Maaare !

Publié le par Marie Rennard

Illustré par Fourchette

 

A s’t’heure là, la ville est déserte, jusqu’au marché qui se peuple doucement, avant de déborder à partir de dix heures. Je longe lentement les ruelles, le sac de cours de Virgule sur l’épaule qui va bien, à tous petits pas de vioque, pied gauche, ouille, pied droit, re-ouilleu, ficelée dans mon appareillage anti-fracture, à mi-chemin entre le gilet pare balles et la camisole de force, un truc à rendre dingue de moins prédisposés que moi… Sur ma gauche s’avance un cycliste, bedonnant papy dégarni, qui freine à ma hauteur. Vous êtes d’Annecy ?

Oui da, mon brave. Vous savez où ça mène ce chemin là ?

Ce chemin là, c’est celui que chez moi on appelle le chemin secret. Le plus court pour gagner le château, le plus raide aussi, tellement que les mômes le grimpent à quatre pattes. Je préviens le quidam qu’il vaut mieux pour lui se choisir un autre itinéraire.

Vous vous êtes cassé un bras ?

Tout juste Auguste. En vélo justement (voilà, vous pouvez vous foutre de moi), fesez gaffe mon bon monsieur, c’est vite arrivé.

Puisque vous êtes d’Annecy, vous pourriez peut être me conseiller sur ce qu’il y a à faire.

Boh, les vieilles prisons, la chapelle de la Galerie, le square qu’hanta Rousseau, vaut mieux aimer respirer l’histoire ici hein…

Oui, mais tout seul c’est pas drôle.

Ha, mais y’a des visites guidées, faut aller voir à Bonlieu…

Moi, je préfèrerais avec vous…

Glups.

Vous me balladez, et après on pourrait se faire un petit restau romantique…

Non mais où qu’il se croit papy ? D’abord, quand j’ai été voir pour me faire embaucher comme guide de ma ville que je connais par cœur, on m’a pas voulue parce que j’ai pas de diplôme (1), et ensuite au rythme où je marche, faudrait la semaine, et surtout, SURTOUT, je déteste me faire draguer par des vieux. D’autant moins qu’y a belle heurette que les jeunes me draguent plus. La dernière fois, ça remonte à au moins quatre ans, un éphèbe Marocain de vingt ans tout juste qui voulait se faire mon serviteur. Quand je pense que j’y ai ri au nez. Quelle conne !

Bref, je ricane à celui du papy, de gros nez, en lui objectant, amère, mon statut de mère de trois gosses post-pubères et mes obligations de ravitaillement. Du coup, il renonce et oblique à droite, côté lac, où ça descend, gros lard.

Je reprends mon clopinage irrégulier, direction Robert pour acheter les patates. Lui, au moins, il est sympa. Il me déçoit jamais. Du plus loin qu’il me voit, il me sourit et m’accueille d’un invariable Hé bonjour jolie dame ! Ben qu’est ce qui vous est arrivé encore ?Venez là, je vais tout vous y mettre dans vot’ sac, tenez, j’ai des beaux radis, je vous les donne. Rentrez point en courant hein…

Ben voilà, même Robert y se fout de ma gueule. Et moi, ça me met décidément de très méchante humeur, ces invalidités réitérées. Ca, et la pile de réclamations ineptes de mes copropriétaires qui ne désarment pas, même quand j’ai qu’une envie, d’humer l’août si rare à ma fenêtre. Et au lieu de ça, j’ai de nouveau le nez et la gorge pleines de textes de lois et de courriers infâmes, de jargons indigestes, et quand de colère et de frustration je tire un coup de pied dans une porte, je me fracture en plus le gros orteil. Douleur exquise. Ma vie est un nightmare-toi quand même ou tu succombes à la neurasthénie.



(1) Que ça commence à me casser le cul ces histoires de diplômes. Le nombre de fois qu’on m’a objecté ce genre de conneries, hein… Le plus dur, ça a été quand la maison Harlequin m’a refusée comme traductrice en m’objectant un manque de sens littéraire. Quand c’est pas un truc, c’est un autre, y’aura jamais personne pour me payer à faire ce que je fais mieux que les autres SANS DIPLOME. Oui, chus d’humeur râleuse, et alors, vous voulez mon poing dans la gueule peut-être ?

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Filleke 25/08/2008 22:10

Théobald l'a dit, mais je rajoute une couche. Ten , même qu'en Belgique tu te fais draguer si tu passes... ;-) Essaye, pour voir.

magali 25/08/2008 18:16

pareil !
je suis capable de renverser du café en téléphonant pendant que mon sac à main brûle à cause d'une cendre brûlante de cigarette !

Morena 25/08/2008 15:20

Nan mais Marie, si ça peut te rassurer, moi je suis capable de renverser mon café même sans avoir le bras dans le plâtre, hein...

Kiki 25/08/2008 15:09

Ben, commence par arrêter de fumer! ;) Là, c'est bon, je suis sûre que maintenant t'es au mons aussi véner que ouam! ;)

marie 25/08/2008 15:07

mag, j'aurai ta peau !
bon, je me plains pas, je craque ! tiens essaie de répondre au téléphone et de noter une info en tenant une clope tout d'une seule main. tu renverses le café à tous les coups. et bc me renvoie aujourd'hui à mi septembre !