Pourquoi ce titre ?

MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

Les Editeurs nous ont envoyé :

Historique

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

C'est vous qui l'dites

Recherche :

Dimanche 4 mai 2008

"Maman, tu pourras venir avec moi à la vouariderie ?"

Je suis déjà dans la cuisine, la tête dans le réfrigérateur pour faire un -très - bref inventaire du vide sidéral qui l'occupe ... ce sera donc purée rose (mousline - jambon mixé). Je retire la tête du fridge, et exprime mon incompréhentude manifeste par un laconique "GNE ? PARDON ?" tout en me dirigeant vers  l'armoire placard. C'est foutu pour la mousline, y'a pu de lait. Bon, voyons le congélo ... 

"Maman, tu pourras venir avec moi à la vouariderie S'IL TE PLAIT ?"

Ah oui c'est bien ça : c'est pas mes oreilles, c'est sa bouche. Je délaisse donc un instant ma recherche de menu et passe la tête par la porte de la cuisine.

Aux lèvres un sourire à faire fondre un Philibert Globule constipé, Mathilde me regarde pleine d'espoir, assise par terre, tirant sur ses lacets emmêlés et double-noués par la main agacée d'une ATSEM prévoyante lasse de les lui refaire douze fois par récré, lunettes de guingois et cheveux en pétards, sa cagoule juste à côté d'elle. 

Tout en m'agenouillant devant elle pour lui ôter ses super chaussures vernies (quelle idée il a eu, le Viking, de lui acheter ces trucs à lacets alors qu'elle sait pas les faire, j'vous jure) double, triple, quadruple-nouées, je m'enquiers plus explicitement :

"Zouzou, je sais pas si je suis bouchée ou si tu as mal compris un mot mais je comprends pas ta phrase. Tu veux que je t'accompagne OU ???"

Elle fronce les sourcils, contrariée, et un peu concentrée aussi. Elle essaye de se rappeler la phrase de la maîtresse.

"Ben tu sais, la vouariderie ! (mimique débile de la mère qui n'a toujours rien compris ....) .... Tu sais !!! Là où on va avec l'école pour apprendre à planter des petites graines qui font des plantes".

"Jardinerie ! comme jardin ! Jardinerie mon bébé, jar-di-ne-rie"

"Oui oui, jardinerie, je sais l'dire-euh"

"Ah non moi c'est pas Oui-oui, c'est maman"
Private joke, elle est toujours morte de rire ...

"Ben non je pourrai pas t'accompagner mon coeur, je bosse moi vendredi ..."

Elle se ferme complètement ma ptite huître boudeuse.

"Eh ben Fabian sa maman, ELLE, elle vient toujours quand on va dans des activités ! et même la maman d'Arman !"

"Oui je sais, même que tu m'as dit qu'Arman il fait encore plus de bêtises quand sa mère est là ... mais c'est parce qu'elles, elles restent dans leur maison, elles travaillent pas comme moi, dans un bureau, tu vois ? Elles s'occupent de leur maison, parce que ... parce qu'elles ont choisi ça, et puis parce que leur mari il gagne sûrement beaucoup d'argent, et puis ... "

Je suis un peu à court, je n'ai pas envie de glisser des idées dans sa petite tête, mais y'en a déjà !

"Et pourquoi tu fais pas pareil toi ? en plus t'as un super ordinateur tu pourrais travailler dessus ? Et puis papa il gagne plein d'argent ! Ce serait drôlement bien !"

"Ben moi j'ai pas très envie tu vois ma grenouille, de rester à la maison, c'est pas trop mon truc, il faut vraiment avoir plein de sous et très très envie pour le faire"

"C'est même pas vrai ! la maman de Fabian elle a pas plein de sous, même que tu lui en donnes tous les mois ! et quand même elle travaille pas !"

"Ah mon coeur des fois les gens ils choisissent pas de ne pas travailler tu sais ... la maman de Fabian elle aimerait bien travailler je crois mais elle trouve pas de travail, alors comme elle te garde tous les soirs je lui donne des sous tu vois, mais c'est pas beaucoup c'est pas un vrai travail de tout le temps"

"Pourquoi ?"

A ce stade de la conversation, je me rappelle soudainement que je dois préparer le dîner et je fuis lâchement dans ma cuisine, poursuivie par un "Hein dis, pourquoi ?" très très insistant.

