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MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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Mercredi 16 avril 2008




Elle est souvent absente, endormie, épuisée. Lorsqu'elle se réveille enfin, je manifeste ma présence et elle m'envoie un baiser, je tends ma joue, elle en dépose un autre, puis un troisième, un quatrième, petite frénésie de tendresse comme une corde lancée depuis le fond de sa conscience. Puis elle me dit je vous aime bien, vous, vous vous appelez comment? Je lui réponds Kiki. Elle secoue la tête mais, c'est pas un nom, ça! Et invariablement je continue, non, c'est mon surnom, celui que tu m'as donné quand j'étais petite, Mamie! L'autre fois, ma langue a tristement fourché vers la vérité, j'ai dit momie au lieu de Mamie. Elle, bien sûr, n'a rien remarqué. Depuis belle lurette, elle ne sait plus où elle est, Alzheimer a fait bombance de sa mémoire, il n'en reste qu'une toute petite frange étroite, l'après de la première guerre, les années 20, les années 30, des morceaux de jeunesse dans lesquels elle se reconnaît, se voit encore, oh, pas longtemps, quelques minutes dans la journée puis ses yeux referment leur émeraude et sa tête choit sur l'oreiller, elle cherche l'air, tousse, se recroqueville, déjà repartie. Elle parle très peu et seulement lorsque l'on arrive à frôler ce territoire fragile où ces quelques souvenirs vivaces gisent encore, neurones Robinson sur l'île déserte de sa mémoire. Ils sont bien peu, piteux, en charpie, comiquement déboussolés, quelques étincelles, SOS de pacotille d'une existence à la dérive. J'ai trouvé un moyen de les faire revenir, de faire parfois, une micro seconde, s'allumer son regard perdu, j'aime ces instants où la porte s'entrebâille légèrement avant de claquer furieusement. C'est, comme si, l'espace de rien, je la revoyais, comme si nos regards enfin se croisaient, comme si, durant ce tout petit moment immense, elle me voyait. Je pose l'ordinateur sur la table devant elle, elle en a pris l'habitude et ne s'étonne plus. Parfois même, elle effleure les touches mais à peine. Je fais alors apparaître sur l'écran une photo précieuse de ces années enfuies et je l'observe en train de scruter le grand écran lumineux. Souvent elle n'a aucune réaction puis, parfois, mirage hésitant, son doigt se tend vers la silhouette qui émerge du passé, elle cherche, c'est dur, puis elle sourit, prononce un nom, de personne, de lieu, des mots sans suite, incompréhensibles pour qui ne connaît pas l'histoire familiale, on entrevoit la perle brillante d'un souvenir puis l'huître du temps se referme, c'est déjà fini. C'était beau. Enfin, presque. L'autre jour, chez elle, j'ai retrouvé un paquet souvenir d'un voyage dans le nord. Des clichés d'une mer dont l'eau trop froide la faisait grimacer et des cartes postales du S/S Liberté (51 840 tonneaux), ligne Le Havre, Souhampton, New-York. Je me suis amusée à faire ce petit montage rigolo et lui ai présenté. Elle n'a rien dit, contemplant vaguement l'écran. De longues minutes silencieuses. Puis: l'eau était froide...Mais ils sont où les autres? Y'avait pas de bateau! M'accrochant à cette lueur, j'ai tenté de relancer la "conversation" en plaisantant un peu mais si, rappelle-toi, c'est le jour où tu es sortie trop vite de dessous l'eau quand le Titanic arrivait, tu t'es cognée la tête dessus tellement fort qu'il s'est cassé et a coulé! D'un coup j'ai croisé son regard en perdition et j'ai eu peur d'avoir exagéré, d'avoir trop sollicité cette mémoire si fragile qui avait oublié jusqu'aux choses les plus simples, les plus évidentes, comment marcher, comment manger, comment sourire... J'ai replié mon matériel, un peu confuse, et tenté de caler sa tête qui dodelinait dans le vide. Elle allait sûrement se rendormir. Je m'apprêtais à m'installer dans le fauteuil près de son lit pour lire un moment lorsque, soudain, elle s'est redressée vivement en disant mais oui, j'ai eu un mal de chien! C'était le jour où... Le reste de l'épopée s'est noyé dans le sommeil qui la gagnait mais j'ai vu longtemps bouger ses lèvres et l'ombre d'un sourire s'y dessiner. Une petite porte s'était ouverte, je l'imaginais en train de se balader sur le seuil, un moment, entre ici et hier...

