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MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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L'historique

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Mercredi 7 mai 2008

A valser inégales dans les bras de l’ennui on finit toutes obèses d’un chagrin militant. Un deux trois, un deux trois, j’y vais, dis ? J’y vais pas, ou bien j’irai peut-être, si la confiance me vient comme la moutarde au nez, comme le mou tard honni, comme la peur au ventre et le frais dans le vent.

A valser inégales dans les bras d’autres vies, on oublie nos envies et nos dévies d’avant, quand on avait des couettes et des souliers vernis, quand on rêvait de cirque et de tambours qui roulent pour nous dire attention à la péripétie. On s’écarte, inégales, des bras de nos envies pour finir sur le banc d’un espace public où y’a plus rien de nous, que des esquisses floues aux nuages du temps, qui dessinent à peine des destins écartés, des conditions passées, ratées –définitivement, d’un aurait pu, peut-être, ou bien alors demain, quand on aura des dents.

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Mardi 6 mai 2008

Il y a un moment déjà, j'ai découvert ce livre tout à fait passionnant, d’une poétesse dont j’ignorais même l’existence et dont j’ai pourtant découvert la valeur au fil de ce texte. Cela m’a bien évidemment donné envie d’en savoir plus et aussi de partager cette découverte.

 

Anna Wickham est donc la poétesse dont je parle et le livre en question est intitulé Prélude à un nettoyage de printemps, publié aux Editions des Cendres.

Anna Wickham est en fait le pseudonyme de Edith Alice Mary Harper, née en 1884 et qui s’est suicidée en 1947. Ce livre est cela : un récit de sa vie, mais surtout mené par le désir de réfléchir et d’expliquer comment elle en est venue à l’impossibilité de continuer à vivre bloquée entre deux tensions : le désir d'une part d’être une femme respectable, une bonne épouse et une bonne mère et qui s’exprime par cette idée du titre de vouloir avoir fait au moins une fois le ménage correctement dans sa maison, et d’autre part son désir de chanter, son ardent besoin d’écrire.
Quand le fourneau sera bien propre, écrit-elle, j’ouvrirai le gaz...

Il y a des accents à la Virginia Woolf dans ce texte étonnant, et qui ne sont – à mon avis – pas dus à la seule époque. Le modernisme de certains passages est tout à fait étonnant. Le ton est cynique et acerbe, par moments, devant des réalités tout aussi dures.

Anna analyse notamment les relations avec ses parents, avec son mari aussi et arrive de façon poignante à un constat d’échec. Entre séjours en hôpitaux psychiatriques et salons littéraires contre l’avis de son mari, elle essaye vainement de se faire une place dans un monde des lettres qui l’a rapidement oubliée.

 

J'ai pensé à ce livre terrible et formidable ces jours-ci, car suite au dossier Camille Claudel du Figaro, je lis à gauche et à droite des inepties au sujet de Camille qui, si elle a été une grande artiste, "était aussi folle à lier, ne l'oublions pas", dixit.

 

C'est pas faux. Oui, enfin, bon, folle à lier. Virginia Woolf aussi. Et Anna Wickham de même.

Ces princesses-là me semble-t-il, étaient surtout atteintes d'une maladie qui fut terrible pendant longtemps, irréversible qui plus est : être une femme et de talent.

par Irène Grätz publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Lundi 5 mai 2008

"Undeuxtroisquatrecinq" 

très vite "undeuxtroisquatrecinq"
les orteils "undeuxtroisquatrecinq undeuxtroisquatrecinq ! ... Elle est normale !"
Après six mois d'une grossesse épuisante, saignements, col ouvert à douze semaines, cerclage, des injections d'hormones et des dosages hebdomadaires, l'alitement forcé complet de la gestante ... on n'y croyait plus guère, que je fusse pas contrefaite ! Quel soulagement ! Quasi un miracle, que j'étais !

Ma tante sage-femme n'avait pas voulu me faire naître, trop lourde responsabilité ou pas envie peut-être d'imposer cette intimité là à sa belle-soeur, sur le coup tout le monde s'en fiche mais ça crée un peu trop de liens cette proximité. N'empêche, elle n'était pas bien loin ! et je gage que c'est une des rares fois de l'année où l'accouchée sitôt délivrée se vit remettre une flûte et trinqua goulûment avec toute l'équipe soignante, tout en tapant dans la réserve de cifflard de la salle de garde ! Ah je suis née dans la joie et la bonne humeur, on peut pas dire le contraire. C'était un joli dimanche de mai, vers midi, et ma venue au monde était l'épilogue inattendu d'un dantesque fou rire.

Ca remonte à, ben oui, pile trente-quatre ans aujourd'hui dites donc cette plaisanterie. Je n'en garde guère de souvenirs, une vague sensation de libération, de suffocation qui s'estompe, la reconstitution de cette découverte de la lumière et les poumons qui brûlent intensément. Pas le moment le plus palpitant d'une vie somme toute.