"Parce que ... parce que ... " Je voudrais lui expliquer tout plein de choses, là, tout de suite, mais je dois faire attention à tellement de trucs ! Au fait que la maman de Fabian est mon amie, qui me la récupère tous les soirs à l'école, et que tout ce que je vais dire risque de lui être répété tel que compris, donc passé au crible des interprétations enfantines, à l'image qu'elle a déjà dans sa petite tête de la femme qui-reste-au-foyer et de l'homme qui-rapporte-les-pepetes ... Ouille ouille ouille que c'est compliqué. Je botte en touche pour ce soir.

"Eh tu sais quoi ? on va faire des crêpes !"

"OUUUUAAAAAAIS !"

Ouais ... seulement j'ai toujours po d'lait ...

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Nos lardons
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 4 mai 2008

  Dessin de Magali


Pas la mienne, non, celle de Toni Bentley, The Surrender en VO, que mes subites 747 ardeurs ménagères matutinales et mon chiffon-zinc maladroit ont envoyé en valdingue, sur le parquet, avec le reste des dizaines d'étages du WTC de mes bouquins de chevet. La tour nord des livres lus a chu la première. L'autre, sud, de ceux encore à lire, je l'ai rattrapée à mi-chute, amis, chut, je suis désolée, TC Boyle et Louis de Bernières, Vargas Vila et Jamel Balhi, Robert McLiam Wilson et Gérard Oberlé, Bob Kauffman et Nicolas Bouvier, Laura Esquivel et Kenneth White et tant d'autres attendent là, sur le trottoir de mes rêves où je les ai empilés depuis des semaines, Macadam Claude, proxélettres, que je les ouvre enfin. C'est la Bentley qui a roulé le plus loin, cul par dessus tête, tranche de papelard offerte, comme une invit' à la prendre en levrette...euh...en lecture, je choisis une page au hasard, je vous la donne en mille, c'est la dix, elle se finit par: Enter the exit. Paradise waits. Me revient alors en mémoire cette soirée tristement grandiose et solitaire (comme un diamant et non pas vide), il y a quelques temps, durant laquelle je suis partie à l'assaut de ces pages-hommage à la sodomie, bel ouvrage... J'avais pécho dans la cave à Jo, RIP Pappy, sous un cageot pourav', deux jumelles AOC miraculées, famille Corton, filles d'une grande année, 1985, qui dormaient, oubliées, sacré sacrilège. J'avais un chagrin à noyer, un immense, il y fallait bien un grand cru et, pourquoi pas, ce bouquin qui offrait un Niagara de reins, splendide chute en couverture, soirée grise et grivoise, histoire de vin et d'O, ça me semblait bien. Ce le fut. Au petit Jésus nu dans son verre mon palais a offert sa culotte de velours et cette côte-là est tellement...Beaune que je l'ai descendue jusqu'à la lie, seule dans mon canapé-lit en lisant Toni. Sa reddition est une grande love story, à placer dans les anales de l'amour, si, si, avec un seul "n", celles du back. Did the love or the sodomy come first? Love grows from lust. This I know. Besides, I don't trust love. I've heard it declared too often. But I trust lust completely. Assauts dans l'alcôve et alcool à seau j'étais cuite à souhait, prise au lasso des degrés et lascive et lessivée, trempez-moi dans l'O, trempez-moi dans lui, pourvu qu'il n'en sorte pas un escargot tout chaud, oups... Le livre de Toni Bentley est beau, impudique, sincère, drôle, avec un trou du cul, le sien, comme intro au divin. Elle était dessous, j'étais saoûle, ai-je vraiment rendu justice à cet ouvrage en le faisant étrange et puissant taste-vin ou bien le vin en a-t-il été l'exhausseur? Les extraits relus ce matin dégageaient toujours ce charme trouble et fort. Le livre ne doit rien au cépage, juste à ses pages... Laissez-vous pénétrer. 

 

Toni Bentley, The Surrender : an erotic memoir, Reganbooks, 2004, traduit par Isabelle D. Philippe sous le titre « Ma reddition : une confession érotique », Maren Sell éditeurs, 2006.

 


 

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Blog : Internet sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus