On dirait que ce serait la rentrée

Publié le par Marie-Laetitia Gambié



Toi t'avais pas tant peur hein, juste que t'aimes pas tomber dans la cour de récré alors tu m'en avais parlé parce que tu me parles des choses qui t'inquiètent et c'est bien. Que tu voulais pas courir pour pas tomber. Ben oui minette mais c'est ça la vie faut courir et puis tomber. On avait choisi les vêtements la veille, le cartable il était prêt depuis des jours, avec la trousse étiquetée et les crayons pareil, et l'étui à lunettes, et la ventoline tout au fond parce qu'on ne sait jamais t'as pas eu de crise depuis un bail mais on ne sait jamais. Si j'avais pu laisser un oeil et une oreille dans ton cartable, pour être bien sûre, hein, pour sûr je les aurais laissés. Mais je t'ai regardée prendre la main de cette grande gourdasse trop vite poussée qui sera sans doute ta meilleure copine du monde et puis rentrer à la file indienne, ma toute petite minidouce la plus jeune la plus frêle, tu avais ton sourire des grands matins et des grands soirs, celui qui te prend d'une oreille à l'autre et qu'on voit même plus tes lunettes tellement tes yeux grand ouvert sur le monde sont immense et lumineux. Je vous ai regardés, enfin toi, pénétrer dans la classe. J'ai vite tourné les talons, j'aime pas quand il me voit verser ma larmichette que je peux pas bien expliquer ni vraiment retenir. On fait les enfants pour qu'ils s'en aillent, et Dieu merci celle-ci saura le faire, c'est déjà écrit, mais ils nous restent toujours là, au creux, au chaud, là où leur petite tête ronde a marqué une empreinte, à force de nuits à les bercer, là au creux de notre épaule.


Eh !
Quoi ?
Tu sais en vrai ... en vrai c'est pour moi que j'avais peur je crois.
Je sais bien, moi j'ai pas peur.

Et puis je t'ai retrouvée le soir exténuée de rire, les joues roses, tu mettais la pâtée à deux CM2 au ping pong ...
Tu as été bavarde, bavarde, j'en avais les oreilles qui bourdonnaient ! Tout venait tout à trac et dans un désordre total, tu aurais voulu que j'entende tout en une fois et par où commencer ? On s'est couchées bien lasses, la tête te tournait, même "comme après quand on va à la mer tu sais maman ?" "je sais mon amour, comme si on était encore dans l'eau, pose la tête sur l'oreiller et laisse-toi bercer". Encore des câlins très doux et tu as sombré dans la demi-seconde. Et voilà, c'est parti.

"On dirait que ce serait la rentrée et que tu serais une grande"

Publié dans Nos lardons

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Théobald 09/09/2008 16:25

On élève des enfants comme on planterait des arbres, mais des arbres qui finissent par s'implanter ailleurs.

Je me demande parfois ; les enfants qui restent trop longtemps nous engluent, ceux qui partent nous laissent une béance, où il faut reprendre souffle, comme avant de s'apercevoir qu'il nous faut nous occuper des derniers enfants de la maison, oubliés depuis vingt ans, et ce serait nous-mêmes.

Marilé 08/09/2008 21:47

des baffes sale gosse ! comme d'hab, mais je me répète, j'adore

magali 08/09/2008 16:56

je m'excuse de la pauvreté de mon strip aujourd'hui mais j'ai bcp de taf...