C'est pas bien vieux trente-quatre ans 'spas ?
Qui croirait qu'en ces temps si proches de nous, prétendument civilisés, on demanda à mon père de choisir, en cachette, qui de la mère ou de l'enfant il faudrait sauver en cas de souci majeur ... ?

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Féminisme sans poil aux pattes
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Lundi 5 mai 2008

Un petit beurre de Touyou

Un petit beurre de Touyou

Un petit beurre de TOUUUUUuuuuuyouuuuu, Mariléti !

Un petit beurre de Touyou !

par Les zôt' Princesses publié dans : Vivons heureuses !
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Dimanche 4 mai 2008

"Maman, tu pourras venir avec moi à la vouariderie ?"

Je suis déjà dans la cuisine, la tête dans le réfrigérateur pour faire un -très - bref inventaire du vide sidéral qui l'occupe ... ce sera donc purée rose (mousline - jambon mixé). Je retire la tête du fridge, et exprime mon incompréhentude manifeste par un laconique "GNE ? PARDON ?" tout en me dirigeant vers  l'armoire placard. C'est foutu pour la mousline, y'a pu de lait. Bon, voyons le congélo ... 

"Maman, tu pourras venir avec moi à la vouariderie S'IL TE PLAIT ?"

Ah oui c'est bien ça : c'est pas mes oreilles, c'est sa bouche. Je délaisse donc un instant ma recherche de menu et passe la tête par la porte de la cuisine.

Aux lèvres un sourire à faire fondre un Philibert Globule constipé, Mathilde me regarde pleine d'espoir, assise par terre, tirant sur ses lacets emmêlés et double-noués par la main agacée d'une ATSEM prévoyante lasse de les lui refaire douze fois par récré, lunettes de guingois et cheveux en pétards, sa cagoule juste à côté d'elle. 

Tout en m'agenouillant devant elle pour lui ôter ses super chaussures vernies (quelle idée il a eu, le Viking, de lui acheter ces trucs à lacets alors qu'elle sait pas les faire, j'vous jure) double, triple, quadruple-nouées, je m'enquiers plus explicitement :

"Zouzou, je sais pas si je suis bouchée ou si tu as mal compris un mot mais je comprends pas ta phrase. Tu veux que je t'accompagne OU ???"

Elle fronce les sourcils, contrariée, et un peu concentrée aussi. Elle essaye de se rappeler la phrase de la maîtresse.

"Ben tu sais, la vouariderie ! (mimique débile de la mère qui n'a toujours rien compris ....) .... Tu sais !!! Là où on va avec l'école pour apprendre à planter des petites graines qui font des plantes".

"Jardinerie ! comme jardin ! Jardinerie mon bébé, jar-di-ne-rie"

"Oui oui, jardinerie, je sais l'dire-euh"

"Ah non moi c'est pas Oui-oui, c'est maman"
Private joke, elle est toujours morte de rire ...

"Ben non je pourrai pas t'accompagner mon coeur, je bosse moi vendredi ..."

Elle se ferme complètement ma ptite huître boudeuse.

"Eh ben Fabian sa maman, ELLE, elle vient toujours quand on va dans des activités ! et même la maman d'Arman !"

"Oui je sais, même que tu m'as dit qu'Arman il fait encore plus de bêtises quand sa mère est là ... mais c'est parce qu'elles, elles restent dans leur maison, elles travaillent pas comme moi, dans un bureau, tu vois ? Elles s'occupent de leur maison, parce que ... parce qu'elles ont choisi ça, et puis parce que leur mari il gagne sûrement beaucoup d'argent, et puis ... "

Je suis un peu à court, je n'ai pas envie de glisser des idées dans sa petite tête, mais y'en a déjà !

"Et pourquoi tu fais pas pareil toi ? en plus t'as un super ordinateur tu pourrais travailler dessus ? Et puis papa il gagne plein d'argent ! Ce serait drôlement bien !"

"Ben moi j'ai pas très envie tu vois ma grenouille, de rester à la maison, c'est pas trop mon truc, il faut vraiment avoir plein de sous et très très envie pour le faire"

"C'est même pas vrai ! la maman de Fabian elle a pas plein de sous, même que tu lui en donnes tous les mois ! et quand même elle travaille pas !"

"Ah mon coeur des fois les gens ils choisissent pas de ne pas travailler tu sais ... la maman de Fabian elle aimerait bien travailler je crois mais elle trouve pas de travail, alors comme elle te garde tous les soirs je lui donne des sous tu vois, mais c'est pas beaucoup c'est pas un vrai travail de tout le temps"

"Pourquoi ?"

A ce stade de la conversation, je me rappelle soudainement que je dois préparer le dîner et je fuis lâchement dans ma cuisine, poursuivie par un "Hein dis, pourquoi ?" très très insistant.

