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MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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Mercredi 14 mai 2008
par magali publié dans : Planches, strips, bulles et belles
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Mercredi 14 mai 2008

Je suis continuellement habitée par les visages de mon passé. Lorsque je me promène dans la rue, que je croise des (d'autres) passants, je suis heurtée au présent par la façon dont la mèche de Dominique balayait ses yeux, dont le sourire de Maud se posait sur mon enfance, dont l'épaule de Manu tressautait quand il riait…

 

Parfois, je me retourne et je suis l'espace de quelques pas le porteur du trait qui me perturbe, jusqu'à ce que l'illusion s'efface. Et je projette à nouveau l'image en couleurs issue de ce kaléidoscope humain.

 

Quand quelqu'un me manque, il n'est pas rare que je le croise au détour de mon chemin. Oh, pas lui, pas elle, bien entendu, mais un rire, la musique d'un mot, le plissement d'une fossette ou le mouvement altier du menton. Pas de doute, je les porte avec moi, en moi.

 

Plus étonnant peut-être ceux qui m'ont accompagnée sans que je m'en rende compte : le nez retroussé d'une copine de classe, plus vue depuis vingt ans et que je pensais avoir oubliée, le tic d'un collègue que je ne croiserai plus jamais mais que j'ai estimé, le flou dans le regard d'un écrivain après une conférence…

 

Toutes ces choses m'enrichissent et me complètent. Et j'y pense, lorsque je vois ma fille qui éclate de rire. Là, vous voyez… c'est moi.

par Irène Grätz publié dans : Des ptits rien
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Mercredi 14 mai 2008
Disez moi, les polètes, comment on fait des polésies. Des très belles comme un cor sur un mur de château, avec des trous à songe dans le noir des créneaux. Disez, je voudrais tant, quand la lune se cache, lui dire reviens là, ma chanson de lumière sans avoir l’air d’un con si y’a quelqu’un qu’entend. Je voudrais tant savoir dire le flot du dedans, dessiner les écumes qui caressent les sens, les fondre en épidermes, les frôler comme on fait du pollen d’une fleur pour en sentir le goût sans l’ôter aux abeilles. Sinon ces connes vous piquent, comme on pique les clowns dans les éclats de cirque, et qu’on s’en fout s’ils pleurent après tout seuls. Disez moi, alchimistes, oui, disez-moi comment, que je parle à la lune sans avoir l’air d’un con si y’a quelqu’un qu’entend.
par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Mercredi 14 mai 2008

Je t’ai revu en songe. Tes yeux. Ils étaient blancs de ces lumières nocturnes que tu uses en romans. Exorbités, papillonnants, toujours pleins de ces larmes que tu draines en rivières. Alchimiste des douleurs de ceux qui ne sont rien, des portes de l’Irlande aux faims de Somalie. On arbore aux chapeaux ta plume de tendresse – ou ta colère aux trottoirs de Paris. Dans mon rêve, j’ai senti tes bras entourer mes épaules d’un geste d’au revoir. Forts et courts à la fois, qui disaient… tant de choses qu’on ne répète pas quand on a la pudeur des pauvresses égarées.

Y’a pas de petit mort. Y’en a que des charrettes, des cadavres d’enfants empilés tête au nord et les pieds en avant.

Je t’ai revu en rêve, et ils étaient tous là, dans tes yeux allumés d’une tendresse mise à mal, en proie à la révolte des mots qui ne passent pas les lèvres, et qu’on écrit enfin pour qu’ils se défilent pas.

Ta lettre était timbrée d’un rouge sombre. Mais pas sang. Plutôt soir grenadine juste avant le violet. Tire les double rideaux, regarde les lumières qui courent sur l’avenue vers où ? On n’en sait rien. Y’a tellement de routes, et c’est si difficile déjà, de suivre celle qui s’ouvre sous nos pas incertains. La tienne est si abrupte. Des fois tu n’es qu’un nom. Un cœur qui bat, qui se pend à une corde, se prend les pieds aux boucles qu’elles font même aux plafonds. Alors tu lèves les yeux vers l’ampoule de néon, tu vides encore un verre, encore un, tu bois trop, et avant que l’aube vienne tu regagnes ton coin d’écriture de la nuit.

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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