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MARIE RENNARD a écrit

MARIE-LAETITIA GAMBIE a écrit

CHRISTINE SPADACCINI a écrit

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L'historique

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Jeudi 15 mai 2008

Est une chose étonnante. Attention, je vous cause pas du destin d’un livre dans le sens d’un écrit, mais bien d’un objet. Celui-là, que vous achetez en librairie ce matin, savez-vous à coup sûr où il sera dans cinq ans ? Et cet autre, dont vous fîtes l’acquisition sur un quai de Seine, quelle a été son histoire avant vous ?

Je vous ai raconté, voilà déjà un moment, comment j’avais mis la main sur un exemplaire du Maranzakiniana dont je rêvais depuis quinze ans sans avoir jamais eu l’idée d’aller le chercher sur le web. Il y était. A vendre, chez un bouquiniste américain. Marqué à la plume du nom d’une bibliothèque publique de l’Orégon à laquelle il n’avait visiblement jamais été restitué. Neuf, ou presque, et jamais lu, puisque certaines pages n’étaient même pas coupées. Revenu à grands frais dans sa patrie d’origine cent cinquante ans après l’avoir quittée.

Si j’aime les vieux ouvrages, ce n’est pas tant par goût de bibliophile que parce que souvent on y trouve, calligraphiés, le nom du premier détenteur, ou une dédicace, et glissés entre les pages, l’un ou l’autre billet manuscrit, ou place de théâtre pour une représentation dont tous les protagonistes ont disparu, une fleur séchée, un croquis destiné à une modiste, bref, tant de ces petits témoignages de leur histoire qui font de ces livres plus qu’un livre.

Ces billets, je les laisse toujours à la page où je les ai trouvés, en pensant qu’après moi, d’autres auront ce plaisir de les redécouvrir, et d’imaginer les détails de l’histoire. J’ai pu trouver ainsi une liste détaillée d’emplettes en pharmacie, suffisamment conséquente et variée pour laisser penser qu’il s’agissait non pas d’une ordonnance, mais de prévoyance ménagère, et qui portait, en face de chaque ligne, le prix du médicament, donnant une idée fort précise de l’ampleur de l’inflation du trochisque en deux siècles ; une carte d’entrée pour la séance récréative du 17 juin 1925 à l’institution Saint Joseph d’Arras ornée d’une bite au crayon noir, preuve qu’on s’emmerdait dans ce genre de fête au début du siècle autant qu’aujourd’hui ; ou, dans un dictionnaire anglais français de 1765, des inscriptions en sténographie anglaise dont j’ai la certitude qu’elles ne furent pas rajoutées avant le siècle suivant, les méthodes antérieures ne comportant qu’un signe par mot. Bribes de leçons notées là ou insultes à un professeur désaimé, je l’ignore, n’ayant pu retrouver de méthode de l’époque.

Bref, nous laissons tous je pense, dans nos livres, d’insignifiants témoignages de notre possession. Qu’inspireront-ils aux lecteurs qui dans deux cent ans ouvriront l’un ou l’autre de ces ouvrages que nous griffonnons sans y songer ? Y aura-t-il un farfelu pour essayer le numéro de téléphone d’une Marilé  défunte écrit en haut d’une page de Bones ? un curieux pour aller voir, in situ, à la nouvelle adresse de l’un de mes copropriétaires notée sur la couverture d’un Queneau, qui habite désormais là ? un mélomane désireux de retrouver une partition contemporaine de moi, mais vieille pour lui, dont il trouvera les références sur la page de garde d’un Bouzet que mes enfants auront vendu pour trois sous malgré l’amour que je lui porte ? On sait pas, on s’en fout, mais le destin d’un livre, c’est pas plus anodin, finalement, que celui d’un lecteur.

par Marie Rennard publié dans : Des ptits rien
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Jeudi 15 mai 2008

Nuala O'Faolain vient de mourir, vendredi dernier à Dublin. Et personne ne me l'a dit, sans doute de peur de me voir prendre le premier avion pour Dublin, désespérée à l'idée de ne l'avoir jamais rencontrée.

 

J'ai découvert ses livres au travers du Prix Zazieweb de la Petite Edition 2004, qui proposait Chimères – traduction de Stéphane Camille, chez Sabine Wespieser.

A ce moment-là, Wespieser n'avait pas encore atteint son succès d'aujourd'hui et pouvait encore (limite) être considéré comme un "petit", mais c'est une autre histoire.

 

J'avais été soulevée par cette histoire qui relie à la fois dans les méandres de la vie moderne d'une jeune femme irlandaise et le récit des recherches de celle-ci sur la condition de la femme à l'époque au travers d'une affaire d'adultère au XIXe. Je m'en rappelle comme si c'était hier. 700 pages que j'ai lues d'une traite. Mais si.

D'une poésie ! D'une acuité !

 

Quelques mois plus tard, je faisais un bref séjour en Irlande et ramenais dans ma valise tous les bouquins de cette Nuala O'Faolain, en anglais cette fois.

 

D'après le site de l'éditeur, un nouveau roman d'O Faolain, qui n'était pas encore écrit à cette époque, sortira en français au mois d'Août. Et quand je pense qu'il n'y en aura pas d'autre, cela me rend malade, grave.

par Irène Grätz publié dans : Elles ont vu, lu, entendu
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Mercredi 14 mai 2008
par magali publié dans : Planches, strips, bulles et belles
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Mercredi 14 mai 2008

Je suis continuellement habitée par les visages de mon passé. Lorsque je me promène dans la rue, que je croise des (d'autres) passants, je suis heurtée au présent par la façon dont la mèche de Dominique balayait ses yeux, dont le sourire de Maud se posait sur mon enfance, dont l'épaule de Manu tressautait quand il riait…

 

Parfois, je me retourne et je suis l'espace de quelques pas le porteur du trait qui me perturbe, jusqu'à ce que l'illusion s'efface. Et je projette à nouveau l'image en couleurs issue de ce kaléidoscope humain.

 

Quand quelqu'un me manque, il n'est pas rare que je le croise au détour de mon chemin. Oh, pas lui, pas elle, bien entendu, mais un rire, la musique d'un mot, le plissement d'une fossette ou le mouvement altier du menton. Pas de doute, je les porte avec moi, en moi.

 

Plus étonnant peut-être ceux qui m'ont accompagnée sans que je m'en rende compte : le nez retroussé d'une copine de classe, plus vue depuis vingt ans et que je pensais avoir oubliée, le tic d'un collègue que je ne croiserai plus jamais mais que j'ai estimé, le flou dans le regard d'un écrivain après une conférence…

 

Toutes ces choses m'enrichissent et me complètent. Et j'y pense, lorsque je vois ma fille qui éclate de rire. Là, vous voyez… c'est moi.

par Irène Grätz publié dans : Des ptits rien
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Mercredi 14 mai 2008
Disez moi, les polètes, comment on fait des polésies. Des très belles comme un cor sur un mur de château, avec des trous à songe dans le noir des créneaux. Disez, je voudrais tant, quand la lune se cache, lui dire reviens là, ma chanson de lumière sans avoir l’air d’un con si y’a quelqu’un qu’entend. Je voudrais tant savoir dire le flot du dedans, dessiner les écumes qui caressent les sens, les fondre en épidermes, les frôler comme on fait du pollen d’une fleur pour en sentir le goût sans l’ôter aux abeilles. Sinon ces connes vous piquent, comme on pique les clowns dans les éclats de cirque, et qu’on s’en fout s’ils pleurent après tout seuls. Disez moi, alchimistes, oui, disez-moi comment, que je parle à la lune sans avoir l’air d’un con si y’a quelqu’un qu’entend.
par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Mercredi 14 mai 2008

Je t’ai revu en songe. Tes yeux. Ils étaient blancs de ces lumières nocturnes que tu uses en romans. Exorbités, papillonnants, toujours pleins de ces larmes que tu draines en rivières. Alchimiste des douleurs de ceux qui ne sont rien, des portes de l’Irlande aux faims de Somalie. On arbore aux chapeaux ta plume de tendresse – ou ta colère aux trottoirs de Paris. Dans mon rêve, j’ai senti tes bras entourer mes épaules d’un geste d’au revoir. Forts et courts à la fois, qui disaient… tant de choses qu’on ne répète pas quand on a la pudeur des pauvresses égarées.

Y’a pas de petit mort. Y’en a que des charrettes, des cadavres d’enfants empilés tête au nord et les pieds en avant.

Je t’ai revu en rêve, et ils étaient tous là, dans tes yeux allumés d’une tendresse mise à mal, en proie à la révolte des mots qui ne passent pas les lèvres, et qu’on écrit enfin pour qu’ils se défilent pas.

Ta lettre était timbrée d’un rouge sombre. Mais pas sang. Plutôt soir grenadine juste avant le violet. Tire les double rideaux, regarde les lumières qui courent sur l’avenue vers où ? On n’en sait rien. Y’a tellement de routes, et c’est si difficile déjà, de suivre celle qui s’ouvre sous nos pas incertains. La tienne est si abrupte. Des fois tu n’es qu’un nom. Un cœur qui bat, qui se pend à une corde, se prend les pieds aux boucles qu’elles font même aux plafonds. Alors tu lèves les yeux vers l’ampoule de néon, tu vides encore un verre, encore un, tu bois trop, et avant que l’aube vienne tu regagnes ton coin d’écriture de la nuit.

par Marie Rennard publié dans : Polésies
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Mardi 13 mai 2008
par magali publié dans : Planches, strips, bulles et belles
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Mardi 13 mai 2008
logues

C'était une chaussette de bébé ! comment que ça peut ti passer dans la pompe ????
http://liseznostextesmerci.over-blog.com/article-19063990.html 

Pour compenser ce gain mirobolant de non-dépense j'ai pété la porte du four ... On se refait pas ...
par Mariléti publié dans : Vous vous en foutez mais ...
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Samedi 10 mai 2008

Il y avait, quand j’étais enfant, à Choisy-le-Roi, un benêt sans âge dont on m’avait signalé très précocement la propension avérée à laisser bien ouverte sa fermeture à glissière. L’individu, blond-roux, un regard bleu et vide, le sourire aussi béant que son pantalon, avait été inquiété pour exhibitionnisme, murmurait-on.
Rétrospectivement, il me semble qu’il devait être sans doute un de ces débiles léger à moyen qui eussent en province occupé la place traditionnelle d’idiot du village. Par chez nous, il faisait fuir les enfants avertis et détourner le regard aux mères de famille.

Il était tenu sous bonne garde par les policiers sévères qui assuraient la permanence aux passages cloutés près de l’école. Peut-être était-il un peu buveur à l’occasion ? Il tanguait parfois dangereusement entre le mur et la chaussée, sur les trottoirs qui le ramenaient chez sa mère, rougeaud, barbarismes et mots incohérents s’égrenant sur son passage.

Nous l’avions croisé une fois en rentrant des courses, sage, tête baissée et bouche close, dans l’ombre d’une grande vieille femme au port altier dont il tenait le caddie comme un chien s’accroche à sa laisse, la contemplant pareillement de ses grands yeux mouillés, de temps à autre, à la dérobée. « Oui moman ». Là était le secret de ses vêtements vieillots mais bien propres malgré son évident désœuvrement et sa probable incompétence globale à toute activité manuelle ! Longtemps honteuse de ce grand idiot mal dégrossi qu’elle traînait derrière elle, elle avait pris son parti des ragots, et sortait avec lui en ville, toisant tous les regards lourds qui jalonnaient leur chemin, le défi en braise au fond des yeux. Il était, malgré tout, son fils, et elle nous l’imposait, voilà.

J’ai vu plusieurs fois des garçons un peu grands le courser sur les quais de la Seine , cailloux à la main, lorsqu’ils l'avaient surpris contre un mur. Il fuyait, la main contre son pantalon, finissant de se pisser sur les doigts et les chaussures, ahuri, réveillé en sursaut dans sa contemplation enfantine de l’écoulement de ses urines en rigoles s’assemblant puis se séparant à ses pieds, hypnotisé. Je n'ai jamais bien su, enfant, s'il fallait le plaindre ou applaudir.