"Parce que ... parce que ... " Je voudrais lui expliquer tout plein de choses, là, tout de suite, mais je dois faire attention à tellement de trucs ! Au fait que la maman de Fabian est mon amie, qui me la récupère tous les soirs à l'école, et que tout ce que je vais dire risque de lui être répété tel que compris, donc passé au crible des interprétations enfantines, à l'image qu'elle a déjà dans sa petite tête de la femme qui-reste-au-foyer et de l'homme qui-rapporte-les-pepetes ... Ouille ouille ouille que c'est compliqué. Je botte en touche pour ce soir.

"Eh tu sais quoi ? on va faire des crêpes !"

"OUUUUAAAAAAIS !"

Ouais ... seulement j'ai toujours po d'lait ...

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Nos lardons
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Dimanche 4 mai 2008

  Dessin de Magali


Pas la mienne, non, celle de Toni Bentley, The Surrender en VO, que mes subites 747 ardeurs ménagères matutinales et mon chiffon-zinc maladroit ont envoyé en valdingue, sur le parquet, avec le reste des dizaines d'étages du WTC de mes bouquins de chevet. La tour nord des livres lus a chu la première. L'autre, sud, de ceux encore à lire, je l'ai rattrapée à mi-chute, amis, chut, je suis désolée, TC Boyle et Louis de Bernières, Vargas Vila et Jamel Balhi, Robert McLiam Wilson et Gérard Oberlé, Bob Kauffman et Nicolas Bouvier, Laura Esquivel et Kenneth White et tant d'autres attendent là, sur le trottoir de mes rêves où je les ai empilés depuis des semaines, Macadam Claude, proxélettres, que je les ouvre enfin. C'est la Bentley qui a roulé le plus loin, cul par dessus tête, tranche de papelard offerte, comme une invit' à la prendre en levrette...euh...en lecture, je choisis une page au hasard, je vous la donne en mille, c'est la dix, elle se finit par: Enter the exit. Paradise waits. Me revient alors en mémoire cette soirée tristement grandiose et solitaire (comme un diamant et non pas vide), il y a quelques temps, durant laquelle je suis partie à l'assaut de ces pages-hommage à la sodomie, bel ouvrage... J'avais pécho dans la cave à Jo, RIP Pappy, sous un cageot pourav', deux jumelles AOC miraculées, famille Corton, filles d'une grande année, 1985, qui dormaient, oubliées, sacré sacrilège. J'avais un chagrin à noyer, un immense, il y fallait bien un grand cru et, pourquoi pas, ce bouquin qui offrait un Niagara de reins, splendide chute en couverture, soirée grise et grivoise, histoire de vin et d'O, ça me semblait bien. Ce le fut. Au petit Jésus nu dans son verre mon palais a offert sa culotte de velours et cette côte-là est tellement...Beaune que je l'ai descendue jusqu'à la lie, seule dans mon canapé-lit en lisant Toni. Sa reddition est une grande love story, à placer dans les anales de l'amour, si, si, avec un seul "n", celles du back. Did the love or the sodomy come first? Love grows from lust. This I know. Besides, I don't trust love. I've heard it declared too often. But I trust lust completely. Assauts dans l'alcôve et alcool à seau j'étais cuite à souhait, prise au lasso des degrés et lascive et lessivée, trempez-moi dans l'O, trempez-moi dans lui, pourvu qu'il n'en sorte pas un escargot tout chaud, oups... Le livre de Toni Bentley est beau, impudique, sincère, drôle, avec un trou du cul, le sien, comme intro au divin. Elle était dessous, j'étais saoûle, ai-je vraiment rendu justice à cet ouvrage en le faisant étrange et puissant taste-vin ou bien le vin en a-t-il été l'exhausseur? Les extraits relus ce matin dégageaient toujours ce charme trouble et fort. Le livre ne doit rien au cépage, juste à ses pages... Laissez-vous pénétrer. 

 

Toni Bentley, The Surrender : an erotic memoir, Reganbooks, 2004, traduit par Isabelle D. Philippe sous le titre « Ma reddition : une confession érotique », Maren Sell éditeurs, 2006.

 


 

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Samedi 3 mai 2008



Partie surfer au net pour trouver une paire de mitaines en dentelle (oui, j’ai de ces petites fantaisies vestimentaires dont je ne saurais me passer), les miennes ayant succombé à l’usure, je tapai dans google accessoires féminins.

 Je fus orientée, en toute bonne logique, vers les Galeries Lafayette, qui livrent dans Paris en trois heures (on n’arrête pas le progrès). Mais de mitaines, point. Des casquettes, des ceintures, des chaussures, tout un fatras divers, mais rien dont j’aie besoin dans l’instant. J’allai donc déserter les grands magasins virtuels afin de poursuivre ailleurs ma quête, quand une ligne retint mon attention dans la colonne de gauche. Entre le rayon petite maroquinerie et celui des lunettes de soleil, on proposait un choix de sex toys chics. Hop, je cliquai, curieuse.

Funérailles, si qu’on m’aurait dit ça, j’y aurais point cru.

Du contour en or 24 carats (359 euros) à la cravache lux me (mais pas avec les pieds !), disponible pour 229 euros, je découvris un étalage d’instruments de stupre aussi déroutants que financièrement inabordables aux salaires moyens. Cache téton à 229 euros (la paire, faut quand même pas pousser – et le système de fixation reste un mystère) vibromasseurs à plumes en forme de canard de bain et autres accessoires pailletés que la décence me retient de détailler, bref, je quittai le site perplexe.

N’est-il pas plus sensé, quand se sent la fantaisie de cravacher le monde, de s’aller couper une badine de noisetier, au moins aussi flexible que le nylon, et qu’on pourra à peu de frais rendre avantageusement brillante en cernant sa partie préhensile de papier alu ?

Ou bien l’ostentatoire dispendieux serait-il, en matière de cul, aussi prisé que la jag en matière de drague ?

Faudrait faire un retour dans les siècles passés pour savoir si l’étalage des Galeries Lafayette est une de ces nouveautés dont elles ont le secret, ou bien si de tous temps les élites ont eu du goût pour les godemichés ornés de strass.

Enfin, j’ai fini par revenir de mes éberluements et trouvé des mitaines super sexy pour 7 euros, ce qui est somme toute raisonnable, surtout que c’est le genre de choses qu’on peut laisser traîner dans son sac sans avoir à rougir quand une copine met la main dessus en cherchant des kleenex.

par Marie Rennard publié dans : Libido, sexe, et crudités
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Samedi 3 mai 2008

J'ai eu froid ce matin au réveil, la tête brumeuse, la fenêtre était ouverte et les volets entrebaillés, le chat tapi dans un repli de couverture n'avait même pas esquissé un mouvement pendant la nuit pour aller chasser des ombres de chauves-souris. Je me suis dépliée, j'ai passé en revue mes courbatures, mentales et physiques, un coude qui grince, un sourire à huiler ... J'aime me réveiller tôt le dimanche, la sensation de grapiller du temps, sur quoi ? , vient colorer délicatement d'orange toutes les impressions qui surviennent; l'odeur même change deux heures après, une fois le soleil et les humains levés, la pollution remise en branle. Je m'assieds au bord du canapé, les deux pieds bien à plat éprouvant la tiédeur du parquet, je pousse mes mains jointes bien au-dessus de ma tête, mes épaules roulent un peu et se réchauffent; je serre les poings, un arc de cercle avec les bras, et le premier baillement, interminable, les oreilles qui se rebouchent une seconde et le sommeil qui menace de me happer pour un rappel. Je ne cherche pas mes chaussons ou chaussettes, le souvenir du monde environnant remonte par les pieds nus : la chambre, parquet, la cuisine, carrelage froid, la salle de bains, carrelage souvent tiède. Je me coule dans une robe très douce, au tissu lourd, qui vient caresser mes chevilles, j'éclabousse un peu nez et paupières, vain essai pour tonifier les chairs fatiguées des fins de semaine, je brosse mes cheveux sur le côté gauche, puis droit, puis gauche. Après avoir, par des ruses de séduction quotidiennement renouvelées, attrapé et rangé le chat, j'ouvre tout grand les volets, je me fais mon opinion sur le temps possible avant de l'entendre énoncer sans coup férir par mon monsieur météo du matin. J'aime qu'il fasse un peu frais, pour le frisson contrastant avec la moiteur du lit et des draps, rupture bien nette, la pluie même ne me déplaît pas, elle m'assurerait une promenade paisible et solitaire; je fixe le plus souvent un but géographique à ces errances, je ne l'atteins jamais, mes pas me ramènent à la maison ragaillardie plus tôt que je ne l'avais prévu.

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : C'était booon
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Samedi 3 mai 2008



C’est l’histoire d’un mec qui monte dans l’autobus S, place de Champerret, et se retrouve face à un jeune quidam affligé d’un cou démesuré et affublé d’un galure sans allure aucune, une corde tressée en ceinturant la base au lieu de l’habituel élégant ruban. L’escogriffe mal attifé est, qui plus est, du genre grincheux qui sort ses griffes puisqu’il se met à apostropher sans retenue son plus proche voisin, l’accusant de lui écraser les panards chaque fois que d’autres voyageurs montent ou descendent de la plateforme de l’autobus. Mais, comme il est pleutre, peuchère ! N’attendant pas la riposte de son agressé, il se jette dans les bras du premier fauteuil qui se libère.