 

"Je ne savais pas que cela pouvait faire aussi mal. Je ne l'avais pas vu venir. Un grand coup. Le crâne en feu, je perdis la vision...", j'ai souri de ce télescopage involontaire entre mon naufrage-coup de tête du Titanic et le début du livre que j'avais choisi pour lire à ses côtés, ce jour-là: Contes des années folles de Stéphane Koechlin et Sophie K. Je suis arrivée à ce livre via le site Strictement Confidentiel où le frère et la soeur officient en compagnie d'une pléiade d'autres brillants et passionnés intervenants. J'aime beaucoup le travail de Sophie et sa façon d'animer les commentaires du site et j'ai eu envie d'en découvrir un peu plus d'où amazon, commande, délai, réception du livre, pile des lectures en attente, temps qui passe et puis, un jour, arrive le moment où on va lire celui-là et pas un autre, peut-être ce lien inattendu, années folles en écho à ce bout de mémoire éclopée de ma grand-mère, j'ai emporté l'ouvrage avec le photo-montage et j'ai commencé à le lire dans la pénombre douce et le ronronnement diffus de la maison de retraite, cadence fin de vie, no way out, sombre nostalgie et l'éclaircie d'un immense patio circulaire rempli d'arbres et de fleurs. L'endroit et les circonstances d'une lecture finissent sûrement par imprégner les lignes que l'on lit, par y déteindre légèrement, puissamment parfois. "Mes" contes des années folles seront toujours baignés d'inéluctable mélancolie et de l'éclat précieux de ce sourire trop rare perdu dans un sommeil bavard. Stéphane Koechlin a écrit quatre contes que viennent ponctuer les illustrations de Sophie K.: récits et dessins nous baladent dans l'Amérique de l'entre deux guerres, celle du cinéma muet, de la Bible, de la prohibition et de la construction de l'Empire State Building, celle des grands destins et des rêves qui s'écroulent. Cette partition à quatre mains pour mots et pinceaux siffle la mélodie des petites histoires perdues dans la Grande, celle de John Barleycorn, acteur comique des films de Mack Sennett et Chaplin, amoureux sans espoir de la grande star Mabel Normand, étoile muette et filante qui finira tristement sa vie, malade et oubliée, celle du jeune professeur John de Salem qui défend la théorie de Darwin dans un bled paumé du Tennessee face aux lecteurs bornés de la Bible, celle de Louis Bronstein, le fugitif, vendeur d'alcool frelaté, qui voulait faire de sa fille une star du music hall, celle de cet ouvrier italien anarchiste qui participe à la construction de l'Empire State Buiding avec l'intention de le détruire et qui ne le quittera plus jusqu'à sa mort... Dans les phrases de Stéphane et les tableaux de Sophie, tout ce petit monde s'agite joliment, lutte pour se dessiner une vie à la hauteur, avec des couleurs et de la réussite mais, comme souvent, au bout de ces histoires pleines d'espoir pointent l'oubli, l'échec, le renoncement, la tragédie, la mort. Les paragraphes et les dessins du duo d'auteurs se font écho, musique douce et soignée des phrases et des traits, précision du récit et des gestes et puis, soudain, sous la surface des mots et la peinture sage, le bruit des bombes et des coeurs qui explosent, les regards tristes dans les couleurs qui claquent... Stéphane Koechlin et Sophie K. ont écrit un ouvrage élégant et captivant, beau comme un film des années folles dont les trépidations muettes font naître des éclats de rire qui finissent plantés dans les coeurs, y propageant cette maladie douce-amère qu'on appelle nostalgie...

John Barleycorn, le héros du premier conte, désabusé et usé par son expérience américaine, finit par rentrer en Europe. Sur le pont du Queen Mary, il dit à sa jolie voisine: "...je n'ai plus rien à faire aux Etats-Unis. L'Europe va, je l'espère, m'apporter le bonheur." Et, sur la coque du S/S Liberté, moi aussi,  j'espère juste que la tête cognée de ma grand-mère a rapporté quelques images de bonheur... A son réveil, elle a oublié la photographie. Les aides-soignantes s'activent à l'extérieur, c'est l'heure du goûter, elles branchent la radio, l'Amérique, l'Amérique, si c'est un rêve... Lisez les contes des années folles, vous le saurez!

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Mercredi 16 avril 2008

Hé, devant moi, y’a une auto pas banale. Hyper large, toute blanche, avec des chromes qui brillent encore plus que mon argenterie. Sans rire, je sais pas ce que c’est, mais c’est vacheté biau comme automobile. Faut que je la serre un peu pour voir la marque qu’est écrite en tout petit. Immatriculée en californie. Je serre encore un peu, là, encore un peu. Boum. Qué c’est ce con qui pile juste quand j’arrive à la bonne distance pour lire Buick ?

J’ai pas le temps d’approfondir la question, l’américain est sorti de sa caisse, et mâtin, je vous jure que je retiens mon souffle. Le gaillard est aussi chromé que son auto, et putain de beau gosse, mais visiblement pas de très bonne humeur. Il se penche à ma fenêtre en vitupérant des choses pas gentilles en anglais. Je descends de ma caisse, prête à faire des excuses, puis me ravise. Mieux vaut jouer la francophonie. S’il se rend compte que je comprends, énervé comme le v’là, il va me demander des comptes. J’oppose donc à sa diatribe le mutisme de celle qu’en pige pas une bien qu’il me désigne, d’un index napolitain, la rayure sur son pare-choc.

Ho my God, Ho my God, Ho my God.

Je dis ça autant pour calmer le monsieur que pour me calmer moi. C’est qu’il est vraiment vraiment canon. Peut être qu’en lui expliquant tout bien que sa sparkling car blinded me, apologize my négligé but I’m on the road to the detchetry and may I propose you a coffee anyway j’aurais des chances de le voir sourire, mais je sais tout de suite que c’est pas une bonne idée. Je suis grise de poussière, engoncée dans un vieux pull de Jules qui m’arrive aux genoux, le chignon en bataille, sûrement pas au mieux de mes restes d’avantages. Merdalors de merdalors. Je m’agenouille à hauteur du pare-choc et je crache dessus avant de frotter avec la manche du pull. It is rayé je crois bien, dis-je avec un sourire, espérant encore le radoucir.

Ben, c’était pas ça qu’il fallait faire. Il me stare at, éberlué, et remonte dans sa caisse en marmonnant un fucking crone que j’aurais préféré pas comprendre.

fucking crone.

Non mais ho, fucking crone yourself hein, disparaging bastard, si j’aurais su, je te l’aurais niquée pour de bon ta caisse, malotru. Enfin bon, pour le prochain voyage de saloperies, je mettrai une jupe et des talons, comme ça si j’emboutis la Ferrari d’un rital, j’aurai des chances qu’il soit aimable. Le truc con, c’est que je cause pas l’italien.

 

par Marie Rennard publié dans : Petits déboires ordinaires de citoyennes
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Mercredi 16 avril 2008

qui est arrivé(e) ici en tapant dans son moteur de recherches "petites filles sans poils" est prié(e) d'aller se faire soigner avant de succomber à ses pulsions plutôt qu'après. 
Nous tenons par ailleurs à lui signifier d'une part notre plus profond mépris et d'autre part notre maîtrise correcte d'internet qui nous permet de connaître son adresse IP, son département d'origine, et son fournisseur d'accès. A bon entendeur ...

par Maintenant c'est nous qu'on est les princesses ! publié dans : Dura lex
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Mercredi 16 avril 2008

Félicitationssssss à la Grande Princesse Belge Mathilde, qui vient d'accoucher d'une petite princesse Eléonore, quatrième rejeton de la GPBM, et cinquième dans l'ordre de succession au trône.

Ben non, je ne suis pas royaliste, mais une maman, c'est une maman.

 

Ajoutons qu'Eleonore est le douzième petit-enfant du roi et de la reine de Belgique. Enfin, si on ne compte que les officiels, parce que pour le moment, ce n'est pas l'accouchement de la GPBM qui fait la Une de la presse belge mais un bouquin qui doit avoir un potentiel littéraire élevé, "Couper le cordon" de Delphine Boël, la fille illégitime du Roi Albert II. Comme si on coupait le cordon d'avec son père…

 

Bref, vous n'en vouliez pas d'une famille royale, mais je vous jure que c'est parfois rigolo…

Bon, pour me racheter, demain je vous poste un petit article sur un auteur belge sensationnel…

par Irène Grätz publié dans : En direct du Plat Pays...
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Mardi 15 avril 2008
dessin de Magali
 
par magali publié dans : Planches, strips, bulles et belles
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Lundi 14 avril 2008



Hier, j'ai passé une nouvelle fois la soirée au Rio, mon cinoche mythique, la source de mes plus belles émotions cinématographiques depuis, oh yes, trente ans, fleuve irréel, quelques dizaines de rangées de fauteuils rouges agités des remous des coeurs spectateurs, ma frontière à moi, entre réel et imaginaire, mon Rio Grande. Mille fois je me suis jetée dans les profondeurs de l'écran pour traverser et gagner le pays des rêves, movies Inc., et je crois bien que c'est là que j'ai chopé cette maladie de fiction et de voyages, dans le flot des films choisis par Nick, l'ancien propriétaire, l'homme derrière le projo, l'amoureux de la toile, l'âme de la salle. Au Rio, on se fichait bien des sorties officielles, les bons films trouvaient toujours l'écran prêt à les accueillir, en V.O., des films pas toujours faciles, une certaine idée du cinéma, un véritable amour qui ne s'est jamais parfumé au popcorn, c'était dur, souvent ça a failli mal finir, la clef sous la porte mais non. Le Rio est toujours là, Nick, et ça, je sais que ça te ferait plaisir! Et puis d'abord t'es pas vraiment parti, je suis sûre que tu reviens, à chaque séance: hier, par exemple, j'ai bien senti ce souffle léger, la porte à hublot qui s'ouvrait doucement, ton regard sur nos nuques, content, ce soir il y avait du monde. La salle n'est pas très grande, elle a perdu un peu de son charme vieillot et cramoisi à l'aune des mesures de sécurité, les bobines ne crament plus, ah, qu'il me manque ce point de brasier doré qui apparaissait sur l'écran et le mangeait en 5-7, soudain sunset sur la toile, lumières rallumées, changement de bobine, ta tête rigolote, Nick, que l'on voyait s'affairer, là-haut, dans la cabine de projo, les excuses, le petit murmure mécanique et ça repartait. Hier soir, le Rio donnait La visite de la fanfare, un film plein de drôlerie, noyé de mélancolie et de tendresse. Je crois qu'il t'aurait plu, Nick. Merci d'être venu t'asseoir à mes côtés un petit moment, pendant la séance, si, si, je t'ai vu, et je crois que c'est cette visite sans fanfare, la tienne, Nick, du fond de mes souvenirs et de mes émotions, qui m'a le plus touchée...

 

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Lundi 14 avril 2008

Ce matin, je lis dans les journaux belges cette information étonnante. Depuis quelques jours, la rumeur circulait mais je ne voulais y croire...
Pourtant...  

Il apparaît que de plus en plus de futurs profs refusent d'enseigner la théorie de l'évolution de notre ami Darwin et préfèrent revenir au créationnisme. Si, si, cette histoire de Dieu (quel qu'il soit) qui crée le monde.

 

Les officiels du gouvernement* rappellent qu'il est interdit aux enseignants de s'écarter du programme et que Darwin fait foi, ah, ah.

Bon, évidemment, c'est déjà ça, mais cela ne suffit pas à calmer mes inquiétudes persos. Parce que si l'enseignement des sciences à nos mômes est confié à des créationnistes, me semble qu'on va avoir quelques petits problèmes dans les années à venir, question évolution justement.

