Vendredi 14 novembre 2008
Ras le bonbon du bourdon, cette fois c'est bon, basta, baston, ça fait des plombes que l'on n'a rien
écrit, faut qu'on reprenne tout ça en main, Bic, j'en ai marre de guetter ma gaieté night & day en sirotant mon triste thé Darjeeling diling diling... Hey, c'est
peut-être elle qui sonne à l’entrée ! Je me rue ouvrir la porte qui donne sur la rue. Macache. Zob. Nib. C'était pas miss sourire mais le préposé au gaz qui venait relever le compteur. En le
regardant noter posément les chiffres de ma butane conso, je me suis demandée à quand remontait ma dernière explosion...de joie. Zéro souvenir ! Le bilan est pourtant lourd : la famille
mon-allégresse a été complètement dégraissée, RIP mon-hilarité, feu mon-enjouement, exit mon-exultation, badaboum mon badinage, mon babillage, ad patres ma-liesse, mes-éclats au
pilorire, massacrée ma-satisfaction, en capilotade mon-boyau-rigolade, je l’avais en l’air, je l’avais en laisse, il a foutu le camp, je ne me rappelle même pas quand, bonjour le
tableau ! J'ai même perdu le sourire. J'ai regardé partout, dans tous les coins de la baraque, derrière les meubles qui craquent, devant quelques navets, sous les coussins en vrac du
clic-clac, dans tout mon bric-à-brac, nulle trace de ma favorite grimace, envolée, pfuitt, comme ça, zyg au garde à vous, machinale tristesse... En fouillant touillant retournant tout, j'en ai
bien retrouvé quelques-unes de risettes, fleurs bonheur-séché, entre les pages des albums photos et de quelques-uns de mes livres chéris. Y'en avait une bonne petite collec dans Le monde
selon Garp mais bon, c'était des vieux sourirving, je pouvais pas sortir avec ça sur la tronche, ils ne s'emboîtaient plus vraiment. J'ai essayé d'en faire des neufs,
cinq-quatre-trois allez les commissures, on s'étire, deux-un-zéro, aïe, bajoue, le boulot ! Le résultat était tout flasque, pas motivé pour un sou, fossettes en berne, rictus morne
et mort-né, piteux…***soupirs longs***… Pour me remonter le moral, Bic a dit que le chat de la gouttière de la voisine, ce gourmand d’abats, était peut-être responsable du coup bas, entré un jour
dans la maison en catiminet et en profitant pour chouraver mon boyau-rigolade. C'est vrai que je le laissais toujours traîner n'importe où, sur la table de la cuisine, sur mon bureau,
j'y faisais pas vraiment gaffe, la denrée rire n'était pas rare dans la casbah, à l'époque. Je ne me suis pas aperçue que les cons et les conditions l'effaçaient peu à peu. Jusqu'à ce peu... Bic
avait raison, ça ne coûtait pas grand chose d'aller faire un tour sur les toits, voir si le félin n'en avait pas oublié un morceau entre les tuiles. Et nous voilà, mon Bicounet et moi, perchés
sur le faîte, à scruter de fait, comme des dingues, les tréfonds de neige fondue des tuyaux de zinc à la recherche de mon boyau manquant de la rigolade. Miserere mon viscère errant, aie pitié de
ma tripe partie dans un drôle de trip, rendez-moi le fruit de mes entrailles que je puisse encore m'en payer une tranche, bordel d’Adèle ! Il faisait froid, on grelottait, on s'est
regardés et, soudain, on a trouvé de quoi rire : moi ! Hilarité bien ordonnée... Finalement, le boyau était nulle part mais quelle crise ! On peut même dire que c’était l’appendice
hit ! Redescendus cahin-caha, Bic et moi, avec nos mines réjouies sous nos capuchons, on s’est installés dare-dare devant une feuille blanche, tout ragaillardis : à nous deux,
c’était dit, on aurait toujours le mot pour (éc)RIRE dorénavant. Juré. Craché. ‘tain, merde, Bic, espèce d’enragé, fais gaffe, t’as encore bavé sur le papier !
Christine SPADACCINI
(épisodes précédents: Style au Bic, part I, Crotte de Bic, part
II, le Bicnick part III, Baron Perché
part IV, Le Magicien Bic Oz, part V)
C'est vous qui l'dites ...