Par extraordinaire, l’affaire ne se termine point là : ce même mec reverra, deux heures plus tard, la girafe mal chapeautée paradant sur le parvis de la gare Saint-Lazare en compagnie d’un autre parvenu de son acabit qui parvient à le convaincre que son pardessus souffrirait la pose d’un chancre…euh…bouton supplémentaire pour en diminuer l’échancrure…

 

Et c’est l’histoire de ce mec que Queneau va décliner de façon jubilatoire au long de 99 saynètes contant cette toujours même histoire tout en comptant autant de styles différents. Il l’écrit à la désinvolte, façon lettre officielle, en alexandrins, métaphoriquement, comme dans un rêve, par onomatopées, avec précision, sous forme d’arc-en-ciel, en javanais, et cetera, et cetera, et chaque fois le scélérat y excellera, chapeau bas, Raymond, avec une tresse de lauriers ! C’est trop bon, truffé de perles et de trouvailles, d’humour et de talent : 150 pages de purs petits bonheurs littéraires et lecteurs. Moi, quand je serais grande je voudrais faire Queneau ! Aïe, ça donne quoi au féminin, ça ? Quenelle ? Merde, j’ai pourtant plus d’ambition que ça, finir en saucisse, sacrebleu ! Quenouille alors ? Cela me convient déjà mieux, j’ai l’habitude de filer un mauvais coton... Nan, le bon féminin de Queneau, c’est Quenotte parce que, vin Dieu, ça donne les crocs, de lire Queneau, ça donne envie de mordre dans du verbe et de l’adjectif, de s’empiffrer de mots, d’assaisonner de la phrase, de trucider du sens sans décence aucune puis de le ressusciter ni une ni deux sur l’autel littéraire, merci ma muse de cette page vierge, si vous saviez comme je m’amuse ! Donc moi qui me prends pour Queneau, j’ai prétentieusement décidé d’amener ma quenotte à l’édifice et d’écrire ici même la 100ème saynète, manière d’hommage en mode vibrant : celui-là, il ne pouvait pas le faire puisque les SMS n’existaient pas de son temps ! Alors, cher Raymond, avec 160 (et mon sale) caractères, et mon plus profond respect, cette version texto :

 

Kiki QQ. à Raymond Q.

03/05/2008    12:14

Jeune blanc-bec au cou bunsen & coiffe pas zen monte in Ze bus S, s’frite avec son voisin qui manque de l’encorner : la peur lui en pousse un bouton sur le col !

 

Scusi, Raymond… Quant à vous, foncez vous délecter de ce grand morceau de bravoure !

 

Raymond Queneau, Exercices de style, Folio 1363, 2007

* : in « Maladroit », p 80

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Vendredi 2 mai 2008


Le temps est hésitant aujourd'hui. Moi qui rêvais de me vêtir légèrement d'une robe un peu évasée, en corolle, et d'aller promener ma nonchalance dans les jardins du Luxembourg, il me faudra patienter encore un peu. J'attends l'été plus avidement qu'une abeille, comme elle le soleil me fera renaître à la vie, mon sang délicatement tiédi par ses rayons parviendra enfin à réchauffer un peu mon coeur. J'aspire à l'étouffement que l'on tamise sous un marronnier, en écoutant les cris et les rires des enfants dans le bac à sable. Les sandales largement découpées poudrées par les volutes de sable que la brise et la chaleur soulèvent par bouffées, la peau brillante et colorée, je cèderai en riant aux invitations des amies, nous irons tremper nos petons dans une fontaine. Ah, le délice de me sentir une seconde gagnée toute par l'engourdissement glacé qui m'envahit par les orteils ! je savourerai le long frisson dessiné en arc électrique le long de mon dos, puis je poserai mes pieds transis sur la pierre tiède de la fontaine, je sens sa texture rapeuse contre ma peau, je respire tout contre elle. Nous nous tiendrons silencieuses, les lunettes de soleil nous dissimulant les unes aux autres mais un même sourire de connivence aux lèvres, nous observerons les passants, les passifs, les hallucinés à demi dévêtus affalés sur les chaises vertes artistiquement dispersées autour des points d'eau, les parents attentifs les yeux félinement mi clos et sursautant avec un cri pour corriger l'exécution d'une magistrale bêtise pourtant si tentante !, les amants fatigués et heureux cuisant côte à côte les mains nouées, promesse d'une communion plus intime attendue avec la nuit et sa fraîcheur, les solitaires, les esseulés, les adolescents en quête d'une identité façonnée dans le regard des autres et parlant très fort et en bandes, les romantiques affrontant, le regard crispé et les yeux desséchés, l'insoutenable luminosité d'un livre dont ils ne peuvent différer plus longtemps la découverte ...
par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Vivons heureuses !
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Vendredi 2 mai 2008
dessin de Magali 