Non, c'est pas une blague. Et voui, des fois, je me dis que le climat belge n'est pas la seule raison qui pourrait me pousser à déménager…


 

* (mais si, on en a un, maintenant, suivez un peu…)


par Irène Grätz publié dans : En direct du Plat Pays...
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Dimanche 13 avril 2008

 Dessin de Magali


« - Et moi maman, pourquoi je n’suis pas mon nez ?
- Ca t’arrive mon cœur.
- Quand ? »



Lorsque tu passes tout près de la lavande qui déborde sur l’allée et que ton épaule menue s’y frotte, faisant presque apparaître un nuage de son parfum piquant et mauve aussi impalpable et pourtant perceptible et présent qu’un génie sortant de sa lampe, lorsque le regard et les narines attirés par le massif, tu tournes la tête, tout enivrée, et ne peux retenir ta main qui caresse les fleurs naissantes et les bourgeons… tu suis ton nez.
 

Lorsque tu débaroules, le sourcil haut et l’air de ne pas y toucher, dans la cuisine close à l’atmosphère un peu confinée d’où montent à ta chambre malgré la hotte les effluves de compote bloubloutant à fond de casserole, que tu tires ton petit tabouret sous le bar pour te hisser à bonne hauteur et contempler ce qui se mijote, sans mot dire, tes yeux qui pétillent d’impatience et de fringale contenue quémandant la cuillère en bois que je vais bientôt te tendre, soufflant bien fort dessus, la main gauche placée en coupe prête à recueillir la précieuse goutte des gourmandes qui ne manquera pas de choir … tu suis ton nez.

Lorsque tu plonges les doigts et la bouche en bisou dans les poils de ventre du chat abandonné pattes en l’air dans cette position torsadée qu’il affectionne, sa bedaine grassouillette chauffée par le rai de soleil qu’il envahit laissant apparaître ça et là dans la fourrure noire moins dense et duveteuse les tétounes inutiles de mâle dans des touffes blanches, que tu t’étourdis de son ronronnement conquis et t’en relèves l’œil mi-clos, le sourire bienheureux en t’exclamant « il sent le nounours ! » … tu suis ton nez.

par MLG publié dans : Nos lardons
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Samedi 12 avril 2008
  Je vous livre sous forme de cases, les 4 moments de solitude que j'ai pu ressentir dans ma vie...

par magali publié dans : Planches, strips, bulles et belles
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Vendredi 11 avril 2008



J'ai terminé la traduction de

Grief de Andrew Holleran, une expérience passionnante que j'avais évoquée dans ce texte publié par la revue Strictement Confidentiel. Elle paraîtra aux éditions [MiC_MaC] prochainement sous ce titre: Le passant chagrin. J'ai longtemps cherché LE titre français pour Grief. De nombreuses idées me sont venues à l'esprit, on en a discuté avec l'auteur, certaines ont duré plus d'un jour, la plupart n'avait que le charme éphémère de ces soudains petits éclairs de la pensée que l'on s'imagine belles trouvailles sur l'instant mais qui ne sont que des étapes du cheminement créatif. Andrew Holleran s'amusait de trouver chaque matin dans sa BAL l'idée sur laquelle je m'étais enthousiasmée durant la nuit et que je rejetais le jour suivant parce que je savais, au fond de moi, que ce n'était pas encore le bon titre. Un jour il a fini par m'écrire: I think you are having title-mania, something I have gone through so many times. I think titles are so important; when I started out writing, I was annoyed that I had to write stories/books so that I could use my titles. Titles are the most fun. BUT I've learned over the years that they either come immediately, easily, to me, or not at all. When they don't come naturally, and you have to think and construct, it rarely works. I am about to use a bad title, in fact, because of that. There's no way around it. Je me suis dit qu'il avait sûrement raison, qu'il fallait se mettre d'accord sur un titre et puis basta, il y en avait un qui nous plaisait bien à tous les deux, banco. Mais...ça me turlupinait encore. Une nuit que mon sommeil avait cassé sa laisse et s'était enfui par la fenêtre ouverte, j'ai longtemps zyeuté dans les nuages sombres espérant le voir revenir, nez au vent, pattes en sang, affamé, épuisé de cette escapade insensée, j'ai sifflé en vain l'air de passiflore et valériane, pensant qu'à force de regarder les légères danseuses de vapeur qui s'échappaient de la tasse, un rêve allait bien finir par se prendre aux arabesques de leurs pas hypnotiques et s'y laisser infuser, que dalle, l'azor n'est pas revenu alors, lasse, j'ai allumé la lumière, choisi un ouvrage dans la pile des livres qui me font chevet, me font rêver, Les Fleurs du Mal, et je l'ai ouvert au hasard, à ce bel hasard-là:

 

A CELLE QUI EST TROP GAIE

Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime!

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein;

Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur!
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma soeur!

CHARLES BAUDELAIRE, LES FLEURS DU MAL. 


 
Le passant chagrin... C'était LE titre, je l'avais! Dans la première édition des Fleurs du Mal, ce poème a été censuré par les juges qui ont qualifié les deux dernières strophes de "sanguinaires et obscènes". Elles prennent un écho bien particulier, associées, même indirectement, à Grief dans les pages duquel le narrateur évoque si souvent ses nombreux amis morts du SIDA... Voilà, c'était une belle aventure, merci Andrew, merci Charles, merci insomnie et bel hasard... Quant à vous, j'espère que vous aurez envie de "nous" lire!

par Christine Spadaccini publié dans : Mot à maux
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Jeudi 10 avril 2008
 
 
par magali publié dans : Planches, strips, bulles et belles
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Jeudi 10 avril 2008



J'ai un problème avec les pubs ...


J’ai beau me répéter que, justement, ce ne sont que des réclames, comme disait ma grand-mère, je ne peux pas m’empêcher de les regarder, de les commenter à haute voix, d’appréhender la motivation du publicitaire par rapport au produit… Franchement, ça craint. Et plus ça craint, plus je reste collée à l’écran, dans l’espoir vain d’une illumination soudaine. 

Prenons l’exemple de la pub pour le dentifrice Candida, diffusée sur M6.

Vous avez là un prototype de mâle gaulé comme un prince (et encore, je dis ça, mais pas dans le sens vrai prince de la royauté, parce que, entre nous, rien à voir avec Albert de Monaco. Non, non, par prince, j’entends musclé des biceps, triceps, et tous les autres ceps, plaques de choc, les bras comme mes cuisses, etc.) Donc, ce magnifique spécimen, la virilité drapée d’une minuscule serviette de bain, enchaîne quelques pas simulant un match de boxe, ses petits poings serrés, tout en se mirant dans le miroir, forcément. Première impression : il doit s’agir d’une pub vantant les mérites d’une salle de sport ou d’engins de musculation, genre step-step-bodystep-j’veux bien te tenir les mollets pendant que t’entraînes tes abdos, mon p’tit biscuit. Mais que nenni ! Sans prévenir, voilà-t-y pas que Barracuda se saisit prestement de sa brosse à dent, et, qu’il est bête, se met à brosser ses dents recouvertes d’une protection en plastique. A chaque fois que je la vois, c’est pareil : je ne peux pas m’empêcher d’interroger la télé sur le rapport qu’il y a avec le dentifrice. Si quelqu’un a une idée, je suis preneuse.

Une qui m’énerve aussi beaucoup, c’est la pub pour les pralinés Lindt. Pendant tout le clip, on espionne un grand chef pâtissier (sûrement un chef cinq étoiles, parce qu’il porte un iiiiimmmmeeeense chapeau de confiseur et une veste cousue de fil d’or, ça rigole pas) préparer délicatement, et à la main, des petits pralinés de chocolat. Faut le voir œuvrer, c’est impressionnant. Il dessine toutes les lignes des bonbons à la poche à douille, dépose à la pince à épiler les amandes sur les rectangles ganachés, pour ensuite les coucher un par un dans la cuvette préformée.

Sincèrement, vous croyez vraiment que, chez Lindt, ils ont embauché un gars qui passe sa journée à confectionner à la main TOUS les pralinés des milliers de boîtes produites quotidiennement, pour ensuite les glisser amoureusement dans le carton ? Hein ? Vous le croyez ? Sans vouloir créer de traumatisme, je me sens obligée de vous révéler la vérité : tout ça, c’est des conneries. Première étape, si l’on excepte la préparation des masses chocolatées, les pralinés sont extrudés en industrie, par des dispositifs conçus pour en produire des tonnes à l’heure. Dans un deuxième temps, la mise en cuvette est effectuée par un bras robotisé plus rapide que l’éclair, qui ferait pâlir de jalousie l’homme qui valait trois milliards. Ensuite les boîtes défilent sur un ruban et sont finalement cellophanées par une troisième machine. L’ensemble de la procédure se déroule sous l’œil attentif de dizaines d’ouvriers qui, en guise de chapeau, portent des filets qu’on appelle des charlottes et qui ressemblent étrangement aux culottes qu’on vous donne à la maternité après l’accouchement. Je sais, c’est rude, mais il fallait que vous le sachiez. Cela n’enlève en rien le goût du chocolat, mais qu’on arrête de nous prendre pour des cons, siouplaît. 

Et l’autre, là, la mère de famille super conciliante qui accepte sans broncher de se retrouver à vingt-cinq pour le repas du soir, parce que le reste de son ingrate famille invite tous leurs potes et collègues de boulot sans prévenir, et ça, bien sûr, cinq minutes avant de passer à table ! Je n’ose pas imaginer la scène chez moi : « Maman, ça sent un peu bon ce que tu prépares, alors je me suis permis d’inviter l’ensemble de mon équipe de foot à dîner, ça t’embête pas ? »

Mais elle, ça ne lui pose aucun problème : elle rajoute des chaises en sifflant et ouvre une boîte de conserve supplémentaire, sans se départir de son sourire bécassine.

C’est comme les crèmes Danette. Je voudrais bien voir mes voisins débarquer chez moi avec leur cuillère pour bouffer mon stock de Danette. Dans la pub, ils sont contents jolis de nourrir tout l’immeuble, qui, soit dit en passant, n’à rien d’autre à foutre que d’écouter aux portes. Parce que ça va bien, là, mais s’ils entendent le bruit émis par l’ouverture d’un opercule de yaourt, Dieu sait ce qu’ils écoutent d’autre… 

Quant aux pubs pour les enfants, c’est pire encore. Je me réjouis du jour où une gamine mal élevée voudra me piquer mon gobelet de coca au Mc Do. Peu de chance que l’envie lui reprenne un jour… Non mais !
par Marie-Christine Buffat publié dans : Vous vous en foutez mais ...
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Jeudi 10 avril 2008

Les banderoles, t shirts, pin's, badges "MA PLANETE JE LA VEUX DURABLE". Je comprends pas. Quoi qu'il arrive, avec ou sans l'humain, elle s'en fout la Terre, elle continuera.
A la rigueur "MA PLANETE JE LA VEUX DURABLEMENT VIVABLE POUR L'ESPECE HUMAINE" je comprendrais la revendication. Mais là, non. A l'échelle de l'évolution, qu'est ce qu'on en a à carrer de l'humain ? Et surtout, qu'est ce qu'elle en a à carrer, la Planète ? C'est pas un tout ptit peu hypocrite ou franchement con d'imaginer que la fin de l'humain c'est la fin de la Terre ?

par MLG publié dans : Tâchons de comprendre ensemble
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Jeudi 10 avril 2008

L'heure propice dépendait de l'espèce recherchée.  Mon père marquait une préférence très nette pour les diurnes, frêles, qu'on attrape à la volée, et nous partions souvent après ma sieste. Le gros corps des nocturnes le dégoûtait un peu je crois, et demandait un travail de mise en forme s'apparentant pour certaines espèces à de la taxidermie miniature peu ragoûtante.

