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Il y a quelques temps, je me promenais sur le blog de Sébastien Fritsch dont je vous
recommande le dernier ouvrage, Le sixième crime (voir ici).
Ce jour-là, son billet était consacré à l’ouvrage de Michèle Lesbre, La petite trotteuse. Qui, à lire
son compte-rendu, aurait aussi bien pu s’appeler La petite brodeuse puisque le récit se tisse avec les fils ténus des souvenirs perdus, sur la trame de vieilles émotions dont le temps
n’a nullement émoussé la force et le tranchant, et crée un voile léger de tristesse avec des motifs doux de sentiments enfuis, de non-dits et de douleurs tues, patchwork délicat d’une lointaine
enfance et d’instants fragiles.
La narratrice visite, à travers la France, des maisons qu’elle n’a nullement l’intention d’acheter, un drôle de pèlerinage, une errance improbable, en forme d’hommage à son père décédé il y a
longtemps, sans qu’ils aient eu le temps de se parler. A son poignet, elle a passé la montre qui appartenait à ce dernier, retrouvée il y a peu dans les affaires de sa mère : c’est la même
petite trotteuse, témoin des événements du passé, qui scande ceux du présent.
Comme un lien indéfectible.
Comme des menottes ?

Le lendemain, je fonce à la bibli, ils ne l’ont pas, crénom d’une pipe ! Ta gueule, Amazon.com, je suis fauchée… J’irai à l’autre bibli en ville, la semaine prochaine, elle est plus grande, mieux achalandée, ils l’auront sûrement. En attendant, cet Info-là, de mai 2008, ne partira pas au tri sélectif comme ses copains des semaines passées parce qu’il m’a lancé ce cri sélectif : maman ! Oui, bon, je sais, on gère ses tristesses comme on peut…
Deux jours plus tard, je suis près de Paris, chez ma copine Sophie Laroche, auteure, (retrouvez-la sur son blog, ici, ainsi que ses ouvrages). A un moment, elle me demande de lui passer un livre qui se trouve dans sa bibliothèque. Je m’approche des rayonnages. Et je tombe sur ce livre qui m’attend, y’a pas d’autre explication : La petite trotteuse de Michèle Lesbre ! Sophie me le prête, je le dévore en un soir. Je suis sous le charme dès les premières lignes, c’est bon comme une virée en Coucoune, toit ouvert, jusqu’à Jaude, ça a l’odeur des paquets de café qu’on réveillait le matin dans la cuisine avec les petits ciseaux, ça sent la terre de cendres de la Limagne, juste derrière Plauzat, ça fait remontrer les absents dans de jolies bulles de souvenirs qui éclatent en grands cercles concentriques sur l’eau crade des bassins de Champeix et ces connes d’araignées d’eau se précipitent croyant qu’un insecte est tombé à la baille, ça a le regard opaque et triste des truites que l’on vient d’y pêcher, quand elles se vident de vie parce qu’on n’a pas le courage de les assommer, ça bombarde des sentiments aussi vifs que le buisson ardent sur le chemin où le grand-père, déjà malade, perdait ses pantoufles en marchant et où les gosses couraient les lui ramener en se moquant, ça sent les branches de tilleul que l’on a élaguées pour en cueillir les fleurs à la veillée, ça sent les sachets de lavande dans les armoires, ça sent… C’était bien elle(s), je le savais. Merci, Michèle. Et comme tu seras pas là dimanche, autant te le dire tout de suite, bonne fête, maman.
« Petite lumière discrète dans les entrailles obscures d’un théâtre déserté et silencieux, la servante veille. C’est ainsi qu’on la nomme. Elle veille sur le sommeil des coulisses, sur celui de la scène où les voix se sont tues jusqu’au prochain lever de rideau, sur l’immobilité des décors, la vacuité de la salle où le public a laissé derrière lui une traîne qui flotte au-dessus des fauteuils, une note suspendue, à peine audible, qui peu à peu s’évanouit.
Il me semblait être depuis toujours la servante de mon théâtre intime… » (p 179)
Michèle Lesbre, La petite trotteuse, Sabine Wespieser éditeur, 2005.
Je vais commencer cette contribution par une anecdote, une fois n’est pas coutume. J’ai visité
une bonne bouquinerie ce week-end*. Le libraire-bouquiniste en connait un rayon, c’est le cas de le dire, particulièrement en ce qui concerne les auteurs belges. Je lui ai demandé si il possédait
des ouvrages de Hubert Juin ; il m’a répondu - à ma grande surprise - que plus personne ne lisait ça.