Reprenons l’histoire, engagée voici dix huit mois maintenant. Vous vous souvenez que, refusant de le ramener à Providence, je l’avais rendu à la sauvage nature, sûre qu’il se débrouillerait fort bien tout seul. Tellement bien que ce crétin, après avoir parcouru vingt kilomètres de forêt, était revenu at home sans coup férir. M’étant intérieurement promis que s’il réussissait ce coup là il aurait gagné la partie, je le ramenai à Providence, à la condition expresse qu’il demeurerait sur le balcon. Geignement des enfants, c’est de la maltraitance (maltraitance, non mais ho, je le nourris et je le loge, faut quand même pas pousser hein). Bref, voici dix jours, mes garçons exigèrent que je le laisse aller se promener. C'est pas le genre de suggestion qu'il faut me faire deux fois. Je l’ai emmené dehors, pour qu’il prenne l’air, bien sûre qu’il ne se perdrait pas, puisqu’il était écrit que ce chat -à ne me lâcherait jamais les pompes. Or, le soir, pas de chat reviendu. Le lendemain, pas mieux. Vous pensez bien que depuis deux-trois jours, après une bonne décade d’absence, je me réjouissais en mon for intérieur, nonobstant de nouvelles accusations de mes fils persuadés qu’il y avait là quelque malice de ma part. Or ce matin, en allant ranger le bordel sur le balcon, j’entendis un miaulement que j’identifiai immédiatement comme celui d’Abraham, ce qui me laisse à penser que nos liens sont sans doute plus forts que je n’imaginais, parce reconnaître un chat qu’on ne voit pas juste à son cri, hein, bref. Comme une conne, j’appelai, incrédule. Abraham ? Abraham ? C’était bien lui, perché sur un balcon condamné de l’immeuble d’en face, cherchant à rejoindre le nôtre. J’ai envoyé Jules le chercher, et vlan, le revoilà sur mon balcon, toujours aussi teigneux, et vorace. Mais je préviens, si Virgule ne l’emmène pas chez le véto, et ne lui administre pas lui-même le traitement de bains quotidiens et de cachetons, il ne décollera pas de là. Fait chier, j’y ai rien fait moi à cette bestiole, pourquoi qu’y s’acharne, si il est capable de vivre tout seul en ville pendant dix jours, alors qu’est-ce qu’il vient chercher dans une maison où sacrebleu, je ne veux pas de lui ?
par Marie Rennard publié dans : Vous vous en foutez mais ...
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Jeudi 1 mai 2008

 



Résumé de l’affaire :

Tout commence par une vieille photo découpée dans le canard Sud-Ouest, glissée un jour de janvier 1959 entre les pages de La nuit tombe, le polar lunaire et amnésique de David Goodis, et retrouvée quarante-cinq ans plus tard par celui-là même qui l’y avait enfouie. Sur le cliché on découvre Marie-Thérèse Désormeaux, petite madone pincée et fan timide posant aux côtés du bluesman Big Bill Broonzy. Et dessous, il y a cette légende et son pesant d’or : « Coïncidence ? Marie-Thérèse Désormeaux bifurqua dans la vie à partir du moment où sa passion pour le jazz prit une forme excessive ». L’auteur de ce livre ne s’y est d’ailleurs pas trompé, qui la reprend comme titre du roman qu’il va commettre. Parce qu’il a décidé de fouiner dans cette vieille histoire qui soudain lui revient en mémoire : Marie-Thérèse aime le jazz et fréquente des voyous. Marie-Thérèse, fille d’un colonel de gendarmerie, va finir aux Assises. Marie-Thérèse, extraordinaire de banalité, est une victime idéale, son affliction était trop belle matière à fiction pour que monsieur Boujut ne veuille la kidnapper et y planter sa plume…

 

L’auteur des faits :

Michel Boujut est critique de cinéma, essayiste et son casier romanesque est loin d’être vierge. Il est né en 1940 à Jarnac.

 

Le mobile :

Retrouver le temps et le tempo perdus. Jeunesse et idoles blues envolées, que reste-t-il de ces années-là ? Se pencher sur le destin de cette femme qui n’en avait pas, n’eût-elle pas franchi la porte de la boîte de jazz. Après, sa vie est partie en impro. Marcher sur la frontière fine entre fiction et réalité, réinventer la vérité, la croire : « Marie-Thérèse, quand je parle d’elle, va-t-il me falloir préciser s’il s’agit de la vraie ou bien de celle que je réinvente peu à peu ? Sont-elles somme tout si différentes ? » (p 42)

 

 

Les circonstances atténuantes :

Aucunes ! Dans ce livre, rien n’est atténué, ça swingue du début à la fin. L’écriture est belle, staccato limpide, notes fraîches et précises. Comme dans tous les polars, on y trouve les pépées, les pétoires, les malfrats, les coups qui tournent mal, un mec s’y fait trouer la peau, toute la smala du noir est là, les avocats douteux, les journaleux, les bons, les bêtes et les truands plus la lointaine magie d’une époque finie, revisitée sous le prisme d’une jeunesse révolue. L’histoire se cherche une vérité impossible dans les partitions aléatoires et tronquées que jouent les témoins, anonymes ou personnalités du moment. Retour façon free jazz sur une enquête bouclée, bâclée, jugée, oubliée. Le thème est donné, le musicien-auteur improvise, au gré de ses souvenirs et des rencontres, les morceaux de son livre, on suit sans mal, sous le charme, battant la mesure, la mélopée acide du temps passé, one-two-three-for…

