Monstres. Multisymétriques sans queue ni tête au sens de déplacement imprévisible. Mégapodées, multiocculées, carnassières
carnivores suceuses de cadavres frais et de morts en souffrance, liquéfieuses de vie cracheuses de filets tisseuses de pièges suspendus. Au fond du tréfond de mes angoisses il en est une tapie,
bringée, duveteuse, si immensément énorme que je compte ses paires d'yeux pétrifiée les pieds happés par la terre sable mouvant d'angoisse qui s'articule dans un cri muet bouche ouverte gorge
éteinte. Le recourbement de ses pattes et ce crochet imberbe à l'extrêmité, les paires de crocs à venins, chaque poil, se détachent sur fond blanc et projettent leur ombre sur le mur de mon
inconscient. C'est d'une rotondité particulière leur oeil, leur oeil multiple de toutes tailles, c'est comme un oeuf de poisson à la fois terne en superficie et brillant à l'intérieur jeu de
lumières sur une bulle d'encre inégalement translucide. Pas de pupilles ni clignement ni paupières et l'impossibilité de les fixer tous. L'immobilité scrutative et d'un coup la course éperdue
vers l'ombre de l'armoire, je vais hurler je vais courir et l'écraser l'anéantir la réduire en poudre en jus en traînée gluante sur le mur là dans un grand remuement de meubles en réprimant
frissons et nausées, gargouillements de peur primale préverbale, dégoût qui fait fermer le nez et retrousser les babines. Je ne saurai que faire du chausson maculé dont l'épaisseur ne m'empêche
pas d'éprouver le craquement répugnant de la chitine l'explosion des pattes le démembrement de l'abdothorax le sang qui éclate giclements atroces.
par Marie-Laetitia Gambié
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Des ptits rien
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