Bon, voici qui suffit à me motiver pour en parler. Si plus personne ne lit Hubert Juin, et bien ma foi, c’est bien dommage.
Les sangliers est un très beau texte de cet auteur, que l’on peut facilement se procurer qui plus est, puisqu’il est publié chez Labor.
Dopin ramène, par un sombre jour, sa toute nouvelle épouse d’un village voisin, dans son village non moins sombre que le jour en question. Il s’agit de Joséphine, belle, sauvage et… divorcée. Il
suffira de cela pour que l’ensemble du village se prenne d’une curieuse passion qui ressemble à la haine pour la belle. Elle focalisera très vite les peurs, les désirs, les craintes, les préjugés
de la communauté des habitants.
Dans ce très beau texte, Hubert Juin analyse avec beaucoup de finesse, mais il faut le dire aussi avec une certaine cruauté, la position que peut prendre une communauté face à un individu qui lui
est extérieur et comment cette communauté utilise aussi ce rejet comme un élément dynamique à sa propre logique et à son propre fonctionnement.
Mais mon analyse peut sembler froide et psychologisante alors que le texte de Juin est bourré de passion, d’émotions, de jeu sur le dit et le non-dit et d’une atmosphère si particulière.
L’histoire forcément ne pourra que mal se terminer si les habitants se rendent compte que Joséphine a été investie, par cette même mise à l’écart, de ce pouvoir terrible, celui de dire, celui de
condamner…
En note, je finis pas dire que j’ai été très étonnée de l’analyse qui est faite de ce texte par Joseph Duhamel dans l’édition Labor. Rarement, je me suis retrouvée en complète opposition de
lecture face à un même texte. C’est le cas ici.
Mais peu importe, le texte de Juin est d’une grande force.
* Pour les bruxellois, il s'agit de la bouquinerie Images, chaussée de Waterloo, Saint-Gilles.
L’avantage de vivre en ville, et dans une région prospère, c’est que les crédits destinés aux écoles sont abondants, et permettent d’offrir aux gamins nombre d’ouvertures sur tout un tas de choses. C’est ainsi que chez nous, les mômes, dès la maternelle, vont à la piscine une demi-journée par semaine toute l’année, et à partir du primaire se voient offrir, en plus des séances de natation, un trimestre de voile sur le lac, et un trimestre de ski, à raison d’une journée par semaine. Au collège, on continue à se balader tous azimuts, musées, voyages linguistiques, et, aujourd’hui, stage de théâtre.
Ma Virgule est rentrée à midi tourneboulé de sourire. Il venait de s’offrir une formation à la comedia del arte, sous l’égide d’un marseillais putain de drôle avec masques et séance de schpountz, échanges de vigoureux coups de pieds au cul, improvisation solitaire, bref, l’occasion de se livrer de bon droit à toutes les pitreries qui valent intra muros des heures de colle sans retenue (ouarf, suis-je drôle).
Il est illico parti en causer à son frère sur émécène, ce qui fait que j’en sais guère plus, mais je vais l’appâter tout à l’heure avec un gâteau au chocolat (et une infusion d’os relique del Ruzzante, paraît que ça a des effets dingues [1]) et je vais me faire offrir une petite représentation perso.
Ha ouais, je vois celles qui bossent au boulot qui disent « Y’a pas de justice ». Ben non, que voulez-vous, j’ai un bol d’enfer, et je bosse quand je veux si je veux, sans quitter mon lit, et secouée de hoquets de rire XXL tous les quart d’heure. Ca à pas l’air, mais ça vous épuise un bonhomme avant onze heures du mat. Bref, je disions quoi ?
Ha oui. Ces sous rires et fous rires en série, ajoutés à la traduction de théories scientifiques diverses comme loufoques m’ont remis en mémoire une conversation que j’eus y’a quelque années avec mon Alex, qui devait avoir dans les six ans.
On était à la plage, clafis de sable et d’eau salée. Entre deux séances d’apnée, mon bouchon me demande si je reste dans l’eau toute la journée jusque vers 22 heures toutes les vacances, tu crois que j’aurai des bronchites ?
Ben, en plein mois d’août, c’est pas gagné. Répondis-je bêtement, en le regardant passer avec insistance ses index derrière ses oreilles. C’est un geste qu’il faisait souvent depuis le début des vacances. Intriguée, je lui fis pencher la tête pour voir ce qu’il avait. La question suivante fusa pendant mon inspection de ses oreilles parfaitement normales.
Mais enfin, ça met combien de temps l’évolution ?
Il m’a fallu une seconde. Une bonne seconde, avant de risquer la noyade tellement je me bidonnais. Des branchies. Si je reste dans l’eau toute la journée jusque vers 22 heures toutes les vacances, tu crois que j’aurai des branchies ?
Putain je vous le dis, ils sont graves les mômes. Le nombre de questions à la con qu’ils m’auront déjà posées…
Comme sur l’explosion des coquilles. Mais celle là, je vous la raconterai quand vous serez plus grand. Avec les paroles de Bali Balo, mais faut avoir quatorze ans.
et mea minima culpa.
Si vous cliquez dans la colonne de gauche sur « pourquoi ce titre », vous lirez une connerie. Quand nous avons cherché un titre pour cette remarquable revue des meufs qui assurent, je
me suis souviendue de cette citation que j’avais lue y’a longtemps quelque part, et qui me semblait imputée à quelque anonyme gueuse de 89. Sainte sénescence, je me trompais de révolution,
c’était durant celle de 1848, et la citation exacte était « maintenant c’est nous qui sont les princesses ». Cette magnifique déclaration aurait été faite par une Madame Flocon, épouse
d’un député du palais Bourbon, ou par la Maréchale Lefèbvre, ou peut-être par une lavandière des tuileries, personne semble y savoir exactement. Bref, vous vl’a renseignés. En tout cas, ça change
rien à nos intentions premières, ni aux suivantes. Je ne vous raconte tout ça que pour que vous ayez pas l'air d'un con comme moi aujourd'hui si un jour vous reprenez la
citation.
C’est un peu par hasard que je suis tombée sur cette anthologie de la littérature
fantastique en Belgique. Réalisée par Jean-Baptiste Baronian, elle reprend "28 contes bizarres et surnaturels" par les écrivains belges et est organisée en trois parties, avant Jean Ray, autour de Jean Ray et après Jean Ray. On découvre dans cette anthologie de réels petits bijoux de contes fantastiques, et du
meilleur des fantastiques à mon goût, celui de Marcel Thiry, de Jean Muno, de Michel de Ghelderode, de Baronian lui-même (écrivain belge, lui aussi), et j’en passe.
A côté de ces très grands du fantastique, d’autres auteurs, moins connus
peut-être, nous livrent ici des contes amusants et originaux. Nous passons par les délires les plus fantasques et les frissons les plus insidieux, sur des sujets parfois originaux et avec des
façons toujours différentes.
Ne citons parmi les vingt-huit que cette histoire d’un peintre qui se décide, fou d’amour, à envoûter son rival, dans La dance macabre du pont de
Lucerne par Georges Eekhoud, ou celle, très belle, de L’homme qui faisait les cercueils trop
grands, (Pierre Goemaere ) d'un fabricant de cercueil qui se repent de ses antécédents avares sous la pression des revenants.
Baronian met tout cela en musique évidemment et nous pouvons suivre ainsi au fil de la lecture l’évolution de ce genre qui n’est plus tellement prisé par ici, du moins sous cette forme, et c’est
bien dommage. Pour ma part, j’y reveins souvent, même si les œuvres de ces auteurs ne sont pas toujours faciles à dénicher.
Jean-Baptiste BARONIAN, La Belgique fantastique, Ed Jacques Antoine.






Les livres qu’on n’oubliera jamais… bien sûr, on les a pas tous lus, les livres, mais dans ceux qu'on a lus ?
Y’en a pas cent-cinquante, hein. Pour moi, c’est d’abord L’écume des jours, et puis Des Souris et des Hommes, Le monde selon Garp, Les paradis artificiels, Cent ans de solitude,
L’insoutenable légèreté de l’être, et Les liaisons dangereuses. Y’en a d’autres, bien sûr, que j’ai aimés. Mais des qui aient eu une influence majeure sur mes décisions, mes
constructions, non, je crois pas. Et vous, les filles, et vous les lecteurs, quels sont les livres qui vous hantent encore vingt ou trente ans après les avoir rangés sur une étagère ?
C'est vous qui l'dites ...