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Les gens qu'on voit
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Vendredi 9 mai 2008
par magali publié dans : Planches, strips, bulles et belles
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Jeudi 8 mai 2008
par magali publié dans : Planches, strips, bulles et belles
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Jeudi 8 mai 2008
Monstres. Multisymétriques sans queue ni tête au sens de déplacement imprévisible. Mégapodées, multiocculées, carnassières carnivores suceuses de cadavres frais et de morts en souffrance, liquéfieuses de vie cracheuses de filets tisseuses de pièges suspendus. Au fond du tréfond de mes angoisses il en est une tapie, bringée, duveteuse, si immensément énorme que je compte ses paires d'yeux pétrifiée les pieds happés par la terre sable mouvant d'angoisse qui s'articule dans un cri muet bouche ouverte gorge éteinte. Le recourbement de ses pattes et ce crochet imberbe à l'extrêmité, les paires de crocs à venins, chaque poil, se détachent sur fond blanc et projettent leur ombre sur le mur de mon inconscient. C'est d'une rotondité particulière leur oeil, leur oeil multiple de toutes tailles, c'est comme un oeuf de poisson à la fois terne en superficie et brillant à l'intérieur jeu de lumières sur une bulle d'encre inégalement translucide. Pas de pupilles ni clignement ni paupières et l'impossibilité de les fixer tous. L'immobilité scrutative et d'un coup la course éperdue vers l'ombre de l'armoire, je vais hurler je vais courir et l'écraser l'anéantir la réduire en poudre en jus en traînée gluante sur le mur là dans un grand remuement de meubles en réprimant frissons et nausées, gargouillements de peur primale préverbale, dégoût qui fait fermer le nez et retrousser les babines. Je ne saurai que faire du chausson maculé dont l'épaisseur ne m'empêche pas d'éprouver le craquement répugnant de la chitine l'explosion des pattes le démembrement de l'abdothorax le sang qui éclate giclements atroces.
par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Des ptits rien
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Jeudi 8 mai 2008

Le dire en wallon

 

Escrire e walon, on reve di djonnesse;

Dj' î pinséve sovint

Cwand dj' esteu gamén

Cwand k' el mwaisse d' escole etasséve dins m' tiesse

Totes sôres di machins,

Et minme do flamind.

 

Ecrire en wallon, un rêve de jeunesse

J'y pensais souvent

Quand j'étais un gamin

Quand le maître d'école entassait dans ma tête

Toutes sortes de machins

Et même du flamand.

 

Po dire e walon tot çki dj' a dins mi åme

Pol dire a tolmonde come on l' fwait a s' mame

K' on-z a do bon tins

K' on-z a do penin.

 

Pour dire en wallon tout ce que j'ai dans l'âme

Pour dire à tout le monde comme je le ferais à ma mère

Quand on a de bons moments

Quand on a des chagrins

 

Tchanter e walon, tchanter les promesses

Do bontins ki vént,

Tchanter e walon etot rlevant l' tiesse,

E pinsant ki dmwin,

Ça serè co l' bon tins.

 

Chanter en wallon, chanter les promesses

Di bon temps qui arrive

Chanter en wallon en relevant la tête

En pensant que demain

Ce sera alors comme dans le bon temps.

 

 

Georges G. Boudard, humblement transcrit (et non traduit) en français par myself.

par Irène Grätz publié dans : En direct du Plat Pays...
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Mercredi 7 mai 2008

Le ciel s’étouffe, bleuit. L’air alourdi se fend comme une pâte et se referme de même, poussant sur toute chose. Il cloue les insectes au sol, éreinte les arbres. Ecrasés sous leur poids, les nuages cèdent enfin. Une goutte chasse l’autre. Le crissement agaçant des essuie-glaces : il faudra changer ce balai. Devant et après moi la route s’efface. Ca tambourine à mille doigts sur la tôle. Les marques blanches s'estompent,  la voiture s’agrippe au torrent crépitant, la route se hérisse. Avec l'espace, le temps disparaît. Entre rien et rien on est au milieu de nulle part, à peine si on se sent avancer, bercé, noyé, en bulle. Le soleil devient une idée ! Il lui faudrait trop d'énergie pour trouer ça.

par Marie-Laetitia Gambié publié dans : Des jolies choses et tout c'qu'on peut po dire
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