On m'oignait de crème solaire qui sentait le ballon de baudruche, un large chapeau de paille noué autour du cou me protégeait la tête et les yeux, j'enfilais des chaussettes de coton qui grinçaient légèrement contre la moiteur de la peau et qu'il fallait tortiller méthodiquement alors que j'étais affreusement pressée, puis je laçais mes chaussures, sandales de cuir semi-ouvertes laissant respirer la peau, et attrapais enfin mon petit filet de treillage fin, vert, rigide, en cône, chinois agrémenté d'un manche, que j'avais déposé la veille dans le porte-parapluie. En Luberon, un porte-parapluie l'été ne sert guère qu'à cela...
Mon père possédait, lui, un immense filet de gaze grise qu'il portait nonchalamment sur son épaule libre ; le moindre souffle d'air le faisait flotter derrière lui, étendard imposant et léger où se prenait souvent un insecte indésirable que l'on délogeait avec plus ou moins d'égards selon son statut. Les piqueuses avaient ainsi droit à toutes les précautions : ma mère et moi nous écartions à cinq ou six pas tandis que mon père leur indiquait prudemment la sortie ; il arriva souvent qu'elles tournoient agacées autour de lui en rondes saccadées, exaspérées et bruyantes, et j'admirais, terrorisée, l'audace de ces bêtes minuscules. Ma mère, allergique, serrait un peu plus fort ma main, et contrôlait une fois encore la présence dans la besace de l'ampoule de polaramine.
Nous marchions sur deux lignes, frappant les herbes hautes du chemin de nos bâtons. Quelques jours plus tôt, ou l'année d'avant, ou peut être cela se produisit-il plusieurs fois, mon père était revenu blême, migraineux et l'estomac retourné d'une promenade solitaire : il avait dérangé dans son hébétude brûlante une vipère enroulée sur elle-même qui, surprise et retraite coupée, s'était dressée en sifflant. Nous en avions tous tremblé, et cette menace permanente qui cachait dans chaque touffe sèche des serpents fantasmés qu'il fallait avertir assez tôt et faire fuir transformait ces balades en aventures de pilleurs de tombeaux. Sans doute, nous empruntions toujours les mêmes chemins, mais nos découvertes étaient toujours différentes et je ne garde que la mémoire des trésors révélés.
Mon monde était peuplé d'un bestiaire fabuleux. Machaons, porte-queues, flambés : mes zèbres ; petites tortues, grandes tortues ; chenilles de toutes les couleurs, hérissées de piquants factices, cornues, immenses, poilues, que nous regardions dévorer une feuille assez longtemps pour entendre le bruit de leur mastication goulue et méthodique ; coléoptères bleus et verts métallilsés dévoreurs de souches pourries ; larves grasses à la blancheur translucide révélant leurs organes fragiles ; fourmilières de la hauteur d'un homme abritant des millions d'individus et qu'on sentait vibrer autour de soi ; rhinocéros, lucanes, coléoptères énormes au vol diagonal bruyant et lourd, qui venaient parfois s'écraser contre un arbre, recrus de fatigue.
Lorsqu'enfin après plusieurs essais et des captures inutiles, mon père apercevait le papillon de ses rêves, je le regardais s'agiter dans un ballet tour à tour grâcieux et cocasse, le geste précis et technique se muait dans la précipitation en gesticulations burlesques - parfois malgré lui parfois pour m'amuser je gage, qui le faisaient souvent éclater de rire. Enfin, il l'avait attrapé ! Il le guidait vers le fond du filet, expulsant autant que possible les indésirables pris avec lui dans la nasse, et me le nommait. Mâle et femelle étaient aussi bizarrement assortis que peuvent l'être parfois les gens, l'un petit et trapu et terne, l'autre vaste, coloré et grâcieux. Le Petit Sylvain, le Vulcain, le Mars, tombait dans son bocal de collecte, lesté de plâtre cyanurisé. Je détournais la tête tant que durait l'agonie ; je nous sentais un peu sales, voyeurs ; cette mise à mort mettait aussi un terme à la promenade et je savais qu'au retour il faudrait apprêter l'insecte, étendre ses ailes avec mille précautions, pinces à la main, le maintenir ainsi écartelé par de fines bandelettes piquées dans les supports, un pour chaque aile, de part et d'autre du corps, puis laisser sécher... C'était moins joli que la chasse. 

 

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : C'était booon
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