La Princesse et sa soeur Anne à casquette

Publié le par Aude-Morena



"Il faut mourir, Madame, et tout à l'heure.--- Puisqu'il faut mourir, répondit elle en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu.--- Je vous donne un demi-quart d'heure, reprit la Barbe-Bleue, pas un moment davantage. Lorsqu'elle fut seule, la Princesse appella sa soeur et lui dit : Ma soeur Anne (car elle se nommoit ainsi) monte, je te prie, sur le haut de la tour, pour voir si mes Frères ne viennent pas ; ils m'ont promis qu'ils me viendroient te voir aujourd'hui, si tu les vois, fais-leur signe de se hâter… La soeur Anne monta sur le haut de la tour, et la pauvre princesse affligée lui crioit de tems en tems, Anne, ma soeur Anne, ne vois tu rien venir ? et la soeur Anne répondit : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie. Cependant la Barbe-Bleue, tenant un grand coutelas à la main, crioit de toute sa force à sa femme : Descends vite ou je monterai là haut.--- Encore un moment, s'il vous plaît, lui répondit sa Femme, et aussitôt elle crioit tout bas : Anne, ma soeur Anne ne vois-tu rien venir ? : La soeur Anne répondit : Je ne vois rien, que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie… Descends donc (crioit la Barbe-Bleue) ou je monterai. Je m'en vais, répondit la femme, et puis elle crioit ; Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je vois, répondit sa soeur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci. Ne sont-ce pas mes Frères ?--- Hélas ! non, ma soeur, c'est un troupeau de moutons."


[PERRAULT, Charles : La Barbe-Bleue]


Le voyageur contemplant une mer de nuages, Caspar David Friedrich (1817)

Publié dans Dura lex

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ÉLias_ 23/09/2008 23:43

Hey, j'avais raté ça ! :D

É.

Marie-Laetitia 08/09/2008 11:08

Achhh ce "il faut mourir Madame" ... !

Morena 07/09/2008 23:10

Kiki tu as bien fait, j'ai aussi pensé à ce tableau en prenant la photo ! :)

Seb, j't'explique : c'était à la frontière franco-espagnole. Du côté espagnol, grand soleil, chaleur. Et là, le monsieur regarde côté français, où une nappe de brouillard nous attendait.

Seb 07/09/2008 21:57

On voit bien l'herbe qui verdoie, mais le soleil qui poudroie, il estoit en panne le jour de la photo ?

Kiki 07/09/2008 19:30

Aude, j'ai fait la vilaine incrust' dans ton post, j'ai tout de suite pensé à ce tableau en voyant ta photo et je voulais souligner juste leur belle inspiration romantique commune! Le voyageur a délaissé sa canne pour une casquette, changement d'époque mais même horizon de poésie... Maintenant, tu peux l'enlever!