Extrait

Publié le par Marie Rennard

Du roman Bones de Richard Beard, qui évoque dans ce passage une visite au musée de la Croix Rouge et des Atrocités de Genève.


Les victimes de ces catastrophes étaient toutes des gens ordinaires.

Plus loin se trouvait la reproduction en taille réelle d’une cellule de béton de deux mètres sur trois dans laquelle on avait entassé, quelque part au Libéria, pas moins de soixante dix prisonniers politiques. Le sol portait les empreintes de soixante dix paires de pieds, chacune d’une couleur différente. Ça peignait un tableau ou les corps disparus se tordaient dans les échos baroques d’un paysage sonore de tortures, de garrots, de mutilations.

On aurait pu l’appeler le Musée de la Malchance. Tout au long du mur extérieur, une simple ligne tracée à hauteur d’homme reliait entre elles les années où des guerres, ou des catastrophes naturelles, avaient tué un minimum de 100 000 Smith. En dessous de ce chiffre, nulle mémoire, nul souvenir. La ligne, aux points relativement distants à son début, et ponctuée seulement d’épisodes volcaniques ou d’épidémies de peste, montrait à l’époque moderne des dérèglements d’hécatombe, des points portés bien au-dessus de la limite des 100 000 par l’empilement sans fin des corps.

Nous entrâmes enfin dans une salle de cinéma aux murs couverts, jusqu’au plafond, des feuillets de l’original des Conventions de Genève qui avait présidé à la destinée des cinq millions de prisonniers de la première guerre mondiale. Sur l’écran défilait une série de diapos de la Bataille de Solferino, en 1859, avec une nette prédilection pour les scènes d’amputation à cette époque qui ignorait l’anesthésie, et, heureusement, la pellicule couleur.

Marie RENNARD (pour Richard Beard)

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marie 13/11/2008 11:13

Rassurez-vous, les filles, entre deux évocations pénibles, l'auteur a l'art et la manière de nous faire sourire, wild plutôt que wide smile. Mais ça, se sera pour plus tard, pour vous. Quand j'aurai fini de faire la peau à mes vieux os...

Kiki 13/11/2008 07:48

200 ASA Douleur...même pas besoin de voir les images, dfasson, rien que d'imaginer... Ce passage me rappelle ce que ché pu qui disait: un mort c'est une tragédie, 100 c'est une catastrophe, 1000 c'est une statistique... Mundo triste, tiens! J'espère en tout cas qu'un éditeur va bientôt réaliser tout l'intérêt qu'il aurait à ronger ce Bones, didiou, qu'ils sont longs et lourds!

Odette Laplaze-Estorgues 12/11/2008 16:56

Nooooon Mariiiiie. Pas aujourd'hui, ce rappel de l'HORROOOOOOOR. S T P, parle-nous plutôt de l'aurore de beaux jours à venir... Quand bien même je ne puis ignorer qu'il importe de se souvenir du passé pour que l'avenir soit.
Sorry de me montrer si négative.
Et bravo princesse !
O L-E