Trasportabile

Publié le par Marie Rennard

Tu vois je prends les mots, un à un ou en vrac, je les respire, les entortille autour d’un doigt, je les mâchonne, j’en crache les coques et les noyaux, j’en hume les sucres, souffle les amertumes, du bout des incisives je les décosse, je les mâche des molaires et puis je déglutis une phrase à la fois et je la fais danser pour voir si elle s’essouffle ou bien si elle s’envole comme les papillons jaunes. Si elle ne danse pas, c’est qu’elle a le pied bot, ou bien qu’elle est larvaire encore. T’as déjà vu un ver à soie ? C’est laid comme un traducteur au travail. Terne, blafard et sans contour précis. Quand tu noues ta cravate aux matins de grandes œuvres, jamais tu penses à lui, laborieux éphémère, juste tu jouis de la douceur de ce verbe écrit là, génération spontanée de sa sueur, de ton plaisir de lire comme si les papilles de ta langue étaient universelles. Je dis pas ça pour que tu te souviennes du ver qui file le cocon. Le bonheur de mâcher lui est trop naturel pour qu’il rêve d’autre chose, et le neutre est un genre qui lui va.

Publié dans Polésies

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marie 01/09/2008 18:36

ps : comme femme j'entends, parce que comme traductrice, j'ai toujours une hésitation avant l'adultère.

marie 01/09/2008 18:34

faudrait pas confondre neutre et éclairé !
on dit aussi que les traductions sont comme les femmes, celles qui sont belles ne sont pas fidèles, celles qui sont fidèles ne sont pas belles. mais j'ai toutes les qualités -)

Théobald 01/09/2008 13:35

Du nouage éclairé de cravate ... Rien que de très juste en soie.

Parler cravate et mots, sueur et douceur : joli pari.

Le traducteur, neutre ? Mais bien zûr. Même que c'est pour cela que les gardiens de temples vous encensent du si aimable traduttore, traditore ...

marie 01/09/2008 07:18

je savais que t'allais relever le neutre !

Kiki 01/09/2008 07:12

Pas d'ac, une traduction n'est jamais neutre. Sous son apparente immobilité ruminante, le ver à soie n'en écrit pas moins des vers à lui, il défait la dentelle des mots pour la renouer dans ses propres entrelacs, au plus près mais jamais tout à fait pareil... Mais c'est trop joli comme tu le dis, quel veinard, ce Richard, s'est trouvé une belle (é)chrysalide! ;)