un peu…)
C'est vous qui l'dites