 

Le verdict :

A lire absolument ! Mettre sur sa platine un petit fond jazzy, tirer les rideaux, se fabriquer un joli clair-obscur dans une pièce calme avec juste ce qu’il faut de poussière, redescendre doucement les marches du temps, petit voyage vers l’arrière, dans le groove d’une époque et les méandres hypocrites et cossus de la province vieille France. Laisser entrer le démon Jazz, les traficotages en tout genre, les petites frappes et les bourgeois encanaillés et regarder le fleuve mémoire couler, cool, sous vos yeux. Marie-Thérèse, où es-tu, précieuse héroïne de pacotille ? Dis-moi que tu es, quelque part, un ange bleu, une muse, un destin… Pas juste le nom d’une vieille femme rompue que l’on trouve sans effort dans pagesblanches.fr… Ou bien ?

 

« Billie Holliday l’accompagne toujours, Travellin’ All Alone, comme une voix off plaquée sur ses propres incertitudes. Elle est une femme sous influence, en état de flottement. On sait par quoi Braganti croit la tenir. « All alone », elle s’est rendue dans une agence immobilière d’Argelès pour y louer un chalet à l’écart de la ville. Elle fait toujours très bonne impression et inspire confiance. « On lui donnerait le bon Dieu sans confession », se félicite Braganti qui n’aime que ça, les vierges Marie qui sucent, la bouche pleine et les yeux mi-clos. » (p 58)

 

Michel Boujut, La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive, Rivages/Noir, 2008.

par Christine Spadaccini publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Mercredi 30 avril 2008



Nous sommes au bord de la mer. Le sable se glisse entre mes orteils qui dépassent de ma serviette. Je sèche, mon quatrième bain de la matinée, ma peau se craquèle au sel qui se dépose. Je passe la langue sur mes lèvres, je goûte la mer.

Lorsque je reste bien allongée, les yeux fermés, les bras le long du corps et les jambes repliées, le vent qui glisse sur mon corps est tiède, son murmure dans mes oreilles m'endort. Une fois sèche, la chaleur devient insoutenable. Je me relève d'un bond. Mon maillot de bain est encore humide et pendouille entre mes jambes. Je le remonte le plus haut possible, et, faisant fi des recommandations des adultes, je cours et saute à l'eau dont la fraîcheur me saisit, me lançant un grand frisson jusqu'aux oreilles.

Je plonge. A mes pieds des coquillages. J'ouvre les yeux malgré la brûlure inévitable tout à l'heure ; des multitudes de poissons minuscules s'écartent à mon passage, se rassemblent et se dilatent pour s'enfuir. Les dessins imprimés par les reflux et ressacs dans le sable m'attirent, je m'y cramponne et progresse ainsi au fond de l'eau, langouste géante.

Mes poumons sont vides, je remonte une seconde. Mes cheveux longs qui s'étalaient en nuage d'algue autour de ma tête retombent d'un bloc sur mes yeux. Je souffle très fort par la bouche, me maintenant hors de l'eau en faisant avec les pieds de petits ronds. Une, peut être deux secondes avant de me situer. Je me suis éloignée de la plage et des barboteurs. Je nage très bien.

J'ai huit ans mais la mer ne me fait pas peur. Plus loin sous l'eau je sais qu'il y a des rochers où nichent des poissons que je ne connais pas, et la Murène. Plus à l'ouest, si on s'approche de l'autre plage, on arrive même, à cent mètres du bord, à reprendre pied sur des pics affleurant recouverts d'une mousse verdâtre glissante un peu dégoûtante.

Je vois mon grand-père me faire signe. "Reviens ma poule, tu es trop loin !". Les mains en porte-voix.

Tanné par le soleil de Corse, marron-brun, sec et musclé, slip de bain noir, lunettes noires, coupe à la Dick Rivers. Je nage sans appréhension, doucement, je replonge et remonte, me laisse porter par les vagues légères, mon souffle est régulier, la mer est d'une clarté ! Je reprends pied près de la plage, après un dernier plongeon pour contempler le rouleau qui se brise par en-dessous.

Il m'enveloppe d'une serviette immense, toute chaude de soleil. Je n'avais pas réalisé dans l'eau que j'avais froid.

"Tu as les lèvres toutes violettes ! allez on rentre, on va prendre un bon chocolat chaud avec des tartines de beurre salé !"

