Zados bis

Publié le par Marie-Christine Buffat

Ah, l’adolescence !

 

Douce période à laquelle on repense souvent avec un brin d’émotion, même si beaucoup de souvenirs adolescents sont empreints de ridicule et de moments gênants. Bon, ça ne me concerne pas vraiment, parce que j’ai toujours été une enfant adorable, gentille, polie, respectueuse, bonne élève, bref, une vraie princesse. Dans les faits, je n’avais pas vraiment le choix, parce qu’être adolescente, dans ma famille, c’était comme jouer dans un remake du Prisonnier (I’m not a number, I’m a free woman !). Sauf que ma mère, elle répondait toujours : « tant que tu vivras sous mon toit, tu ne seras ni free, ni woman. » Quant à mon père, dans son regard, je reste un truc maigre couvert de sparadraps et vêtu d’un sempiternel short rouge, raison pour laquelle il continue aujourd’hui encore à m’appeler « Mowgli ».

 

Bref, tandis que les copines (autorisées, elles, à se rendre à des boums) se déhanchaient sur « Touch me now », moulées dans leur salopette-short, moi, je visionnais une énième diffusion de Thierry La Fronde à la télé. Dur. Alors qu’elles découvraient leur corps et les premières sensations du désir dans les bras de concentrés d’hormones montés sur ressort, je dois mes premiers rêves érotiques à un type engoncé dans un collant et dont le torse velu était dissimulé sous une grosse médaille. J’en ai passé des nuits à coller mes lèvres à celles inexistantes de Thierry de Janville, planqués dans des fourrés épineux pendant que la garde passait son chemin… Par bonheur, Billy Idol a sorti son tube Rebel Yell et a remplacé aussitôt le bas collant dans mes rêves. Rah, quelle fille des années 80 n’a jamais fantasmé sur le buste dénudé du beau blond aux airs de bad boy, hein, en vrai ?

Bon, dans la vie réelle, à l’époque, les garçons de mon village portaient le jeans  à  hauteur de nombril et le t-shirt Lacoste, pour les plus coquets, Modia pour les autres. On se retrouvait le samedi après-midi sous le préau de l’école (oui, l’après-midi, j’avais le droit de sortir, pour de sombres et obscures raisons de parties électriques qu’on ne touche pas lorsque le soleil est levé) et on passait notre temps à se moquer les uns des autres. Si un garçon prenait pour cible une fille en particulier et la harcelait jusqu’à ce qu’elle soit au bord des larmes, ça signifiait qu’il voulait sortir avec elle. C’est un peu compliqué à suivre au début, mais on s’y fait rapidement. Si une fille et un garçon se fâchaient vraiment entre eux, toutes les filles et les garçons ne se parlaient plus. En général, après trois jours les garçons désignaient un médiateur chargé de rétablir la communication entre tous. S’ensuivaient encore quelques virulents échanges verbaux, avant que certains en profitent pour se raccommoder en se partageant des Hollywood Chewing-gum prémâchés au goût citron. Ou des Malabar Menthe. Parfois, ces baveuses réconciliations débouchaient sur une véritable histoire d’amour, qui durait au moins deux semaines. Tout le problème des relations résidant dans le fait qu’on voulait bien s’embrasser, mais pas passer du temps ensemble. Parce qu’à choisir, perso, je préférais et de loin rester des heures durant avec ma pote Yas à avaler des pains à l’ail en écoutant U2, en discourant sur nos problèmes de seins qui poussaient et autres soucis de pilosité, à se plaindre du terrible joug parental, à s’échanger des considérations philosophiques sur les mecs et à échafauder des plans sur la comète pour quand on sera indépendantes et libres, plutôt que de laisser un maigrichon boutonneux prendre les mesures de mes bonnets A.

 

 

A croire que si le vocabulaire a changé, les problèmes existentiels restent éternellement les mêmes !

Marie-Christine BUFFAT

 

Publié dans J'me marre

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Chris 13/12/2008 18:09

Ah bah Thierry j'étais trop jeune pour fantasmer dessus, mais je garde (et ma mère donc! on en ricane encore) un souvenir impérissable de ses cannes de serin dans ses collants (verts??) A 13 ans je fantasmais sur le chanteur des Rubettes qui avait une belle casquette et un magnifique regard de merlan frit...

Marie-Laetitia 12/12/2008 13:27

J'ai pas fantasmé sur Billy Idol. J'ai détesté l'adolescence. C'est ptete lié ??

Théobald 10/12/2008 16:20

Admiratif je suis devant la précision de cet inventaire à la Prévert des affres de la guerre des boutons.

L'adolescence, c'est comme le hasch, il paraît qu'on ne peut pas en parler sans avoir essayé.

Je me garde les deux pour mes vieux jours.

Léonie Colin 07/12/2008 20:47

Yep, pareil pour ma pote Guylou et moi, on avait les mêmes conversations.
Dingue , non ?

Odette L-E 05/12/2008 16:09

Merci de parler de la sublime Juliette. Il y a si longtemps que je l'aime (... jamais je ne l'oublierai.) J'ai une prédilection pour le texte acide que Bernard Joyet a écrit pour elle : " Mayerling. Ecoutez-le, vous m'en direz des nouvelles.