De Savitzkaya (II)

Publié le par Irène Grätz

Cela fait un moment déjà que je vous ai parlé de Savitzkaya.

Alors, vous l’avez lu ? Comment ça, non, pas encore ? Mais, mais… Il y a des choses qu’il faut faire toutes affaires cessantes ! Alors, je vous donne encore une chance, en vous parlant aujourd’hui de En Vie et Exquise Louise.

 

Moi qui ai d’abord connu le Savitzkaya de Mongolie Plaine sale, violent, déchiré et déchirant, abrupt, délié, féroce, haletant, érotique et ironique, j’ai eu quelques difficultés à retomber sur les pieds de mon imagination (façon de parler) lorsque j’ai lu En Vie. Du quotidien. Rien que du quotidien. Une écriture belle, douce, souple. Des moments comme des bulles de savon de vaisselle, des éclats comme l’eau qui gicle sur la pierre bleue du couloir, l’odeur du chou qui traîne, des histoires de rêves, de petites filles, de petits garçons. Oh, comme je la vois bien la maison de la rue Chevaufosse. Épluchage des pommes, lavage des vitres. C’est beau. Non, c’est splendide !

 

Rien d’extraordinaire ne se produira. L’extraordinaire n’aura pas lieu. Ou alors il a déjà cours, progressif comme un épanouissement ou un étiolement et fondu dans la vie courante comme une feuille dans le feuillage, et l’appréhender c’est comme décider de distinguer cette feuille parmi toutes les autres, d’en préciser la forme, la position sur la branche, le bord dentelé, la couleur changeante et d’en suivre les métamorphoses, jour après jour, jusqu’à sa chute sur terre et sa transformation en humus ou en cendre.

Ainsi, une fois pour toutes, on aura vu l’extraordinaire tomber et se dissoudre dans la terre commune et y perdre ses principales caractéristiques, son apparence, ses raisons d’être.

Eugène Savitzkaya, En Vie, Ed. De Minuit, p.31.

 

Exquise Louise est un hommage à Louise. Rien de plus. Rien de moins. A tout de Louise, aux mains de Louise, aux dents de Louise, à ses cheveux, à sa beauté. Une petite fille grandit sur l’écorce de la terre qui projette une partie de son cercle sur le disque lunaire reflétant le soleil dans la grande nuit des astres, des gaz et des poussières.

Pendant de Marin mon cœur dédié à son fils, Savitzkaya écrit pour sa fille, écrit de sa fille, écrit par sa fille, écrit sa fille. Livre d’amour, de tendresse, de ce lien du père qui regarde, les yeux brillants, danser sa fille.

Là encore, comme l’écriture de Savitkaya fascine, s’enlace, et s’envole. Ils conçurent Louise. Il écrivit Exquise Louise. Quel cadeau. Pour nous, veux-je dire.

Elle est Louise. Louise est pierre, désormais le prénom est repris aux garçons. Elle est dure, obstinée et lisse, personne ne peut l’attraper et rien ne peut entraver sa marche.

Eugène Savitzkaya, Exquise Louise, Ed. De Minuit, p.11.

Allez zou. Ne boudez pas votre plaisir.

 


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Filleke 18/06/2008 14:23

Ben c'est qui faudrait que j'enfonçasse le clou :-)

Non, franchement, cet écrivain est ... Bon, j'ai plus de mots.

Kiki 18/06/2008 06:24

Eh non, toujours pas lu! Mais, une fois encore, tu donnes merveilleusement envie. Dès que je mets la main dessus, je le dévore et je te dis!