On rentre par la petite route de montagne, il fait 40°C dans sa vieille bagnole. Il me prend sur ses genoux "allez maintenant c'est toi qui conduis" et il lâche le volant. J'ai un peu peur mais il va tout doucement.

Lorsqu'on arrive enfin, au moins je n'ai pas eu le temps de penser que j'avais envie de vomir. Je descends de l'auto encore en maillot de bain, je me précipite pieds nus vers la maison, je gravis les marches en évitant la colonne de fourmis rouges qui ont colonisé l'escalier (on a tout essayé pour les déloger), l'une d'elles convoie un éphémère aux ailes repliées ; sur la terrasse, en haut, le sol en béton blanc est brûlant sous la plante des pieds, je cherche l'ombre. Je laisse un pied un soleil et l'autre à l'ombre, je change, marelle improvisée.

"Ah ma poule tu vas trop vite pour moi".

Le chèvrefeuille qui déborde depuis le jardin d'à côté diffuse un parfum entêtant. Les amarylis fatiguées attendent l'arrosage crépusculaire en courbant la tête. L'heure de la sieste approche. Avant, je vais dévorer le repas de célibataire qu'il m'aura concocté, bien gras, bien gourmand, avec un jus de fruits très frais, et puis j'irai m'effondrer dans la chambre du fond aux volets clos, préservée de la chaleur environnante. J'entendrai alors à peine quelques minutes la télévision et le bulletin d'informations, m'ensuquant tout doucement jusqu'à l'heure du goûter.

Lorsque je pose la tête sur l'oreiller, les yeux mi-clos, je joue entre mes cils à faire danser les rais de lumière projetés au plafond. Je tourne dans la fraîcheur du lit que je tâte du bout du pied, du plat de la main, je prends mon pouce, serre ma peluche contre moi. Je dors.

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : C'était booon
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Mardi 29 avril 2008


Ce week end, vous avez décidé de vous offrir un séjour en amoureux dans une demeure anglo-normande de fort belle facture, proposant des prestations très haut niveau pour un bed and breakfast hors du commun. Heureuse femme ! Vous profitez à plein de ces deux jours de détente, de ces deux grasses matinées d'une opulence à faire frémir vos petits matins blêmes, et sur lesquels vous fanstasmerez en couple pendant les mois et les années à venir ... jusqu'à ce que votre budget vous permette à nouveau de vous exiler sans votre progéniture délicieuse mais dont il est doux de tester à quel point elle vous manque à six heures et demie le samedi matin alors que vous vous retournez dans une couette moelleuse, attendant que le jour soit tout-à-fait levé, mais vous pas.

A des heures indues auxquelles votre organisme n'ose plus croire - dix heures et demie ! - vous hasardez un orteil hors du lit rond de deux cent dix centimètres de diamètre, vous coulez langoureusement de la chaleur moite de la couette en duvet à la moiteur chaude de la salle de bains et sa douche massante. Vous aviez presqu'oublié ce que langueur voulait dire. Votre organisme peine à reprendre ses marques, éperdu de reconnaissance devant tant de temps dévolu à la paresse, vous êtes presque courbaturée d'avoir dormi douze heures d'affilée dans ce cocon moelleux. Vous vous délassez très en douceur, savourant cette lenteur permise, votre compagnon vous rejoint enfin dans cette salle d'eau pour adultes sans pouic pouic en forme de canard.

Plus tard, vous appellerez chez vous pour vous enquérir de vos parents harrassés qui ont imprudemment proposé il y a quelques mois de vous délester de vos charmantes bambines pour deux jours, vous écouterez votre Grande vous décrire par le menu la mise en coupe réglée de l'emploi du temps dominical de son grand-père qui s'est tour à tour plié en douze pour lui faire faire du vélo puis de la trottinette, épuisé dos et bras pour la pousser dans la balançoire, usé les yeux pour l'aider à reproduire son prénom... Vous raccrocherez, un large sourire flottant sur les lèvres, rassurée, et pourrez retourner sans vergogne à votre plateau de fruits de mer arrosé d'un petit blanc du crû.

En rentrant dans votre suite après le déjeûner, vous repensez en riant à l'injonction de votre père avant votre départ : "par pitié, ne nous faites pas le troisième ce week end !". Aucun risque. Alors que votre Grande atteint l'âge avancé de quatre ans vous réussissez enfin à vous offrir votre première escapade amoureuse, c'est pas pour vous recoller dans les couches dans les douze mois à venir. Vous prenez la ferme résolution de profiter un peu de la vie à deux afin d'éclairer celle souvent trop rapide et remplie de stress que vous menez tambour battant à quatre, et méditez cette statistique selon laquelle c'est entre 34 et 37 ans que les femmes ont le plus de grossesses gémellaires naturelles. La semaine prochaine vous irez vous faire poser un stérilet et pourrez enfin souffler quand vous batifolez sur vos heures de sommeil.
par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Nos lardons
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