The day after.

Publié le par Marie Rennard

Ce matin, y'avait l'odeur des bois brûlés qui flottait dans le froid. A la fois âcre et sucrée, imbibée d'eau. Les toits, tassés sur le canal, serraient leurs écailles d'ocre gris autour des murs penchés les uns aux autres en saumon ou roses usés, plantés sur les ruelles désertes. L'eau affrontait le pont aux piles, vert glace sous les arches de pierre nue. Les canards, réfugiés sur les quais, se réchauffaient la palme, le nez caché sous l'aile pour ne plus sentir la fumée.
Plus haut, les corneilles flottaient dans un courant d'air chaud, du côté des escaliers qui mènent aux remparts, dans le foisonnement de maisonnettes étroites, imbriquées d'arrières cours, de jardins de deux mètres fleuris l'été de parasols rayés. On accède là-bas par des chemins secrets qui passent sous des voûtes, en franchissant des marches inégales de hauteur, en sautant les ruisseaux échappés de la roche. L'hiver, c'est tout gelé, et quand on habite là il vaut mieux en sourire, et puis rien se casser, parce qu'avec des béquilles... On peut pas tout prévoir, le gel, les incendies, et les pompiers coincés dans les chemins secrets.
Ce matin, juste là, y'avait que le silence, un tournis d'oiseaux noirs dans le courant d'air trouble, comme celui des vautours au-dessus d'une charogne.

Marie RENNARD

Publié dans Polésies

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Marie-Laetitia 12/01/2009 15:51

Marie-Christine 10/01/2009 11:22

ton texte est vraiment très émouvant

chriscot 09/01/2009 18:02

Oui, oui, ici aussi c'est drol'ment bien écrit...

marie 09/01/2009 09:38

@ aude : si jj'arrivais à montrer, avec une polésie, quelque chose qui approche tes photos... mais faudra attendre 2024 !
@chris : pas trop près, ma belle, ça chauffe encore.

Chris 09/01/2009 08:21

Oh c'est beau et même plus: on y est! :)