Nonsco.

Publié le par Marie Rennard



Berk, que le mot est laid. C’est l’abrégé de Non-scolaire, ou Non-scolarisateur.

Loin de moi l’idée de trancher entre le Bien et le Mal si manichéennement répartis par les tenants de la scolarité obligatoire et la minorité de ceux qui ont choisi de garder leurs enfants chez eux pour les instruire en plus de les éduquer. Si je me refuse à prendre parti pour les uns ou les autres, c’est que je connais bien les avantages et inconvénients des deux systèmes. Pensez, ancienne élève, ancienne prof, mère ad vitam…

Môme, ado, jeune adulte, j’ai été à l’école, comme (presque) tout le monde. Ma foi, les résultats n’ont certainement pas été à la hauteur de l’investissement. Ce que j’ai appris, je l’ai appris pour l’essentiel toute seule, dans les livres ou, pour la connaissance qui sert à se tirer des galères de l’existence, contrainte par les circonstances ou la nécessité. De mes savoirs scolaires, il ne reste que bien peu, des termes isolés, comme préhensile ou parallaxe, découverts en cinquième en cours de techno, ou des notions élémentaires de biologie, la seule matière qui me tirait de ma torpeur rêveuse. Même si j’excellais en Français ou en Langues, ce n’était pas grâce à mes profs (j’en ai pourtant eu de remarquables), mais parce que je portais intuitivement ces choses-là en débarquant sur terre. Quant à mes aptitudes à la socialisation, elles ont toujours été si limitées qu’aujourd’hui encore je ne saurais me résoudre à prendre la parole devant un groupe de gens qui me sont étrangers sans avoir ingurgité auparavant suffisamment d’alcool pour lever mes innombrables inhibitions – et soyons honnête, l’école a largement aggravé celles-ci. Dans les cours où je savais de quoi je causais, mes discours me valaient l’aversion de mes condisciples bien plus que leur reconnaissance, et dans les autres, c’est l’expression nauséeuse de mes profs à l’écoute de mes théories qui me dissuadait de poursuivre.

Plus tard, j’ai été prof. D’anglais, d’Espagnol, et même de Français. Ça m’a dégoûtée de l’école bien plus que d’être élève. J’ai côtoyé en salle des profs trop de gens trop sûrs d’eux et trop peu du reste du monde.

Comme mère, j’ai fait comme j’ai pu, et je ne suis pas au bout de mes peines. Mes enfants, tous, ont goûté de la scolarisation à temps plein, mais certaines années aussi à temps plus que partiel. Selon leur état d’esprit, celui de l’enseignant en face, et le mien aussi, il faut bien l’avouer. Quand un gamin s’emmerde tellement en classe qu’il en devient neurasthénique, ou suicidaire ou cauchemardeur au point de ne plus dormir que par plages d’une heure quelques heures par nuit, il faut bien trouver un remède.

Déscolariser ses enfants à plein temps, ça me semble une tâche surhumaine. Qu’il existe des parents capables d’enseigner tous les fondamentaux à leurs gosses, et de leur assurer une culture générale bien supérieure à celle de l’école, c’est probable, mais je ne fais pas partie de ceux-là. Je me suis contentée de jongler, notamment en primaire, avec la vérité et le mensonge. Rien ne sert d’expliquer à un enseignant qu’il part en couille, ou qu’un enfant a tellement d’avance sur le programme que son enseignement est inapproprié. Y’a simplement eu des années où mes garçons étaient de santé tellement fragile qu’ils ne venaient à l’école qu’une semaine sur deux, ou sur trois, et même si ça passait mal, ça passait. Presque. J’ai découvert bien plus tard, quand mon aîné a quitté le collège, que mon inconduite était dûment mentionnée au dossier, et que j’étais décrite dans les commentaires des enseignants et de la direction comme une mère abusive qui ne pourrait s’en prendre qu’à elle-même des effets du désordre qu’elle causait.

Tout ça pour dire que ce débat relativement haineux que se livrent les partisans de l’école et ses détracteurs me semble être, le plus souvent, un réglage de compte personnel de chacun avec sa propre histoire, et qu’il n’y a pas de bonne solution qui ne soit réversible. Non les enseignants ne peuvent prétendre être le seul référent de l’enfant pour les apprentissages scolaires, et mes fils ont appris la grammaire en shootant dans des marrons morts bien plus efficacement que dans les salles de classe, et à un rythme bien plus approprié à leurs prédispositions naturelles. Non, je n’aurais pas pu, pas su faire la même chose avec les maths. Non l’école n’est pas parfaite, mais les parents qui font une philosophie et une condition sine qua non de la déscolarisation devraient peut-être se soumettre à un examen de conscience assez approfondi pour se rendre compte que le souci du bien de leur progéniture n’est pas leur seule raison de les déscolariser, et s’éviter ainsi quelques écueils qui peuvent faire couler une barque aussi sûrement que ceux qu’on se prend quelquefois dans la tronche à l’école.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Dune 09/11/2009 08:04


je me suis retrouvé dans votre commentaire si bien écrit. Qu'ai-je retenue de l'école ? Bref, mon fils est rentré au collège. Enfant gentil, intelligent dans la moyenne,pas de souci particulier à
déjà subi la violence en arrivant au collège. Quand à sa petite soeur, elle s'ennuie à l'école alors vais-je les y laisser ? non je pense pas et je peux vous dire que j'y perd personnellement sur
mon temps libre mais la décision est prise et je leur donnerai tout ce qui est possible (et vu ce que j'ai vu de l'école et du collège ça va pas être trop difficile... enfin j'espère !)
bonne journée !


Marie-Laetitia 18/09/2008 16:05

pffff elle l'avait jamais engagée je vois pas de quoi elle voulait la degager au juste

marie 18/09/2008 13:36

mais mag, je t'en prie, l'orbilianisme, ça a du bon aussi, je suis pour la mixité des méthodes.
marilé, quand j'ai piqué ma crise pour qu'on fasse sauter une classe à chonchon, et que j'ai fini par avoir gain de cause, j'ai eu droit à un courrier de la directrice qui m'expliquait que je foutais mon gosse en l'air, et qu'elle tenait à dégager sa responsabilité...

Marie-Laetitia 18/09/2008 13:16

Mag on dirait super Nanny ^^

magali 18/09/2008 12:47

désolé, j'ai pas pu m'empêcher...